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Yves Lion, Grand prix de l'urbanisme 2007 : "L'avenir de l'humanité, c'est la ville"

Defawe Philippe |  le 17/12/2007  |  Yves LionFrance entièreDéveloppement durablePrix d'architectureArchitecture

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Architecte et urbaniste, Yves Lion recevra le Grand prix de l'urbanisme ce mardi 18 décembre, des mains du ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durable, Jean-Louis Borloo. Rencontre.

Dans votre pratique, d'où vient le fait que vous ayez toujours intimement lié architecture et urbanisme ?
S’intéresser à la ville, pour un architecte, c’est une manière de s’intéresser au monde, aux questions sociales, voire aux questions politiques. En mai 68 – j’étais aux Beaux-Arts –, le slogan qui m’a marqué, c’était : "Non aux bidonvilles, non à la ville bidon". Dans l’atelier Pingusson, lorsque je voyais les étudiants plus âgés travailler sur la grande échelle – comme le plateau de Saclay, par exemple, sujet toujours d’actualité –, j’étais vraiment très impressionné. Avant d’être étudiant, j’ai eu aussi la chance de travailler deux ans dans une agence qui produisait des grands ensembles. Mais, fondamentalement, ça m’a vraiment toujours intéressé de travailler sur les vides et l’assemblage des parties.
Et aujourd’hui, je pourrais dire que je fais de l’urbanisme pour mieux aimer l’architecture, et pas seulement celle estampillée.

Vous travaillez beaucoup à l’étranger. Comment avez-vous été retenu pour le projet d’extension de La Mecque ?
On a remporté un concours en deux phases devant de grosses agences internationales. Le commanditaire, un groupe de promotion saoudien voulait des concepteurs occidentaux, qui pouvaient porter un regard assez neutre sur l’islam. On n’a d’ailleurs pas eu accès au site et on a travaillé à partir de photos et de films. Nous avons la responsabilité de deux quartiers, de part et d’autre de la mosquée Al Haram qui focalise tout le dispositif urbain et l’orientation des bâtiments. Il s’agit de construire une centaine d’immeubles, principalement des logements haut de gamme totalisant plus de 4 millions de m2, sur une topographie très accidentée. Nous réaliserons l’espace public, avant tout destiné à accueillir et faciliter le cheminement des pèlerins, mais aussi les infrastructures, ponts, voiries…

Vous avez coordonné un des trois ateliers sur la hauteur à Paris.
Pourquoi construire des tours le long du périphérique ?

A Paris, on est confronté à un manque criant de logements et à la nécessité de trouver des terrains à construire. A l’échelle de l’agglomération, c’est de part et d’autre du périphérique et dans la première couronne qu’on va trouver des lieux propices à la construction. Pour des raisons environnementales, il faut construire le plus dense possible et artificialiser le moins possible les sols. C’est assez compliqué, on n’est pas obligé de construire uniquement des tours, mais il faut montrer qu’il existe d’autres solutions que de construire des maisons individuelles à 40 km de Paris.
Historiquement, Paris est la démonstration qu’il est possible de bâtir une ville extraordinaire avec une densité forte, pour peu que l’espace public soit de qualité. Dans le XIIIe arrondissement, dans le secteur Masséna-Bruneseau, on a montré qu’on pouvait construire 500 000 m2 sur des terrains qui semblaient inconstructibles !

Vous étiez vice-président d’un atelier du Grenelle de l’environnement, et le seul architecte présent. Qu’en avez-vous retiré ?
Dans le groupe "climat", je présidais l’atelier construction et urbanisme et je dois dire que pour moi, les deux sont liés.
Faire des logements économes en énergie nécessite de faire évoluer la formation et la pratique des architectes. Sinon des spécialistes de la construction durable se substituent petit à petit aux architectes. Mais l’objectif d’atteindre une consommation énergétique limitée à 50 kWh/m2/an dans le bâtiment n’a un sens que si on construit les logements dans les villes et pas à 40 kilomètres des transports en commun.
Tout le monde est d’accord pour limiter l’étalement urbain, mais comment inciter les maires à renoncer à leurs projets de lotissements ? La notion clé de l’aménagement dans les années à venir sera le rapport entre le territoire artificialisé et le territoire non artificialisé. Cette question du rapport entre la ville et la campagne, qui semblait saugrenue il y a trente ans, a aujourd’hui une actualité évidente: il faut construire là où c’est déjà construit, et faire venir les transports en commun lorsqu’ils sont absents.
Propos recueillis par Gilles Davoine
Retouvez l'intégralité de l'entretien dans "Le Moniteur" du 14 décembre

En 2006, Yves Lion remporte deux consultations pour développer à La Mecque deux nouveaux quartiers d'habitat de part et d'autre de la grande mosquée, la Ka'bah, centre religieux de l'islam. Il s'agit de construire 4,5 millions de m2 de logements haut de gamme et les espaces publics pour accueillir les pèlerins. (Cliquez l'image pour l'agrandir). - ©
Son parcours


Yves Lion est né en 1945 à Casablanca. Il suit des études d'architecture à l'Ecole des Beaux-Arts, puis à UP6. Il crée son agence à Paris en 1974.
Dans les années 80 et 90, il construit de nombreux projets de logements sociaux et plusieurs équipements publics: musée franco-américain de Blérancourt (Equerre d'argent 1989), palais de justice de Lyon (1995), ambassade de France à Beyrouth (Equerre d'argent 2003).
Entre 1991 et 2002, il forme le groupe Hippodamos 93 (avec P. Riboulet, M. Corajoud et P. Robert) pour élaborer le projet urbain de la Plaine Saint-Denis. Il a aujourd'hui plusieurs études et projets d'urbanisme en cours en France (Cité de la méditérranée à Marseille, réaménagement du quartier du Neuhof à Strasbourg, création du quartier Masséna-Bruneseau à Paris..) et à l'étranger (La Mecque, Casablanca, Beyrouth, Anvers...)
Yves Lion a fondé l'Ecole d'architecture, de la ville et des territoires de Marne-la-Vallée qu'il a dirigée de 1997 à 2001.

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