Technique et chantier

Allemagne Les majors fondent leurs espoirs sur l’international

Mots clés : Conjoncture économique - Entreprise du BTP - Industriels du BTP

-Sur le marché national, la crise est à la fois conjoncturelle et structurelle. -Les majors mettent toute la pression sur l’export.

En Allemagne de l’Ouest, la sortie du tunnel est envisageable : cette année le recul des investissements dans le BTP y atteindra encore 1,4 %, contre 3 % l’an dernier, et pour 1998 le Hauptverband (Fédération professionnelle des majors du BTP) prédit la stagnation, la reprise étant renvoyée à 1999. En ex-RDA, où les majors perdent tant d’argent, le repli est plus prononcé cette année (- 3,2 % contre – 1,7 % en 1996) et se poursuivra l’an prochain (- 3 %). Tous les compartiments du BTP sont en panne : le plus durement touché, du fait des coupes budgétaires drastiques, est la construction publique dont la production en volume devrait reculer de 3,5 % en 1997, le résidentiel (- 1,2 %) se portant mieux que le non-résidentiel privé (- 2,4 %). En 1998-1999, ce dernier devrait profiter d’une croissance plus accentuée dans l’industrie.

Cependant, deux casse-tête structurels vont subsister : les 190 000 travailleurs détachés de l’Union européenne, qui défient toute concurrence face à la main-d’oeuvre allemande (les coûts salariaux allemands étant largement supérieurs au Smic des ouvriers étrangers) ; les énormes surcapacités accumulées en ex-RDA depuis la réunification de 1990 ne permettront pas de retour à des marges convenables. « Nous avons vu venir à temps la crise de la construction et avons investi dans la zone Asie-Pacifique », commente le président du directoire de Bilfinger + Berger, Christian Roth. Ceci explique le succès que connaît le numéro trois du BTP en pleine récession sectorielle. Cette année, il sera le premier en Allemagne de l’Ouest à réaliser plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger. Aujourd’hui, l’activité internationale contribue pour deux tiers au bénéfice de Bilfinger et la tendance est orientée à la hausse, malgré un fléchissement en 1996 de 12 % à 497 millions de francs (voir le tableau). Bilfinger a accentué la pression au travers de ses principales filiales à l’international : l’australienne Baulderstone (3,5 milliards de francs de chiffre d’affaires en 1996), l’américaine Fru-Con (2,2 milliards), B + B Asia (2 milliards) et Julius Berger au Nigeria (800 millions).

Les mauvaises aventures dans l’immobilier

En revanche, certains patrons n’ont pas senti le vent tourner ; c’est le cas d’Ignaz Walter. Jusqu’en 1995 son « vaisseau amiral », Walter Bau, n’a réalisé que 10 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, tant il était concentré sur l’ex-RDA. En 1996, dans la plus grande précipitation, Ignaz Walter a racheté en Australie Concrete Constructions : l’opération lui a procuré 1,8 milliard de francs de chiffre d’affaires, mais Concrete Constructions n’a pas été en mesure de contribuer au bénéfice de Walter Bau : la ruineuse concurrence sur le marché national a fait chuter le résultat avant impôt des trois quarts à 22 millions de francs. Courant 1997 Walter Bau aura du mal à éviter des pertes. Ignaz Walter a réagi en annonçant le prochain regroupement des activités étrangères de ses quatre sociétés (Walter Bau, Züblin, Dywidag et Heilit + Woerner) sous la houlette de Walter Group International, à Salzbourg. Objectif à moyen terme : réaliser 40 % du chiffre d’affaires à l’international.

Holzmann, de son côté, a payé cher son développement dans l’immobilier avec des pertes cumulées de 4,7 milliards de francs en 1995 et 1996. Le groupe ambitionne désormais de devenir, avec son partenaire Hochtief, le numéro un européen à l’international, avant Bouygues. Evoquant la fusion Lyonnaise des eaux/Suez, le président Lothar Mayer a souligné récemment la nécessité de former de grands ensembles de taille mondiale. Même si l’Office des cartels réussit à empêcher Hochtief de prendre plus de 24,9 % du capital de Holzmann, les deux majors peuvent en toute liberté se répartir l’activité internationale : Holzmann aux Etats-Unis, Hochtief en Australie et en Amérique latine. Hochtief souhaite que la part de chiffre d’affaires réalisée à l’étranger passe de 41 % en 1996 à 60 % à moyen terme. La commande de 8 milliards de francs pour construire l’aéroport d’Athènes a fait passer à 53 %, fin mars, la part de l’international dans le carnet de commandes. Et le groupe a réussi la prouesse d’augmenter son bénéfice net en 1996 (+ 9,8 % à 492 millions de francs).

Chez Strabag, en revanche, l’international prime d’une toute autre façon : en effet, après avoir affiché des pertes de 687 millions avant impôt en 1996, deux dirigeants de la performante filiale autrichienne ont été propulsés au directoire du groupe de Cologne.

TABLEAU : L’INTERNATIONAL, VECTEUR D’AMELIORATION DES RESULTATS

En 1996, deux majors étaient en perte : Strabag et Wayss & Freytag. Tandis que Hochtief, Bilfinger & Berger et Dywidag ont maintenu à flot leurs résultats, grâce au développement de leur activité à l’international.

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