Technique et chantier

Autoroutes Les sociétés publiques sont-elles trop endettées ?

Mots clés : Réseau routier

-Malgré 200 milliards de francs de dettes d’ici à 2004, les sociétés d’autoroutes répondent par la négative. -Elles pourront faire face… si les prélèvements de l’Etat cessent.

-La situation financière catastrophique de la SNCF – plus de 200 milliards de dette pour 50 milliards de chiffre d’affaires en 1996 et presqu’autant de subventions d’Etat – a conduit à établir un parallèle avec la situation du secteur autoroutier. En effet, à l’horizon 2004, les six sociétés publiques d’autoroutes, ASF, SAPRR, Sanef et leurs filiales Escota, Area et SAPN (les Semca), auront investi 140 milliards de francs en dix ans. Parallèlement, leur endettement bondira à 185 milliards, alors que, depuis la réforme de 1994 et leur recapitalisation par l’Etat (actionnaire à 95 %), leurs capitaux propres excèdent à peine le milliard de francs. Si l’on ajoute au tableau la dette de Cofiroute, seule société privée du secteur, les 200 milliards seront largement franchis (1).

Rembourser avant la fin des concessions

Question : après le RDS instauré pour la Sécurité sociale et le bien réel mais inavoué « RDF » (pour remboursement de la dette ferroviaire), va-t-on vers un nouveau RDA, pour remboursement de la dette autoroutière ? Non, a répondu Michel Burdeau, le secrétaire général de l’Asfa (Association française des sociétés d’autoroutes) invité, en décembre dernier par le Ceifici (2). Tout d’abord, « la France n’est pas suréquipée », a-t-il précisé. Son réseau se situe à un niveau moyen en Europe, derrière l’Allemagne et l’Italie. Les objectifs du programme 1994-2003, c’est-à-dire le maillage autoroutier du pays, sont cohérents : aménagement du territoire, grandes liaisons transversales, desserte des ports, connexions européennes. Fin novembre 1996, 6 496 km étaient en service, 600 km en travaux et 1 040 km en projet (DUP acquises ou en cours).

Mais le trafic ne va-t-il pas régresser, d’autant que les axes les plus rentables ont été réalisés ? Là encore, Michel Burdeau est optimiste : « Si l’on observe un tassement du trafic, jamais l’intensité sur réseau stable n’a connu de décroissance. » Et l’on ne voit pas, à long terme, ce qui pourrait freiner le trafic poids lourds, qui a apporté, en 1995, 78 % des 25 milliards de francs de recettes des Semca (pour 18,5 % du trafic total).

Quant à la comparaison avec la situation de la SNCF, l’Asfa – dont les adhérents n’emploient que 13 000 personnes contre 180 000 à la SNCF – la récuse. « Nos recettes représentent une énorme part de la valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires : 82 % contre 60 % à la SNCF. Le produit disponible – l’excédent brut d’exploitation (voir graphique) – équivaut à 70 % de la valeur ajoutée. Il permet de faire face aux engagements sur la durée du programme d’ici à l’échéance des concessions prévue entre 2016 et 2020 », explique Michel Burdeau.

A certaines conditions toutefois. D’une part, que les prélèvements de l’Etat (taxe Pasqua, TVA, etc.) se stabilisent. En effet, TVA incluse, ce taux a atteint 35 % (contre 22 % en 1994), ce qui signifie que la capacité d’autofinancement nette des Semca est aujourd’hui totalement absorbée. En clair : toute nouvelle hausse des prélèvements se traduirait par une réduction du rythme d’investissement. D’autre part, il faudra éviter de trop fortes hausses de tarifs. Si en 1995, les recettes ont crû de 7,5 %, seul 1 % est provenu du trafic, contre 6,5 % aux hausses de prix qui équivalent désormais au budget « carburant » des usagers. Un seuil limite.

Le poids de la dette

YEndettement au 31/12/1995 : 103 milliards de francs pour les six Semca et, par an, 6,5 milliards de francs de frais financiers et 5 milliards de francs de remboursements.

YDette en 2003 : 185 milliards de francs à la fin du programme (hors Cofiroute) en 2003/2004.

YEvolution des recettes de péage : la dette équivaut à 5 années de chiffre d’affaires environ. En 2004, elle sera inférieure à cette valeur. L’Asfa prévoit la résorption progressive de la dette avant la date ultime des concessions.

-Endettement au 31/12/1995 : 103 milliards de francs pour les six Semca et, par an, 6,5 milliards de francs de frais financiers et 5 milliards de francs de remboursements.

-Dette en 2003 : 185 milliards de francs à la fin du programme (hors Cofiroute) en 2003/2004.

-Evolution des recettes de péage : la dette équivaut à 5 années de chiffre d’affaires environ. En 2004, elle sera inférieure à cette valeur. L’Asfa prévoit la résorption progressive de la dette avant la date ultime des concessions.

GRAPHIQUE : capacité financière du secteur autoroutier

Selon l’Asfa, l’exploitation du système autoroutier laisse un produit disponible considérable, d’où une capacité d’autofinancement brute qui permet de faire face aux investissements prévus.

V A : valeur ajoutée. EB E : excédent brut d’exploitation.

(1) Les banques privées sont tenues au respect du « ratio Cook ». Ce ratio impose que l’endettement soit inférieur ou égal à 8 fois le montant des fonds propres. Il est de 20 pour les Semca et de 14 pour Cofiroute. (2) Ceifici : Centre d’études d’information et de formation pour les ingénieurs de la construction et de l’industrie.

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