Architecture et urbanisme

Architecture Concours ouverts : la mise en garde de l’Unsfa

Mots clés : Architecte - Architecture - Concours d'architecture

-Un rapport de l’organisation syndicale analyse les conséquences, jugées néfastes pour la profession, des concours ouverts non rémunérés. -Il propose plusieurs pistes pour ouvrir la commande aux jeunes équipes.

Evoquée par Catherine Trautmann d’abord devant les architectes-conseils de la MIQCP, puis lors de son discours d’ouverture des « Rendez-vous de l’architecture », la perspective du lancement de concours ouverts non rémunérés destinés à « faire émerger des talents non encore reconnus » n’a pas été relevée par les organisations professionnelles d’architectes, sinon par l’Unsfa (Union nationale des syndicats français d’architectes).

Dominique Riquier-Sauvage, sa présidente, a remis début novembre au conseiller d’Etat Thierry Leroy, chargé par le ministre de la Culture d’une mission de réflexion sur les concours, un rapport très argumenté de Gilbert Ramus (président de la commission «Marchés» de l’Unsfa) sur les concours gratuits et l’ouverture de la commande aux jeunes professionnels. Il souligne les dangers du concours ouvert non rémunéré sans pour autant remettre en cause le principe de la concurrence et des concours d’architecture, ni refuser a priori toute expérimentation en la matière.

Renouvellement stoppé

L’argumentation développée par Gilbert Ramus montre bien comment l’ouverture de la commande souhaitée lors de la mise en place de l’actuel système des concours a fait long feu. Précisément conçu à la fin des années 70 pour répartir plus largement une commande publique jusque là réservée à des professionnels « agréés » par les ministères, il a effectivement permis de faire émerger de nouveaux talents. Mais, note l’auteur, on a cru à tort que ce renouvellement serait permanent.

Or aujourd’hui, la sélection des candidats aux concours se fait, comme par le passé, au vu des références et des moyens dont disposent les architectes, excluant non seulement les débutants, mais aussi tous ceux qui n’ont pas à leur actif de constructions similaires à l’objet du concours. Financièrement lourd pour les architectes qui doivent consacrer du temps et de l’argent à leurs dossiers de candidature, le système pousse également certains maîtres d’ouvrage à rechercher la médiatisation de leurs projets au travers de grands noms, toujours les mêmes. Bref, conclut Gilbert Ramus, « les effets des concours ont été de refermer, non plus directement la commande comme autrefois, mais la concurrence entre un nombre limité d’architectes ».

Les concours ouverts et gratuits ne sont pas pour autant la solution, explique-t-il. D’abord parce qu’ils ne créent pas un marché : « Disons clairement aux architectes structurés qui ne peuvent pas travailler gratuitement qu’on va les priver d’une fraction des commandes pour lesquelles ils se battent déjà comme des damnés, pour les attribuer à des cabinets moins structurés. » Lesquels sont aussi mis en garde : « Plus tard, quand ils auront besoin d’une rémunération en échange de leur travail, ce travail sera confié aux nouveaux bénévoles ! »

Par ailleurs, il observe qu’à un moment où les architectes se battent pour faire reconnaître la valeur de leur prestation intellectuelle, le concours non rémunéré accrédite l’idée qu’elle est gratuite : « Va-t-on la faire réaliser par des dizaines et des dizaines d’architectes pour zéro franc sous le prétexte qu’un seul d’entre eux recevra la commande pour un montant d’honoraires de toutes façons inférieur à la somme des dépenses engagées par l’ensemble des candidats bénévoles ? ».

Danger des prestations gratuites

Et l’analyse sociale que fait Gilbert Ramus du concours gratuit n’est pas plus réjouissante : « Imaginerait-on de proposer à cinquante chômeurs de travailler gratuitement une à deux semaines contre la promesse d’embaucher un seul d’entre eux ? Toute règle sociale serait-elle abolie parce qu’il s’agit de jeunes professionnels se destinant à l’exercice libéral ? ». Après ce démontage en règle du « mirage » des concours non rémunérés, l’Unsfa avance quelques pistes, parmi d’autres, pour favoriser l’entrée en activité des jeunes professionnels. Pour commencer, note Gilbert Ramus, la revalorisation des honoraires des missions d’architectes aurait des effets substantiels : d’une part parce que payée à son juste prix, l’activité de la profession représente un formidable gisement d’emplois ; d’autre part parce que les architectes qui ont accès à la commande, mieux rémunérés, s’autoréguleraient face aux concours, laissant ainsi un peu de place aux exclus.

Quant aux concours eux-mêmes, la vraie priorité serait de cesser de « rémunérer les concours sur esquisse comme une sous-esquisse alors que les prestations exigées sont celles d’un APS ! ». Autre piste : les candidatures associant un architecte expérimenté et un jeune architecte pourraient être encouragées, afin de permettre à ces derniers de se constituer des références.

Des compétitions en deux tours

Enfin le ministère de la Culture, « prêt à engager des sommes pour aider la deux centaines de cabinets capables d’exporter » pourrait consacrer, dans le cadre des milliards de francs consacrés par l’Etat à l’emploi des jeunes, quelques dizaines de millions de francs par an pour mettre sur pied des compétitions plus larges, où les jeunes architectes pourraient confronter leurs talents. Elles pourraient être ouvertes à une cinquantaine de candidats, qui seraient rémunérés environ 25 000 francs pour une esquisse légère. Suivant les programmes, ce premier tour pourrait être suivi d’une compétition classique (indemnisée normalement par le maître d’ouvrage), entre les trois ou quatre meilleurs projets.

Certes, conclut le rapport, de telles compétitions n’ouvriront pas de marchés supplémentaires à la profession. Au moins n’alourdiront-elles pas, comme les concours gratuits, la situation financière des agences. Car, martèle Gilbert Ramus, « ce n’est pas en augmentant les dépenses des architectes que l’on redressera la situation, mais en mettant un terme à deux décennies d’honoraires insuffisants, et en adaptant les procédures actuelles de mise en concurrence aux missions de maîtrise d’oeuvre en architecture ».

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