Actualité

Alain Bentejac, président de Syntec-Ingénierie, fédération professionnelle de l’ingénierie « Relançons l’investissement dans les infrastructures »

Mots clés : Conception - Conjoncture économique - Démarche environnementale - Développement durable - Innovations

A l’occasion des septièmes Rencontres de l’ingénierie, le président de Syntec-Ingénierie évoque le retournement de la conjoncture, le rôle de l’ingénierie dans la croissance, et le Livre blanc sur l’innovation de la fédération.

Vous avez choisi « Ingénierie, innovation, facteur de compétitivité en France et en Europe » comme thème de vos Rencontres 2008 (1). Comment abordez-vous le retournement de conjoncture économique après quatre ans de surchauffe d’activité dans votre secteur ?

Les sociétés d’ingénierie sont toujours en situation de forte croissance sur des projets lancés il y a quelques années. La crise immobilière touche surtout le logement, qui « consomme » peu d’ingénierie. L’impact est donc peu perceptible pour l’instant mais la propagation de la crise à l’immobilier d’entreprise devrait affecter notre secteur dans le proche avenir. Du côté des marchés publics, la question est de savoir si la situation financière de l’Etat et des collectivités territoriales permettra de nouveaux investissements. Nous n’avons pas de visibilité d’autant plus que la crise financière actuelle risque de rendre plus difficile le financement des infrastructures, même en PPP.

Malgré ces éléments de forte incertitude, les perspectives de notre secteur restent globalement favorables, comme en atteste l’étude économique que le cabinet spécialisé BIPE a réalisée à la demande de Syntec-Ingénierie.

Y a-t-il des freins à une pleine réussite de l’ingénierie française ?

La rémunération de l’ingénierie est insuffisante pour mener des travaux de recherche indispensables à l’innovation. Les maîtres d’ouvrage achètent trop souvent nos services sur le seul critère du prix. C’est aberrant. Lorsque l’on rapporte le coût de l’ingénierie, comme celui de l’architecture, au coût global d’un ouvrage (construction exploitation), on constate que des économies faites au stade de la conception au détriment de la qualité d’usage sont un très mauvais calcul économique à long terme. Par ailleurs, l’ingénierie française est constituée de structures trop petites pour mener des programmes de R & D et se développer à l’international. Une consolidation du secteur est nécessaire.

Enfin, nous considérons que les mécanismes protecteurs mis en place par la loi Spinetta ont été progressivement dévoyés et pénalisent nos entreprises de manière injuste. Nous attendons des réformes dans ce domaine et en attendant Syntec-Ingénierie met en place des dispositifs de mutualisation au bénéfice de ses adhérents.

L’ingénierie a-t-elle un rôle à jouer pour doper la croissance ?

L’ingénierie pourrait être davantage facteur de croissance. En France, des réformes structurelles sont indispensables mais il faut aussi relancer l’investissement, notamment dans les infrastructures. C’est la condition du développement économique. Les projets de transports en commun, de route intelligente, d’infrastructures, de fret aérien ou ferroviaire, de ports… figurent en bonne place des investissements qui relanceraient la croissance. Dans le même temps, ces investissements ne peuvent être réalisés sans la prise en compte du développement durable ce qui les rend plus complexes que par le passé. Ils nécessitent donc plus d’ingénierie.

Comment investir dans ces infrastructures coûteuses quand on n’a pas d’argent ?

Ce n’est pas seulement un problème d’argent public. Les contrats de partenariat qui recourent à l’argent du contribuable ne sont pas non plus la seule solution. Nous leur préférons les concessions qui ne mettent à contribution que les utilisateurs de ces infrastructures. N’oublions pas non plus les investissements purement privés sur lesquels il s’agit davantage de changer des réglementations ou des cultures. Des projets de création de centres hospitaliers en France destinés à une clientèle internationale, ou des infrastructures de fret aéroportuaire peuvent être développés par l’initiative privée, sans recours à l’argent public. Nous préconisons la réalisation d’un « plan stratégique » de l’investissement dans les infrastructures.

Avez-vous évoqué ces grands investissements privés avec les hommes politiques ?

Nous avons présenté ces idées au cabinet du président de la République, à des élus, à la Caisse des dépôts. Il y a un assez large consensus sur la nécessité de faire. Les parlementaires sont intéressés mais butent sur le « comment faire ». Le passage à l’acte est difficile mais nous espérons qu’il y aura des initiatives d’ici peu. Nos infrastructures qui vieillissent ont besoin d’être modernisées.

Des investissements modestes sont aussi précieux. Dans quelle mesure les ingénieristes peuvent-ils se placer comme opérateurs de ces opérations ?

Dans le contexte de croissance forte de ces dernières années, de plus en plus d’ingénieristes ayant grossi en taille peuvent envisager de jouer un rôle de leader dans les opérations de construction. Dans le domaine des partenariats public-privé notamment, il n’est pas gravé dans le marbre que ces opérations doivent éternellement être menées par les majors du BTP. Les sociétés d’ingénierie sont aujourd’hui capables d’assurer la conduite de certaines opérations de taille moyenne, contribuant ainsi à élargir l’offre concurrentielle, ce qui va dans le sens de l’intérêt général.

En quoi l’innovation est-elle un facteur de développement des sociétés d’ingénierie ?

L’innovation est un facteur clé de succès pour l’économie française face à la mondialisation. C’est aussi un formidable outil de compétitivité indispensable à l’épanouissement de nos sociétés d’ingénierie face à une puissante concurrence étrangère. C’est en proposant les systèmes et produits les plus évolués que nous progressons sur nos marchés. Daniel Dutoit, de la société Systra, Grand Prix national de l’ingénierie 2008, illustre à merveille cette réussite à l’international (avec le viaduc en U pour le métro de Dubaï). Plus généralement, l’innovation est au cœur de la démarche du développement durable, enjeu majeur pour l’ingénierie comme pour la société.

Votre fédération vient de publier un Livre blanc : « L’ingénierie et l’innovation » (2). Faut-il relancer la recherche au sein des sociétés d’ingénierie ?

L’innovation dans les sociétés d’ingénierie doit être renforcée et développée. Jusqu’ici insuffisante dans l’ingénierie, l’innovation n’était souvent que la traduction du conservatisme de ses clients. Notre Livre blanc a pour buts d’identifier les verrous qui bloquent le développement de l’innovation et de proposer les mesures susceptibles de contribuer à la valorisation de l’innovation au sein de l’ingénierie comme chez ses partenaires, les maîtres d’ouvrage notamment. La thématique du développement durable est une opportunité exceptionnelle, et les ingénieristes se situent au premier plan de l’innovation dans ce domaine.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Chiffres de l’ingénierie indépendante de la construction

services fournis par an

• 200 milliards d’euros de constructions et d’équipements conçus par an

• 100 000 salariés environ

Source : Syntec-Ingénierie (pour la construction)

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X