Architecture et urbanisme

ARCHITECTURE Un bidonville résorbé en finesse au nord de Marseille

Mots clés : Architecte - Architecture - Financement du logement - Logement social - Maison individuelle - Politique du logement - Prix d'architecture

Un programme PLA de 140 logements sociaux dont une trentaine de maisons individuelles, qui privilégie la qualité de vie et l’insertion dans l’habitat traditionnel.

Surplombant le port de l’Estaque, à l’extrémité nord de Marseille, quelques maisons discrètes et petits immeubles aux couleurs pâles se fondent dans le décor rendu célèbre par Cézanne et, plus récemment, par le film « Marius et Jeannette ». Il y a peu, le dernier bidonville de la cité phocéenne s’étendait sur ce terrain délimité par le boulevard Pasteur et la rue RogerChieusse au coeur du XVIe arrondissement. Un terrain que les ouvriers des tuileries proches, principalement des immigrés venus de Kabylie, s’étaient approprié dans les années 50. Au fil du temps, les baraques de planches et de tôles couronnées de débris de tuiles ont occupé tout l’espace.

En 1991, la municipalité marseillaise décidait de réhabiliter cet îlot. Une procédure de résorption de l’habitat insalubre (RHI) était lancée et une équipe de maîtrise d’oeuvre urbaine et sociale (Mous) mise en place.

Une opération à tiroirs

Au terme de plusieurs années d’enquête, elle élaborait, avec l’architecte André Jollivet, un projet de relogement sur place des 125 familles originaires du bidonville. L’opération « à tiroirs », lancée en 1993, s’achèvera en septembre 1999. Il s’agit d’un programme PLA de 140 logements sociaux, dont une trentaine en maisons individuelles. Les deux premières tranches ont été livrées en 1994 et 1998, la troisième et dernière est en cours de construction (livraison prévue au mois de septembre).

L’architecte n’a eu, dit-il, aucun mal à intégrer l’opération au quartier, sur laquelle le bidonville était déjà solidement greffé. Les nouvelles constructions s’inscrivent tout naturellement dans la trame urbaine existante, de même leur architecture sans prétention, mais ponctuée de détails attentifs à l’usage : porches d’entrée appropriables pour les maisons, grands balcons-terrasses pour les immeubles. La distribution intérieure des logements est classique, avec des surfaces supérieures de 10 % aux normes minimales HLM.L’ensemble de l’opération bénéficie du label HPE 3. La seconde tranche vient de remporter l’un des prix d’architecture décernés par le groupe SCIC.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage : SEM Marseille Habitat ; SCIC Développe-ment, assistance à maîtrise d’ouvrage.

Maîtrise d’oeuvre : André Jollivet, architecte (Aura, A. Jollivet-J. Boutron) ; Beterem, ingénierie ; Apave, contrôle.

Surfaces : deuxième tranche (18 logements collectifs, 21 individuels, un commerce), 3 402 m2 HON, 2 555 m2 habitables ; troisième tranche (48 logements collectifs), 3 690 m2 HON, 3 014 m2 habitables.

Coût travaux : deuxième tranche, 14,231 millions de francs TTC (garages compris), soit 5 569 F TTC/m2 habitable ; troisième tranche, 16,3 MF TTC (parking compris), soit 5 408 F TTC/m2 habitable.

Entreprise : CIEBAT.

Etat des lieux : le bidonville au-dessus du port de l’Estaque.

PHOTOS + PLAN :

Les maisons de ville (ci-dessus) :

l’architecture reprend la typologie traditionnelle du quartier, enrichie par des seuils profonds et des loggias.

Détail des petits collectifs (ci-contre) : de grands balcons orientés vers la mer.

Plan-masse (ci-dessous) : l’opération s’inscrit complètement dans la trame urbaine existante.

ENCADRE

André Jollivet, architecte : «Je revendique la modestie de cette opération »

« La réhabilitation de l’îlot Chieusse a été conçue comme une opération délibérément modeste. Je revendique ce parti pris. La première exigence des habitants du bidonville était de ne plus être stigmatisés par leur cadre de vie. Mon travail d’architecte a d’abord consisté à élaborer un projet totalement inscrit dans la typologie du quartier. J’ai pensé que le meilleur moyen d’intégrer socialement cette population était de lui proposer un habitat ..normal ». A l’Estaque, la normalité passe par une orientation des bâtiments au sud, avec de grandes terrasses ouvertes sur la mer. Les logements collectifs, comme les maisons individuelles, intègrent ce principe. Le choix des matériaux (béton enduit, tuiles), des décorations (..cassons » de céramiques) et des coloris (couleurs primaires en sous-face sur un enduit très clair) illustre également cette démarche. »

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