Technique et chantier

Bauma 2004 La vitrine mondiale des matériels

Mots clés : Entreprise du BTP - Gestion de l'entreprise - Matériel - Equipement de chantier - Produits et matériaux - Travail

La Bauma 2004, salon mondial des machines de construction et pour la fabrication des matériaux de construction, va ouvrir ses portes à Munich. Les tendances de sept familles de matériels par types d’utilisation. L’interview de Jean Schmit, expert en gestion des matériels.

C’est le 29 mars prochain que sera donné le coup d’envoi du salon Bauma 2004 à Munich, exposi- tion mondiale des machines de construction et pour la fabrication des matériaux de construction, qui fêtera cette année ses cinquante ans. La grand’messe allemande du matériel de BTP – qui se déroule en alternance avec Intermat en France et Conexpo aux Etats-Unis – accueillera pour la première fois une section « Mining », exposition de machines d’exploitation minière. De nombreuses nouveautés seront présentées sur pas moins de 50 ha de surface d’exposition ! Revue des tendances, famille par famille.

Le terrassement

Machine emblématique du terrassement, la pelle hydraulique sur chenilles a vu déferler la vague de l’électronique, révolution technique moderne qui a progressivement gagné les autres machines de terrassement. Quel que soit le constructeur, elle bénéficie désormais de « modes de travail » qui permettent d’optimiser les ressources moteur/hydraulique en fonction de la tâche à réaliser. La plupart des constructeurs profitent de l’obligation qui leur est faite de respecter les normes Tier 2 et bientôt Tier 3 pour, à mesure qu’ils adoptent des moteurs satisfaisant à ces normes, faire évoluer leurs gammes, comme pour les autres matériels. Jasbir Gill, responsable marketing chez Perkins, indique : « Outre la réduction des émissions, les moteurs conformes à la norme Tier 3 bénéficient d’une puissance accrue, d’une consommation de carburant moindre pour un ensemble plus silencieux, plus évolué et aux dimensions compatibles avec les machines actuelles. » Notons encore que si les pelles à rayon court de giration étaient des curiosités il y a dix ans, ce n’est plus le cas. Elles ont démontré leurs atouts en termes d’encombrement et intéressent en particulier les entreprises de VRD. Avec un bémol toutefois : leur cabine est souvent plus exiguë et l’accès aux organes mécaniques et hydrauliques est plus délicat, compliquant d’autant la maintenance.

Partenaire indissociable de la pelle hydraulique en terrassement, les tombereaux articulés voient leur tonnage moyen augmenter, entre 30 et 35 tonnes. Le sud-africain Bell a d’ailleurs présenté un modèle de 50 tonnes, le B50D, qu’il destine aussi bien aux carriers qu’aux terrassiers. Gary Bell, P-DG de la société, affiche ses ambitions : « Ce modèle intéresse les terrassiers et je prends les paris que, dans cinq ans, nous vendrons plus de modèles 50 tonnes que de 40 tonnes. » Chez Volvo, l’augmentation du tonnage n’est pas à l’ordre du jour. « Notre volonté actuelle est d’abord d’améliorer le confort du conducteur et d’offrir au client final des outils pour optimiser la gestion de son parc », explique Yves Long, directeur commercial de Volvo CE Europe SA. A noter que de nouveaux acteurs arrivent sur le marché du tombereau articulé. Ce sont, pour l’essentiel, de grands constructeurs « full liners », au moins autant poussés par la nécessité de proposer à leurs distributeurs une gamme complète de machines en échange d’une représen- tation exclusive, qu’intéressés par le potentiel de ce marché.

Avec 2500 unités vendues en France en 2003 (*), le marché des chargeuses-pelleteuses est à maturité. Ces machines évoluent peu mais on notera la généralisation de commandes du type pelles hydrauliques pour l’équipement arrière, avec les joysticks sur les accoudoirs ou autre dispositif approchant.

Les matériels compacts

Les constructeurs de matériels compacts adaptent leurs offres à une clientèle de plus en plus variée : entreprises de travaux publics mais aussi de bâtiment, de paysage et d’entretien d’espaces verts, services techniques des collectivités locales… Ainsi, JCB présentera à la Bauma sa gamme « Groundcare » composée de petits matériels destinés aux travaux de paysage. Côté chargeuses « skid steer », – des machines dont les marchés européens demeurent limités – la tendance est à la sortie de machines sur chenilles (Bobcat, Caterpillar, JCB), plus respectueuses du terrain, mais qui permettent, dans la construction, un usage en toutes saisons. A noter également le retour des motobasculeurs, machines que l’on avait cru en voie de disparition, qui se perfectionnent avec, notamment, des transmissions hydrostatiques. Elles embarquent des tonnages importants avec, par exemple, un modèle de 9 tonnes de charge utile chez Lifton. Les « micropelles », de l’ordre de 850 kg, constituent un complément d’entrée de gamme des minipelles. Ce secteur, malgré la baisse de l’investissement des loueurs, affiche une bonne santé avec 5450 unités vendues sur le marché français en 2003 (*). Les constructeurs de ces machines d’un « marché de masse » font évoluer leurs gammes en permanence et les dotent progressivement des mêmes raffinements techniques que leurs aînées.

Les voiries et réseaux divers

Machine typique de l’activité VRD en France et en Allemagne, la pelle sur pneus bénéficie des mêmes améliorations que sa cousine sur chenilles. A Intermat 2003, Mecalac avait présenté sa première pelle sur pneus, la 714 MW, dotée d’un système de relevage de flèche breveté offrant un angle de débattement de flèche et une capacité de levage supérieurs à un équipement classique. La Bauma 2004 sera l’occasion pour le constructeur français de proposer deux autres versions : un équipement breveté sans déport et un équipement « classique », tout particulièrement destiné au marché allemand.

Du côté des travaux sans tranchées, la famille des machines de forage dirigé s’est agrandie avec des machines de moins de 10 tonnes et de plus de 20 tonnes. Les systèmes de guidage et de repérage de la tête de forage sont de plus en plus performants. « Le pilotage d’une foreuse s’est considérablement simplifié, explique Patrice Schneider, délégué commercial de Cogeprec, importateur de Vermeer. Aujourd’hui, des systèmes permettent à l’opérateur de disposer du report des informations de guidage à son poste de conduite, ce qui lui permet de mieux maîtriser la trajectoire du forage. » Sachant que des logiciels permettent de préparer le forage en intégrant divers paramètres -profil, réseaux existants, type de machine, rayon de courbure- , Patrice Schneider parie sur la mise au point à court terme de foreuses dotées d’un pilotage automatique. Des machines pointues qui pourraient permettre de sortir le secteur du marasme dans lequel il est plongé depuis 2000 et l’effondrement du marché de la fibre optique. Pour mémoire, il y a moins de 140 machines en France, 10 000 aux Etats-Unis.

La manutention et le levage

Ces dernières années, le chariot à portée variable s’est répandu sur les chantiers de bâtiment, la répartition vente/location s’établissant autour de 60/40 %. Deux technologies cohabitent, hydrostatique pour les uns (Merlo, Terex…) et convertisseur de couple pour les autres (Manitou, JCB, Caterpillar…). Une concurrence qui alimente la course vers les grandes hauteurs – Merlo avait présenté un modèle de 25 mètres à Batimat 2003- et vers les fortes puissances car l’industrie est demandeuse de ce type de machines. Ainsi, le dernier-né de Manitou, le MHT 10120 L Turbo, se destine à la manutention de charges lourdes dans les carrières (maintenance des matériels), les zones portuaires ou encore les fonderies.

Aujourd’hui, la question stratégique est : faut-il ajouter à sa gamme des modèles à tourelle rotative ou pas ? Les promoteurs de cette option positionnent leurs machines en alternative aux petites grues mobiles de 20 tonnes tandis que les sceptiques jugent que le marché est encore trop étroit pour justifier une industrialisation. Manitou a depuis longtemps pris le virage des tourelles rotatives, sa première machine remontant à 1993. « Notre gamme MRT compte sept machines. Leur polyvalence intéresse particulièrement les entreprises moyennes comme les charpentiers-couvreurs ou les pavillonneurs », indique Dominique Himsworth, responsable des gammes fabriquées en Italie.

Du côté des grues à tour, on notera le développement en France des grues dites « topless », des matériels dont la hauteur totale est réduite par l’absence de porte-flèche et de tirants. Une option particulièrement appréciée sur les chantiers « multigrues » puisqu’elle permet de limiter les hauteurs des machines pour éviter les phénomènes d’interférence des charges.

Les petites grues à montage automatisé (GMA) ont également trouvé leur public et sont susceptibles de regagner une partie du terrain que les grues avaient concédé au chariot. Leur pupitre de manoeuvre est considérablement simplifié car le respect des abaques de charges et l’interdiction des mouvements aggravants sont entièrement gérés par l’électronique. Ces GMA se mettent en station automatiquement et rapidement. A noter que la nouvelle Igo de Potain est équipée d’un essieu, ce qui lui permet d’être plus facilement déplacée sur chantier.

Le petit chantier de bâtiment, c’est le chariot ou la petite grue, plus la bétonnière. Ce matériel typique évolue peu. Le passage des sacs de ciment de 50 à 35 kg aurait pu avoir un impact sur la contenance des cuves mais cela n’a pas été le cas, ce que confirme Walter Baffioni, directeur de la division BTP chez Imer France. « Les habitudes des professionnels ne changent guère. La vedette du marché reste la bétonnière tractée de 350 litres à moteur thermique. Nous avons surtout travaillé à la rendre sûre et silencieuse. » Car la bétonnière électrique, plus silencieuse par nature, peine à s’imposer puisqu’elle ne représente que 15 % des ventes.

Du côté des grues mobiles, les nouveaux aciers à haute limite élastique et de nouvelles géométries de flèche ont permis de mettre au point des machines plus puissantes et moins lourdes. Un avantage non négligeable pour les levageurs car moins de poids mort, c’est aussi moins d’essieux, et des catégories de transport exceptionnel moins contraignantes ! Alors que toutes les machines du marché sont équipées d’une translation par arbres et cardans, Liebherr a fait le pari d’une transmission hydrostatique sur sa toute nouvelle LTC1050. Avec une pompe hydraulique par essieu et un moteur de 460 chevaux placé dans la tourelle, cette machine ne possède qu’une cabine permettant levage et conduite. Interrogé sur la fiabilité de ce choix technique, Gehard Bartholomé, directeur général de Liebherr Grues Mobiles SAS, s’est dit « convaincu que ce mode d’entraînement ne posera aucun problème ». Les grues mobiles sont les matériels de chantier qui ont les premiers intégré la technique du Bus Can. Ce système de communication entre organes et calculateur, via des capteurs, limite considérablement le câblage de ces machines complexes, limitant d’autant le risque de pannes.

L’exploitation des carrières

Les matériels de « mining », carrières et mines à ciel ouvert, qui visent une clientèle à la culture industrielle, sont toujours plus impressionnants. Au palmarès des pelles hydrauliques, la RH400 d’O&K (Terex) figure en bonne place avec un poids en ordre de marche de 980 tonnes. Quant aux tombereaux rigides, Liebherr présente le T282B, un monstre de 364 tonnes de charge utile. Deux chiffres : d’abord le diamètre des pneumatiques, 4,03 mètres ; ensuite la distance entre la cabine et le rétroviseur droit, 7 mètres ! Bien entendu, ce type de machines est réservé aux exploitations dont la dimension justifie de tels choix, en Amérique du Nord, en Australie, ou en Afrique. Plus proche des exploitations hexagonales, les tombereaux articulés intéressent les carriers, on l’a vu notamment avec le 50 tonnes de charge utile de Bell. Nouveauté intéressante également chez l’américain Vermeer avec la T1255TL, une raboteuse construite sur la base d’une trancheuse de forte capacité (600 ch) destinée aux exploitations de gypse ou de calcaire. Grâce à son tambour qui travaille jusqu’à 69 cm de profondeur, elle représente une alternative intéressante au ripage par bouteur dans les sols durs en produisant peu de fines.

Le matériel routier

Le compactage assisté. Voilà ce que proposent la majorité des constructeurs de compacteurs à destination du marché européen. Des matériels capables de mesurer en continu la température de l’enrobé, d’adapter l’amplitude et/ou la fréquence de vibration en fonction de la rigidité du matériau ou encore de contrôler la translation des engins, leur assurant une accélération et une décélération progressive avec gestion de la vibration. Ajoutez à cela un système GPS pour optimiser le nombre de passes et vous obtenez le compacteur « intelligent » des chantiers de demain. A Bauma, Hamm lancera un matériel étonnant : un tandem sans marche arrière ! En effet, l’ensemble du poste de pilotage est capable de pivoter de 180° de manière que l’opérateur soit toujours dans le sens de la marche. Simple, sûr et efficace.

Enfin, on retiendra que la tendance d’Intermat 2003 sur le développement des matériels de recyclage se confirme pour des raisons économiques et écologiques. Un recyclage à chaud ou à froid, capable de réutiliser des matériaux fraisés et divers liants tels que ciment, émulsion, mousse de bitume, liant mixte…

La démolition

Les entrepreneurs de démolition ne démolissent plus, ils déconstruisent. Au-delà du vocable, cela signifie que la démolition s’effectue avec plus de sélectivité et nécessite des accessoires polyvalents, faciles à changer et à entretenir. Objectif : réduire les temps d’immobilisation des machines. Ainsi, les spécialistes de la démolition comme Liebherr offrent la possibilité de changer flèche et balancier en une demi-heure sur le chantier. Du côté des accessoires, la polyvalence est également de mise avec des outils capables de broyer le béton et de découper les armatures. Dans l’optique de simplifier l’entretien, Rammer, spécialiste des marteaux hydrauliques, présente un système pour supprimer le graissage de ses modèles destinés aux minipelles. Dans la pointe du marteau, conique et creuse, est aménagée une chambre dans laquelle coulisse un piston. Cette chambre est recouverte d’un matériau composite qui supprime presque tous les frottements. Assez en tout cas pour ne changer ce revêtement que toutes les 500 ou 600 heures, en même temps que la pointe elle-même.

Bauma+Mining 2004, salon mondial des machines

de construction et pour la fabrication des matériaux de

construction, se déroulera du 29 mars au 4 avril au nouveau parc des expositions

de Munich.

(*) Chiffres SEIMAT 2003.

PHOTOS :

Les grues « topless » (sans porte-flèche et tirants) offrent l’avantage de limiter la hauteur hors tout des grues dans les chantiers où plusieurs de ces machines travaillent en interférence.

Les terrassiers recherchent des matériels polyvalents, plus facile à amortir. La décapeuse décapeuse tractée, attelée à un tracteur multi-usage, est l’une des solutions.

L’accès en hauteur sur les chantiers de bâtiment suscite de nombreuses offres techniques adaptées à la nature du chantier. Parmi les solutions mécanisées, cette plate-forme autoélévatrice à forte capacité de charge.

ENCADRE

« Il faudrait concevoir des matériels dont la durée de vie serait proche de celle de leur amortissement »

JEAN SCHMIT, consultant en gestion de matériels.

Qu’est-ce qui a changé fondamentalement dans les matériels modernes ?

Indéniablement c’est la généralisation de l’électronique dans les machines. On est passé des commandes par câble, aux commandes hydrauliques, puis électro-hydrauliques, et enfin électro-hydrauliques pilotées par l’électronique. On nous dit que c’est le progrès, mais tout n’est pas innocent. Tout ceci se fait au détriment de la simplicité des machines. Le diagnostic est opéré au moyen d’un ordinateur que ne possède pas l’entrepreneur. De plus, le degré de sophistication des machines est tel qu’il serait très onéreux de former ses propres mécaniciens pour les réparations. L’utilisateur se trouve donc lié au fournisseur pour la maintenance de ses matériels. En Europe, on peut être dépanné en 48 h, en Afrique cela peut prendre deux semaines à un mois !

A-t-on fait des progrès en matière de confort ?

On a fait beaucoup de progrès. La climatisation est devenue un standard. Chez Razel, une machine dont la climatisation est inopérante est déclarée en panne. Et les constructeurs sont obligés de travailler, dans le cadre de la nouvelle réglementation européenne, sur les vibrations. Cette réglementation sera difficile à appliquer pour nous, car les vibrations ne sont pas seulement la conséquence de la conception des matériels, mais aussi de leurs conditions d’utilisation, leur vitesse, le terrain sur lequel elles évoluent, etc.

De quel type de machine nouvelle pourrait avoir besoin le terrassier ?

Je ne vois rien qui n’ait été inventé mais je constate que la moyenne annuelle d’utilisation de nos machines qui était d’environ 2000 h en 1970 est passée à 1 200 h. Par conséquent nous avons besoin de matériels polyvalents, qui tournent plus longtemps. Le couple pelle plus tombereaux articulés est souvent plus intéressant que les échelons de décapeuses. Un tombereau articulé de 30 t travaille en moyenne 1 600 h par an. Peut-être faudrait-il concevoir des matériels dont la durée de vie serait proche de celle de leur amortissement. J’ai déjà fait cette demande à de grands constructeurs. Pouvez-vous mettre au point une machine « kleenex », un matériel dont la durée de vie serait celle d’une machine d’aujourd’hui jusqu’à sa première grande révision, et moins onéreux évidemment? Notez bien qu’il existe des moteurs de ce type, dépourvu de chemisage des pistons. Les constructeurs m’ont répondu « non ». C’est normal puisqu’ils gagnent de l’argent sur le service et les pièces.

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