Architecture et urbanisme

Architectes Questions à Dietmar Feichtinger

Mots clés : Architecte - Architecture - Concours d'architecture - Enseignement supérieur - Travail - Verre

Entretien-portrait avec le jeune Autrichien, basé à Paris, lauréat du concours pour la passerelle Bercy-Tolbiac. Un talent prometteur, fondé sur la maîtrise de l’idée structurelle et la proximité avec les ingénieurs.

Pourquoi être venu en France ?

En 1989, juste après mon diplôme, j’avais l’impression que c’était vraiment là « que ça se passait » : vu de l’extérieur, la dynamique des grands projets était très attirante pour un jeune architecte. Je suis venu quelques jours à Paris (je ne parlais presque pas français !), et j’ai montré mon dossier à plusieurs architectes. C’est l’atelier Chaix et Morel qui m’a retenu. J’ai passé quatre ans avec eux, dans une période enthousiaste où ont été développés de grands projets : la bibliothèque de France, la passerelle Solférino et celui, lauréat, de l’Ecole des Ponts et Chaussées à Marne-la-Vallée. Parallèlement, je faisais des concours pour moi, parce j’avais toujours en tête d’ouvrir ma propre agence, ce que j’ai fait, à Paris, en 1993.

Pourtant la commande y est difficile d’accès pour les jeunes architectes…

Oui, d’autant plus que j’ai ouvert mon agence sans commande effective, ce qu’il ne faut jamais faire ! Depuis, notre activité a connu des hauts et des bas… Nous avons souvent travaillé avec les ingénieurs de RFR, dont j’avais apprécié l’approche lors du concours de Solférino. La structure innovante du pavillon tout en verre que nous avons construit à Neuilly en 1996 est le fruit d’une étroite collaboration avec eux. J’ai été aussi soutenu par Chaix et Morel, mais nous n’avons pas gagné des concours présentés en commun. Alors, les concours français étant décidément trop difficiles d’accès, nous nous sommes tournés, depuis Paris, vers l’Autriche et l’Allemagne. Les concours y sont plus ouverts, même s’ils ne sont pas rémunérés, à moins que l’on ne remporte un prix ou une mention. Ce qui, heureusement, a été souvent notre cas (1), et a permis à l’agence de vivre !

Halle de Hanovre, serres de Brême, gare routière de Hambourg… tous ces projets sont intimement liés à une idée structurelle forte et à des solutions techniques innovantes. Ne seriez-vous pas un peu ingénieur ?

Non, mais je suis convaincu qu’un architecte ne peut pas maîtriser un projet s’il ne s’intéresse pas à la technique. Nous ne travaillons pas en opposition avec l’ingénieur, mais en équipe avec lui. Tous nos projets importants ont été développés ainsi, avec de grands ingénieurs : Strobl de chez Leonhardt pour Hanovre, Peter Heppel pour Brême, RFR pour Hambourg et maintenant pour la passerelle de Tolbiac. Mais les idées principales viennent de nous. Ensuite, on discute : puisque je me permets de parler de structure, l’ingénieur peut avoir un avis sur l’architecture. C’est ce qui s’est passé avec Henry Bardsley, de RFR, pour la passerelle.

Pourquoi la double membrure, l’une tendue, l’autre comprimée, du projet Tolbiac ?

Je voulais une forme qui puisse répondre à toutes les questions posées : la double liaison des quais hauts et bas, un espace pour les kiosques et les activités, mais pas de pont suspendu, qui n’est pas dans la tradition parisienne. En même temps, je ne voulais pas de piles dans l’eau. Cela aurait divisé le fleuve, beau et ample à cet endroit. La structure que nous avons conçue donne cette liberté au plan d’eau. Elle relie souplement les quais, avec un événement au milieu, la place centrale haute et basse, pour les activités, les vues…

(1) Voir par exemple le projet pour une halle de 36 000 m2 et 135 m de portée libre à Hanovre, « Le Moniteur » du 9 mai 1997, p. 22.

MAQUETTE

La passerelle Bercy-Tolbiac, vue depuis le belvédère de la Bibliothèque nationale.

UNE CARRIERE EN QUELQUES DATES

1988 : architecte diplômé de l’Université technique de Graz (Autriche).

1989 : chef de projet et associé, atelier Philippe Chaix et Jean-Paul Morel.

Depuis 1993 : agence « Feichtinger architectes » à Paris ; enseigne à l’école d’architecture de Paris-La Villette.

Depuis 1997 : enseigne à l’université d’Innsbruck, puis à celle de Vienne (Autriche).

1998 : Prix d’architecture de l’Académie des arts de Berlin.

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