Technique et chantier

Aubervilliers La dernière livraison de Pierre Riboulet

Mots clés : Architecte - Architecture - Education - Politique du logement - Produits et matériaux - Rénovation d'ouvrage

L’architecte a livré quelques semaines avant sa mort le lycée technique Le Corbusier à Aubervilliers. Cet équipement remplace un lycée construit par Raymond Lopez en 1963 et a été implanté en site occupé.

Quelques mois après la mort de Pierre Riboulet (« Le Moniteur » du 31 octobre 2003, page 546), son agence est en cours de cessation et ses derniers projets sont répartis entre une poignée de fidèles qui mèneront à bien leur achèvement.

Dernier bâtiment conduit à son terme par Pierre Riboulet lui-même – avec André Mao, collaborateur fidèle depuis l’atelier de Montrouge (1963) – le lycée technique d’Aubervilliers, prévu pour 1 200 élèves, reprend bien des thèmes chers à l’architecte ; l’oeuvre de Riboulet est de celles qui sont d’un bloc, taillées dans des convictions insensibles au temps et aux modes.

Un architecte très engagé dans le mouvement moderne

Dans les volumes coupés à la serpe, le dialogue des matières brutes, les couleurs intérieures vives empruntées à Le Corbusier, les façades raides et composées, se lit l’engagement de toute une vie en faveur du mouvement moderne. Sitôt franchi le seuil, l’essentiel cependant apparaît ailleurs : dans la quantité d’espace offerte à l’entrée, au hall, aux circulations, c’est-à-dire à tout ce qui n’est pas comptabilisé dans le programme et n’obéit pas à une fonction précise. La rue ample et lumineuse qui structure le bâtiment et catalyse les rencontres exprime la générosité du projet et rappelle les recherches d’une génération d’architectes qui se préoccupa de faire pénétrer de larges espaces collectifs – voire publics – dans les équipements. Pierre Riboulet a défendu ce point dans de nombreux projets. Dans « Naissance d’un hôpital » (Les éditions de l’imprimeur, 1994) où il raconte en détail les étapes de la conception de l’hôpital Robert-Debré (Paris), il écrivait : « Il faudrait entrer dans l’hôpital comme on passe dans une rue, une galerie où il y a beaucoup de choses à regarder, où l’on peut aller et venir sans obligation, courir et rêver. » L’exaltation du réseau de circulations – la rue, les places intérieures, l’entrée, les surlargeurs des coursives – suggère que la vie d’un bâtiment ne se limite pas à ses pièces définies et qu’il faut dissocier fonction et événement.

Ce lycée démontre d’autant mieux cet écart avec le fonctionnalisme strict qu’il est la reconstruction (en site occupé – voir encadré) d’un lycée édifié par Raymond Lopez en 1963, issu de ce courant. De cet équipement clair et efficace dont Riboulet reconnaissait les qualités n’a été conservé que l’imposant bloc rassemblant restaurant et gymnase (à l’étage) et des logements de fonction aux façades remodelées. Outre les problématiques techniques et de sécurité qui condamnaient cette construction, l’absence de lieu fédérateur exprimant le sens de l’édifice et liant entre eux les bâtiments unifonctionnels (classes, ateliers, gymnase, logements) décida d’une transformation radicale. Le nouveau lycée est en quelque sorte le négatif de l’ancien, au sens où les constructions neuves occupent les anciens espaces non construits, à l’exception du gymnase conservé. Et ce ne sont pas seulement les facilités d’intervention dans les espaces libres sur un site occupé qui fondent ce parti, mais la recherche d’une organisation opposée à la précédente : un volume général compact au lieu d’une barre étirée et mince, et la primauté accordée aux lieux de la vie commune qui n’existaient pas.

Fiche technique

Maître d’ouvrage : région Ile-de-France, sous-direction de l’enseignement supérieur ; DDE de Seine-Saint-Denis, conducteur d’opération.

Maîtrise d’oeuvre : Pierre Riboulet, architecte, assisté d’André Mao, Serge Clave et Alexis Leduc ; Projetud, BET ; Tohier, économiste ; Atelier Grunig-Tribel, paysagiste ; Françoise Couvez, coloriste.

Surface : 19 400 m2 HON.

Coût : 18,45 millions d’euros HT.

Entreprise générale : Bouygues Bâtiment.

PHOTOS :

La rue intérieure couverte d’une verrière s’élargit en trois placettes successives plantées d’arbres en pleine terre.

Le vocabulaire du béton brut et de la brique du gymnase-restaurant de Lopez (à gauche) est repris sur les plots de classes (au fond). Au centre, le nouveau bâtiment d’accueil. A droite, le bâtiment remodelé des logements.

1. Le bâtiment d’accueil ouvert sur la rue rassemble foyer et salle polyvalente autour d’un hall aux longues cimaises d’exposition éclairées par des verrières zénithales. Ce nouveau lieu joue un rôle décisif dans la vie du lycée.

2. A l’étage, les larges coursives de distribution ouvrent sur les placettes qui ponctuent la rue. La palette de couleurs est empruntée à Le Corbusier, dont l’équipement porte le nom. 3. Le bâtiment d’accueil généreusement dimensionné (au fond, vu depuis la rue intérieure) est éclairé par deux patios. 4. Dans les classes du dernier niveau, la « chaire » des professeurs est éclairée zénithalement.

5. Les ateliers sont habillés de grands éléments en béton qui les protègent du soleil. Le volume haut soulevé en attique est recouvert de plaquettes de terre cuite.

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ENCADRE

Une reconstruction en site occupé

S’il n’a pas été possible d’éviter tout chevauchement entre le nouveau et l’ancien bâtiment, le plan conçu comme un négatif du précédent a simplifié le phasage du chantier en site occupé. Le gymnase-restaurant de Raymond Lopez (3) et les logements de fonction (1) sont conservés. Les ateliers (6) situés sur rue sont reconstruits à l’arrière pour libérer une cour « d’honneur ». La barre des classes (5) est remplacée par quatre plots agencés autour d’une rue intérieure. L’ancienne cour d’entrée devient le bâtiment d’accueil (2) qui absorbe le foyer des élèves (anciennement 4).

PLAN :

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