Zone humide contre prison : le match mulhousien se rejoue

A partir du 12 mars, la nouvelle enquête publique relative aux impacts environnementaux de la prison de Lutterbach (Haut-Rhin) relancera l’attention des écologistes et des aménageurs sur la zone humide du Galgenhag. Associé aux premières études d’impact, l’écologue et écologiste Raymond Schirmer souligne le caractère exceptionnel du site, du double point de vue écologique et pédagogique.

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Zone humide contre prison : le match mulhousien se rejoue
Chassées des abords des cours d'eau par la canalisation, les thérophytes hygrophiles ont colonisé des champs proches du projet de prison, attirés par les labours et l'humidité dûe aux effondrements miniers.

Traités aux herbicides en bordure de rocade à la périphérie sud-ouest de Mulhouse, les champs de blé et de maïs proches de l’emprise acquise par l’Etat pour la prison de Lutterbach semblent perdus pour la cause de la biodiversité. Associé aux premières études d’impact comme dirigeant du bureau d’étude Ecoscop, Raymond Schirmer pensait avoir trouvé facilement la solution : « Un petit déplacement vers le sud permettait de laisser la cuvette tranquille, et c’était réglé ».

Découvertes inattendues

La doctrine « Eviter Réduire Compenser », qui préside aux arbitrages entre écologie et aménagement, paraissait facile à respecter, par le choix de l’évitement. Plus rien ne semblait devoir faire obstacle au projet déclaré d’intérêt public en juillet dernier, porté par l’ancien secrétaire d’Etat aux prisons et ancien maire de Mulhouse Jean-Marie Bockel, confié par l’Agence pour l’immobilier de la justice à l’entreprise Léon Grosse, avec l’agence d’architecture Scau et les bureaux d’études Beteg, BG Ingénieurs Conseils et EODD.

Voire… De retour sur le site après les grandes pluies du début 2016, l’écologue constate, stupéfait, une richesse botanique aussi inattendue qu’exceptionnelle : « Nous avons appliqué la méthode qui, en Alsace, préside au classement des zones naturelles d’intérêt économique et floristique, les Znieff. Cent points suffisent pour le mériter. La zone humide du Galgenhag en cumule 170 : une richesse indétectable lors des années sèches, et encore moins à l’aide de photos aériennes ».

La mine et la charrue

Pourquoi diable les thérophytes hygrophiles ont-elles choisi un site aussi ingrat ? La responsabilité en incombe exclusivement à l’homme : à la périphérie sud-est de l’ancien bassin potassique, les effondrements miniers ont engendré la cuvette. Sous l’effet des labours, le bouleversement régulier du sol crée un contexte favorable à la germination des plantes colonisatrices. Habituées à s’épanouir dans les lits majeurs des rivières après les crues, les thérophytes ne résistent pas à la canalisation des cours d’eau. Certes, elles n’apprécient pas non plus les herbicides, mais pendant les années humides, les tracteurs ne parviennent pas sur le site.

Le fossé et la prairie

Ces explications donnent à ce dernier la valeur pédagogique qui s’ajoute à la richesse floristique : il arrive que même à leur insu, les hommes créent des refuges pour la biodiversité. Entériné dans le projet de schéma d’aménagement et de gestion des eaux de la Doller, le caractère remarquable du Galgenhag impose une nouvelle réflexion sur les abords de la prison : « Un fossé drainant ruinerait l’hydromorphologie du site », craint Raymond Schirmer. Les incertitudes sur l’avenir de l’exploitation agricole renforcent les inquiétudes : sans le soc des charrues, l’enherbement anéantirait les thérophytes hygrophiles.

Au nom de la nappe

Désormais retraité mais toujours militant d’Alsace Nature et des Verts, l’ancien patron d’Ecoscop espère une issue positive, grâce à un autre argument écologique. « Cette zone inondable, si on ne la traite plus avec des herbicides, influencerait positivement la qualité de la nappe (micropollutions problématiques) et pourrait même faire école pour d’autres sites à nappe affleurante ». La sensibilité des alsaciens à la nappe rhénane peut déboucher, selon lui, sur un compromis favorable autant au projet de prison qu’à la préservation de la zone humide, à condition de bien penser l’interface paysagère entre la construction neuve et la nationale 66.

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