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Attention fragile ! Prevenir les collisions engins/pietons

La co-activité hommes/machines induit un fort risque d’accident sur les chantiers. Technologie et organisation permettent de le réduire.

Malgré les progrès techniques accomplis et les formations dispensées, les accidents causés par des engins mobiles aux personnes travaillant à proximité restent nombreux. Sur ces dix dernières années, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) recense 79 collisions engins/piétons dans le BTP, motelles pour la plupart, avec la co-activité comme cause principale. « La première prévention consiste à appliquer des mesures organisationnelles. Puis vient l’amélioration de la visibilité du conducteur à l’aide de rétroviseurs, caméras, antéviseurs, et le signalement des manœuvres de l’engin avec avertisseurs sonores, lampes à éclats, etc. », insiste Hugues Decoudun, directeur de la prévention chez Colas. « Une fois ces mesures mises en œuvre, des outils techniques complémentaires comme des détecteurs de personnes peuvent s’avérer pertinents, à condition de bien spécifier son besoin en amont », ajoute Pascal Lamy, chef du projet de recherche Prévention des collisions engins/piétons de l’INRS, prévu jusqu’en 2012.

Reconnaissance visuelle

Inspirés de l’industrie automobile, les dispositifs de détection des personnes sont basés sur différentes techniques (laser, ondes radio, vision numérique, ultrasons et radar) couplées à une alarme visuelle ou sonore. « Aucune ne répond à elle seule à l’ensemble des situations à risques à l’origine des collisions engins/piétons. L’outil universel n’existe pas, seule une combinaison d’actions permet de réduire le risque », conclut l’INRS rejoint dans ce constat par Colas et Eurovia à travers Franck Ollivier son directeur de la prévention. Très sensible aux rayons lumineux, le scrutateur laser par exemple détecte tous les obstacles dans sa zone de détection. Poussières, fumées et vapeur d’eau comprises, ce qui multiplie les déclenchements d’alertes intempestifs. Les ultrasons ont d’autres points faibles : temps de réponse longs, zone de détection étroite et sensible aux obstacles, parasitage possible, sensibilité au vent… Très fiables à l’inverse, les ondes radio nécessitent le port d’un badge, ce qui impose l’identification de toutes les personnes susceptibles de se trouver à proximité de l’engin. « Le respect de cette obligation s’avère impossible sur des chantiers urbains », constate Franck Ollivier. Même en rase campagne la gestion des badges, en tenant compte de la mobilité des matériels, représente une nouvelle responsabilité à planifier. La reconnaissance visuelle semble aujourd’hui la solution la plus aboutie : des caméras numériques couplées à un logiciel de traitement d’images capables de distinguer une silhouette humaine dans un décor changeant. Cette piste est développée par l’INRS et par la société Arcure. Au stade du prototype chez le premier, avec un modèle baptisé Blaxtair chez le second, commercialisé depuis fin 2010 et « aujourd’hui en test chez plusieurs grands noms du TP », confie Patrick Mansuy, P-DG d’Arcure. Selon l’INRS, au moins un de ces systèmes de détection aurait été utile dans 60 % des collisions recensées… à condition de gérer les nouveaux comportements à risques associés dont « la baisse de vigilance du conducteur ». Trop aidé, l’homme délègue sa vigilance aux automates qui, eux non plus, ne sont pas infaillibles.

Graphique : Dangerosité relative des engins de chantier

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Références

• Recommandation R 434 de la CNAMTS « Prévention des risques occasionnés par les véhicules et les engins circulant ou manœuvrant sur les chantiers du BTP ».
• Editions INRS ED 6083 « Prévenir les collisions engins/piétons : des dispositifs d’aide à la conduite », et ED 6051 « Collisions engins-piétons ; choix et installation de détecteurs radioélectriques ».

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Les 5 points à retenir

Mesures organisationnelles

Pour prévenir les risques de collisions engins/piétons, les mesures organisationnelles consistent à ordonnancer le chantier en amont. Elles visent en particulier à identifier et à séparer autant que possible les zones et les flux de circulation engins et piétons. Fondamentale, cette première approche diminue le risque dans un environnement où il subsistera toujours des situations de travail pour lesquelles la co-activité ne peut être évitée.

Visibilité du conducteur

En cas de co-activité engins/piétons, la visibilité du conducteur depuis le poste de conduite est à optimiser : visibilité directe, rétroviseur, caméra, antéviseurs, etc. Pour les manœuvres en conditions de visibilité restreinte comme le recul, des alertes viennent compléter la vigilance du conducteur et l’information destinée aux piétons est amplifiée par des avertisseurs sonores ou des lampes à éclats.

Détection de contact

Les systèmes destinés à détecter le contact entre l’engin et le piéton (pare-chocs sensibles, panier de sécurité) s’avèrent insuffisants pour assurer efficacement la sécurité des piétons, du fait même de leur principe de fonctionnement qui ne permet pas d’éviter la collision mais seulement d’en limiter les dommages.

Détection de personnes

Considérés comme des aides à la conduite et non comme des systèmes de protection, les dispositifs de détection de personnes (laser, ondes radioélectriques, vision numérique, voire ultrasons et radar) possèdent chacun des avantages et des inconvénients, à balancer selon l’environnement de travail. Compte tenu de l’état actuel de la technique, aucun des détecteurs de personnes disponibles sur le marché n’a la capacité à lui seul de répondre à l’ensemble des situations rencontrées. Tous les systèmes de détection doivent être dotés d’un autocontrôle ou d’un autodiagnostic afin de pouvoir prévenir une panne ou un dysfonctionnement.

Formation

Quel que soit le système de détection, son efficacité dépend des mesures organisationnelles associées, ainsi que des actions de sensibilisation et de formation mises en œuvres auprès des conducteurs et des piétons sur la finalité et les spécificités du ou des systèmes déployés. Attention : les aides à la conduite entraînent de nouveaux comportements avec un risque avéré de baisse de vigilance pour les conducteurs.

Source : base de données EPICEA (période 1997-2008).

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