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ZAC Paris-Rive-Gauche : l'horizon s'éclaircit

NATHALIE MOUTARDE |  le 05/12/1997  |  ImmobilierLogementArchitectureAménagementUrbanisme

-La déclaration d'utilité publique vient d'être prononcée. -Le décollage immobilier s'amorce avec la livraison ou l'annonce d'implantations de logements, bureaux, équipements publics, commerces. -Ce frémissement devrait alléger un déficit de plus de 2 milliards. -Les travaux du Comité permanent de concertation avancent, non sans difficultés.

Après l'approbation du plan d'aménagement de zone (PAZ) modifié par le conseil de Paris, le 7 juillet dernier, la ZAC Paris-Rive-Gauche vient de franchir une nouvelle étape. Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur ont signé le décret déclarant d'utilité publique les acquisitions et travaux nécessaires à son aménagement (décret du 29 novembre, paru au « JO » du 30 novembre, voir cahiers détachables). La décision était attendue, sans pour autant être entièrement acquise. Un vide juridique de quatre ansA la suite de l'enquête publique, le commissaire enquêteur avait donné un avis favorable sans réserve, assorti seulement de trois recommandations (1). La déclaration d'utilité publique (DUP) a été prononcée après avis du Conseil d'Etat, mais dans le délai limite d'un an après la fin de l'enquête publique (2). Le décret vient combler un vide juridique de quatre ans. Depuis l'annulation de la précédente DUP par le tribunal administratif de Paris, en mars 1993, confirmée par un arrêt du Conseil d'Etat de décembre 1993 - pour des raisons de forme liées au non-déclassement préalable des emprises ferroviaires -, la ZAC Paris-Rive-Gauche n'était plus couverte par une DUP en cours de validité. Cela n'a pas empêché l'engagement des travaux. En effet, la déclaration d'utilité publique est nécessaire à l'aménageur pour acquérir, si besoin est, par voie d'expropriation, l'ensemble des propriétés privés indispensables à la mise en oeuvre du projet. Or, sur la ZAC (130 ha), l'essentiel du foncier est maîtrisé par des personnes publiques : SNCF (50 %), ville (30 %), Etat via le port autonome de Paris, essentiellement, et APHP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris). Il ne reste qu'un hectare de parcelles appartenant à des propriétaires privés... L'absence de DUP n'aurait donc pas empêché la poursuite du chantier. En revanche, elle aurait contribué à fragiliser encore plus les responsables de l'opération (aménageur, ville). « Nous sommes soulagés, confiait Thérèse Cornil, directeur général de la Semapa, aménageur de la ZAC, au lendemain de la décision du ministre. Si nous n'avions pas obtenu la DUP, tout le monde aurait retenu que nous n'étions pas suivis sur ce projet. » Et, en particulier, les détracteurs de l'opération, au premier rang desquels figurent les associations qui, depuis le 15 avril dernier, participent au comité permanent de concertation (voir p. 128). Quatre d'entre elles, L'Ecologie pour Paris, Tam-Tam, l'Association pour le développement du 91, quai de la Gare et l'Association des locataires du 91) ont déposé, le 25 septembre, un recours gracieux auprès du maire de Paris contre le PAZ adopté en juillet. Ce dernier dispose de quatre mois pour y répondre. Ce délai écoulé, en l'absence de réponse ou si celle-ci n'est pas jugée satisfaisante, les associations n'excluent pas de déposer un recours contentieux. De même n'écartent-elles pas la possibilité d'attaquer la DUP. En attendant, l'aménageur comme la ville se félicitent de la signature du décret. D'autant plus qu'elle intervient à un moment où le décollage immobilier de Paris-Rive-Gauche semble se concrétiser. Sanofi s'installera en avril 1998Sanofi, dont le siège social est situé dans le VIIIe arrondissement et qui possède d'autres implantations dans les Hauts-de-Seine, sera la première entreprise à s'installer sur la ZAC, en avril 1998, dans l'immeuble de la Cancava (15 000 m2, avec une extension prévue de 6 000 m2 livrée en janvier 1999 ; architectes : cabinet Thin). De son côté, la Caisse des dépôts et consignations a signé, le 4 novembre, une convention avec la Semapa pour l'acquisition d'un terrain (situé au carrefour du quai d'Austerlitz et de la future avenue de France, au débouché du pont Charles-de-Gaulle) sur lequel elle envisage la construction d'un immeuble de bureaux de 21 000 m2 - le concours d'architecture vient d'être lancé et le permis de construire pourrait être déposé à la fin de 1998. L'investissement total (coût du foncier plus les travaux) s'élève à 500 millions de francs environ. Pour sa part, le promoteur anglo-saxon Capital et Continental envisage de lancer un programme de 20 000 m2 de bureaux en blanc dans le secteur Masséna, en bordure de la rue de Tolbiac (le dépôt du permis de construire pourrait intervenir en février-mars). Enfin, France Construction attend pour le 15 décembre un permis de construire modificatif pour un immeuble de bureaux de 21 2000 m2 SHON (architectes : cabinet Chaix et Morel). « Nous avons un contact sérieux avec un utilisateur parapublic qui pourrait éventuellement être investisseur », se contente d'indiquer Gérard Boileux, directeur général de France Construction Immobilier d'entreprise. En revanche, rien de nouveau concernant une éventuelle implantation de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) sur un terrain de 80 000 m2 dans le secteur Austerlitz. De même, les discussions sur le dossier universitaire se poursuivent (« Le Moniteur » du 24 octobre sur les universités franciliennes, p. 157). Une décision pourrait intervenir dans les deux ou trois mois. Le quartier Tolbiac prend forme« Nous assistons à la conjonction de deux événements, commente Thérèse Cornil. D'une part, la conjoncture immobilière reprend un peu et, d'autre part, le quartier Tolbiac, de part et d'autre de la Bibliothèque nationale de France, commence à prendre forme. » A ce jour, 610 logements sur les 833 prévus sont livrés, près des deux tiers étant occupés. Seule reste à lancer la construction de l'immeuble en accession sociale de la Siemp (125 logements). L'école, rue George-Balanchine, ouvrira ses portes en janvier prochain. Un « Quick Burger » et un « Buffalo Grill » devraient bientôt s'implanter sur le site. Enfin, le permis de construire de la Cité de l'image et du son, le projet de Marin Karmitz, devrait être déposé au début de 1998. Pour Gérard Boileux, la dynamique enclenchée ne peut que se poursuivre. « L'implantation d'équipements publics, de commerces crée une vie qui contribue au dynamisme immobilier, indique-t-il. L'atout de Paris-Rive-Gauche est de proposer des sites disponibles, susceptibles d'accueillir des entreprises qui ont besoin de grandes surfaces, à un moment où celles-ci se raréfient dans la capitale. La réussite de Paris-Rive-Gauche est certaine. La seule difficulté est de savoir quand l'opération deviendra crédible par rapport au marché. »Cet intérêt des investisseurs et des utilisateurs, s'il se traduit par la vente de charges foncières, contribuera à rééquilibrer la trésorerie de l'opération. Au 31 décembre 1996, la ZAC accusait un déficit de 1,97 milliard. « Il est utopique de penser qu'une opération prévue pour se dérouler sur une vingtaine d'années s'inscrira dans une conjoncture unique, conclut le directeur général de la Semapa. Nous serons confrontés à plusieurs cycles haussiers et baissiers. Il est donc important de savoir gérer les périodes d'attente et de proposer les bons produits au bon moment. »(1) Les trois recommandations sont les suivantes : réexaminer la situation financière en réunion de concertation à l'issue de la période de cinq années prévues à l'article L. 11-5-11 du Code de l'expro- priation ; réduire autant que possible les destructions de logements et autres activités de la rue Fulton ; éviter de précipiter les destructions avant qu'elles ne soient devenues indispensables. (2) Il a été considéré que le cas présent ne correspondait à aucune des situations où la DUP doit être prononcée par décret en Conseil d'Etat, lequel doit être pris 18 mois au plus tard après la fin de l'enquête publique. PHOTO : Ci-dessus à droite, l'immeuble de bureaux de la Cancava, qui sera livré à la fin de l'année. Sanofi s'y installera au printemps 1998. Peu à peu, le quartier Tolbiac (ci-contre), de part et d'autre de la Bibliothèque nationale de France, s'anime : 610 logements ont déjà été livrés et quelques commerces sont déjà implantés. Précision parue dans le Moniteur du 19/12/97 page 86 : L'immeuble de la Cancava sur la ZAC Paris rive Gauche a été conçu par le cabinet d'architectes Thin-Cinafaglione-Gravereaux

Une passerelle marchande

Le 8 décembre, le conseil de Paris examinera le projet de délibération relatif au lancement d'un concours d'architecture et d'ingénierie pour la conception d'une passerelle piétonne reliant le quai François-Mauriac au parc de Bercy. Les équipes pourront soit proposer un nouvel ouvrage, soit réutiliser le viaduc de Tolbiac qui était démonté. L'idée est d'animer cette passerelle par des bouquinistes, des cafés... Le trente-septième pont de Paris sera financé par la ville.

Une concertation qui ne va pas de soi

Le 15 avril dernier, Anne-Marie Couderc, adjoint au maire de Paris chargé de l'urbanisme, et Jacques Toubon, président de la Semapa, installaient un comité permanent de concertation, conformément à la demande émise par le commissaire enquêteur - il s'agissait de l'une des deux réserves accompagnant l'avis favorable à la modification du PAZ . Ce comité réunit des élus, des techniciens de la ville et de la Semapa, des représentants d'associations, des personnalités qualifiées et des experts. Un garant a été nommé, le préfet Gilbert Carrère, chargé de faire respecter les règles du jeu, assisté, à la demande des associations, de Pierre Davin, le président de la commission d'enquête.

Le dispositif mis en place est très lourd. Aux réunions plénières (six se sont déjà tenues à ce jour) - auxquelles participent une trentaine de personnes - s'ajoutent celles du bureau et des groupes de travail qui se sont constitués sur des thèmes précis : « Le 91, quai de la Gare » (déjà trois réunions), les transports en commun (une réunion), la gare d'Austerlitz et ses abords et l'avenue de France.

Tous les participants au comité permanent de concertation reconnaissent l'intérêt de la démarche engagée et des méthodes de travail mises en place. Cependant, la plupart des associations considèrent qu'à l'exception de l'amendement voté par le conseil de Paris sur le sort du 91, quai de la Gare (1), elles n'ont rien obtenu. Elles viennent d'ailleurs d'écrire au garant pour lui faire part de ce constat.

« L'aménageur et la ville n'ont pas cédé sur quoi que ce soit, estime Marc-Ambroise Rendu, président d'ADA 13. Ils bottent systématiquement en touche. » Même constat pour Pierre-André Brossault, président de l'Ecologie pour Paris : « Ce n'est qu'un semblant de négociation. Ils ne veulent pas jouer la transparence. » Jean-Paul Réti, président de l'Association pour le développement du 91, quai de la Gare (APLD 91), souligne qu'il se sent démuni pour élaborer des propositions concrètes sur l'aménagement du site face aux projets défendus par l'aménageur et la ville, qu'il considère d'ailleurs non pas comme des partenaires mais comme des adversaires.

« Des incompréhensions de part et d'autre ont été et doivent encore être levées pour aboutir à un débat de qualité, reconnaît Anne-Marie Couderc, pour qui la difficulté majeure est de faire admettre par les associations la distinction entre les questions relevant de l'avenir, sur lesquelles la concertation peut intervenir (91, quai de la Gare ; abords de la gare d'Austerlitz), et les éléments constituant l'essence même et l'armature de l'opération qui, globalement validés par la commission d'enquête, ne peuvent être remis en cause. Il faut aussi que nous ayons le souci de l'intérêt général et non pas celui de la défense des intérêts particuliers. »

(1) Il prévoit notamment que « la conservation des bâtiments des anciens entrepôts frigorifiques permettra de conforter la vocation culturelle ces lieux » et que « la réalisation d'une voie secondaire à partir de la rue neuve Tolbiac aux abords du site n'est pas imposée ».

Equipement Un collège pour la rentrée 2000

La construction de la dalle sur laquelle sera réalisé le collège prévu sur la ZAC Paris-Rive-Gauche est déjà engagée. Situé entre l'avenue de France et la rue du Chevaleret, en bordure d'un jardin public de 3 500 m2, à proximité de la station Météor-RER C, il a été conçu par l'équipe Chemetov-Huidobro. A terme, il accueillera 700 élèves, la mise en service d'une première tranche devant intervenir pour la rentrée 2000. Ce nouvel équipement comporte également un internat destiné à accueillir 48 élèves et un gymnase.

Surface utile totale de l'opération : 6 398 m2. Coût de l'investissement : 78 millions de francs TTC.

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