Enjeux

1 000 milliards d’euros de grands projets

Une étude pointe le potentiel de travaux dans 12 pays. En Europe, l’Allemagne fait figure d’eldorado.

Et si le Grand Paris était l’arbre qui cache la forêt ? Et si la France, malgré ce programme géant de travaux, avait en réalité dans sa besace bien moins de grands projets que ses homologues européens ? C’est en tout cas ce que reflète une récente étude réalisée par Business France, l’organisme public d’aide aux PME, en prévision du salon du matériel de chantier Intermat (du 23 au 28 avril 2018 à Villepinte). Ce très utile « Observatoire Intermat de la construction » éclaire sur l’état du marché de la construction et des engins de chantier dans la zone « EMEA », à savoir l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Le document de 96 pages étudie les stratégies et les opportunités dans 12 pays : six en Europe (France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie), quatre en Afrique (Algérie, Maroc, Côte d’Ivoire, Kenya) et deux au Moyen-Orient (Emirats arabes unis et Qatar). Chacun d’eux fait l’objet d’une fiche détaillée, avec une présentation des grands projets de construction en cours ou à venir à l’horizon 2025-2030. « Cela représente une centaine de projets au total, soit 1 000 Mds € programmés », souligne Isabelle Alfano, directrice d’Intermat. Et la surprise vient du fait que la France, avec 139 Mds € d’investissements d’ici à 2030, se trouve loin derrière le Royaume-Uni (167 Mds €) et surtout l’Italie (223 Mds €) et l’Allemagne (297 Mds €).

La France dopée par les infrastructures

Michel Gilbert, chef du pôle Invest de Business France se veut pourtant optimiste : « L’Hexagone est le premier chantier d’Europe, avec le projet sans commune mesure du Grand Paris. Hormis le ferroviaire et les transports urbains, les secteurs routier et du bâtiment font également l’objet d’une forte dynamique d’investissements publics et privés. » Outre le Grand Paris Express, estimé à 24,9 Mds € à la date de réalisation de l’étude, l’Observatoire Intermat recense le programme Grand Paris Logements (42 Mds €), la ligne Lyon-Turin (26 Mds €), Calais Port 2015 (862 M€), l’extension du tramway de Bordeaux (320 M€) et la création du boulevard urbain sud de Marseille (300 M€ –lire p. 67).

130 milliards pour les routes allemandes

Dans le reste de l’Europe, le marché à plus fort potentiel est l’Allemagne. « L’accueil de plus d’un million de migrants en 2015 et 2016 a eu pour effet de dynamiser la demande en constructions. Les besoins en logements dans les grands centres-villes urbains […] ont aussi permis de relancer pleinement l’industrie du bâtiment », estime Alexandra Pottlitzer, conseillère export de Business France. La construction d’infrastructures de transport pour améliorer la mobilité des personnes et des marchandises constitue un axe de développement fort pour le gouvernement. » Parmi les grands projets, le tunnel de Rastatt (11,6 Mds €) ou le tunnel immergé du Fehmarn Belt (7 Mds €). Mais ce sont surtout les 130,7 Mds € consacrés au volet routier du Plan fédéral 2016-2030 pour les infrastructures de transports (BVWP) qui constituent l’élément le plus intéressant pour les entreprises désireuses de s’attaquer au marché allemand.

L’Italie constitue la bonne surprise de cette étude. « Le pays cible ses investissements dans l’aéroportuaire, le ferroviaire et le secteur routier, avec pour principal mot d’ordre la prise en compte des risques sismiques et de la sécurité des usagers. Enfin, les prévisions favorables de l’ANCE – la fédération italienne du BTP – pour le secteur de la construction (+0,8 % en termes réels en 2017), grâce au contexte fiscal et aux investissements en infrastructures prévus, laissent envisager une consolidation de la croissance enregistrée sur le marché des machines et engins », estime Cristiana Puntillo, conseillère export de Business France. Le tunnel du Brenner (8,8 Mds €), les lignes ferroviaires Naples-Bari (6,2 Mds €) et Gênes-Alessandria (4,65 Mds €) sont à suivre.

Enfin, côté britannique, et malgré le Brexit, l’avenir ne s’annonce pas si mal. « Le Royaume-Uni fait […] l’objet d’investissements soutenus dans les infrastructures. Les grands chantiers ferroviaires, énergétiques et immobiliers génèrent des besoins importants en équipements spécialisés », selon Michael Yates, chef de pôle pour Business France au Royaume-Uni. Si la ligne grande vitesse HS2 (65,8 Mds €) sera le gros morceau, la centrale nucléaire d’Hinkley Point C (21 Mds €) et l’extension de l’aéroport londonien d’Heathrow (20 Mds €) constituent également des pièces de choix.

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