Edito

A rebours du compte

Le compte est mort, vive le compte ! En rebaptisant au début de l’été le « compte pénibilité » en « compte de prévention », le gouvernement entendait donner une nouvelle vie à ce dispositif. Mais le plus dur reste à faire : définir les contours encore flous de cette nouvelle mouture. La ministre du Travail est attendue au tournant.

L’enterrement sans tambour ni trompette du précédent dispositif a tiré bien peu de larmes. Cette usine à gaz était vouée aux gémonies par les employeurs, dont ceux du BTP. Discréditée, son sort était scellé depuis bien longtemps. Mais, pour éviter de se dédire, la précédente majorité s’est bien gardée de trancher, laissant la question en souffrance et les entreprises dans l’expectative. La mise en bière incombait donc au nouveau gouvernement. C’était attendu, prévisible, inéluctable.

Le gouvernement ne pourra pas se défausser : il devra accoucher d’un dispositif pénibilité viable, utile et pérenne.

Ce compte devait être mis en place au 1er janvier 2015. Il a depuis été reporté, réformé, saucissonné. Alors qu’il est censé être pleinement entré en vigueur, il repasse à nouveau dans les moulinettes ministérielles. Que de temps perdu ! Pour l’administration, chargée de réinventer une énième version d’un dispositif qu’elle avait déjà eu tant de mal à mettre sur pied. Pour les entreprises, qui se préparent à des réformes sans cesse ajournées et amendées. Pour les salariés aux conditions de travail difficiles, qui se souviennent de cette mesure, portée par la CFDT en particulier, et prévue dans la réforme des retraites de 2013.

Ces atermoiements et ces volte-face offrent un bien triste spectacle. De guerre lasse, on pourrait être tenté de tout envoyer valser : la pénibilité et le dispositif, François Chérèque et Franz Kafka, le bébé et l’eau du bain. Or, si la réponse était mauvaise, la question reste pertinente : comment prendre en compte des conditions de travail difficiles ? Le nouveau gouvernement ne devra pas se défausser pour accoucher enfin d’un système viable, utile et enfin pérenne. Pour la crédibilité du discours politique comme pour la vie des chantiers.

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