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WeWork : « En régions, maires et promoteurs nous sollicitent »
Audrey Barbier-Litvak PDG chez WeWork France - © CHRISTOPHE BOULZE / LE MONITEUR

WeWork : « En régions, maires et promoteurs nous sollicitent »

Propos recueillis par Florent Maillet et Sophie Vincelot |  le 19/07/2018  |  Hauts-de-SeineParisRhôneFrance entièreEurope

Audrey Barbier-Litvak, directrice générale de WeWork Europe du Sud (France, Espagne, Italie) détaille la stratégie du géant du coworking. En France, WeWork a déjà ouvert quatre espaces, et vise 20 000 postes de bureau d'ici à 2020.

Vous avez pris vos fonctions à la tête de WeWork Europe du Sud en octobre dernier. Quel premier bilan tirez-vous de la présence de votre groupe en France depuis 2017 ?

Notre rythme de croissance est élevé. En mars, WeWork possédait 178 espaces, dispersés dans 20 pays et 54 villes. Aujourd'hui, il y en a près de 300 dans 22 pays, dont quatre immeubles en France. Cette croissance permet de mesurer la demande. Un espace n'est pas ouvert à moins de 50 % d'occupation dès le premier jour. Celui situé aux Champs-Elysées [opérationnel depuis le 1er juin] avait atteint ce taux. C'était aussi le cas pour Cœur Marais (IIIe arr.).

Comment fonctionne le modèle WeWork ?

Les sociétés souscrivent à l'abonnement de base, qui comprend, en plus de l'espace de travail, la location de salles de réunion et l'utilisation de l'imprimante. Nous avons envie que nos clients profitent d'une expérience clés en main. Ils bénéficient également d'une application, qui est une forme de LinkedIn. Elle propose un fil d'actualité, où il est possible de voir les activités de tous les membres de WeWork, et permet de réserver des salles de réunion, n'importe où dans le monde.

« Nous ne nous interdisons pas de sortir de Paris mais ce sera le bâtiment qui décidera pour nous »

Ressentez-vous une forte concurrence des autres sociétés de coworking ?

Pas du tout, puisque nous ne nous définissons pas comme une société de coworking. Quand on parle de coworking, on pense à des lieux où tout le monde travaillerait ensemble dans un espace commun. Chez nous, certains peuvent travailler dans leurs propres bureaux, avec les membres de leur entreprise. Nous avons bien des espaces de coworking, que nous appelons des « hot desks ». Ce sont des bureaux disponibles pour accueillir des personnes venues pour des durées courtes. Mais nous ne nous définissons pas comme des « coworkers », car nous nous adressons à différents types d'entreprises : des grandes sociétés, des PME, des free-lances … Notre priorité est de constituer une communauté.

Quelles sociétés peuvent intégrer votre réseau ?

Nous nous intéressons à des entreprises de toute taille qui ont suffisamment de moyens pour louer ce type d'espaces. Dans un immeuble tel que celui rue du Colisée (VIIIe arr. ), la location d'un bureau privé coûte 850 euros par mois.

Il faut aussi que les sociétés les plus importantes, à l'image de Thalès, puissent s'insérer dans notre communauté. Elles pourront par la suite collaborer avec des start-up ou des PME rencontrées dans nos murs.

Audrey Barbier-Litvak, directrice générale de WeWork Europe du Sud (France, Espagne, Italie). © Christophe Boulze / Le Moniteur

Sur quels critères les immeubles sont-ils choisis ?

Notre directeur immobilier identifie les biens, les visite et vérifie si, techniquement, ils correspondent à nos exigences. Dans le concept WeWork, les espaces sont très densifiés.

Nous avons ainsi besoin de hauteur sous plafond et nous devons aussi pouvoir former des unités de passage, pour installer des escaliers. Cette densité crée les conditions de la communauté : des bureaux trop grands n'inciteraient pas les membres à sortir de leur espace de travail et ne favoriseraient pas les synergies.

"Nous avons conclu deux Befa à Paris, pour des bâtiments que nous espérons ouvrir pour la fin 2019 ou le début 2020"

Comment se compose votre patrimoine en France ?

Quatre immeubles sont aujourd'hui en service, le dernier en date étant celui des Champs-Elysées, avec 508 postes. Nous avons aussi conclu deux Befa [baux en l'état futur d'achèvement, NDLR] pour des bâtiments situés avenue de Grenelle (XVe arr. ) et rue de Madrid (VIIIe arr. ), que nous espérons ouvrir pour la fin 2019 ou le début 2020. Enfin, nous devrions bientôt signer le bail d'un immeuble qui ouvrirait en décembre. Leur superficie est supérieure à 14 000 m². Tous se situent à Paris.

Allez-vous étendre votre activité à la petite couronne ?

Nous ne nous interdisons pas de regarder à La Défense, à Issy-les-Moulineaux ou encore à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Mais ce sera le bâtiment qui décidera pour nous. Cependant, nous souhaitons développer en France l'offre « Powered by We » pour répondre à certains grands comptes confrontés à des problématiques immobilières ou qui ont mal anticipé la croissance de certains services, et qui nous disent : « Si vous prenez à bail un bâtiment face à nos bureaux, nous louerons 300 postes de travail », par exemple.

Audrey Barbier-Litvak, directrice générale de WeWork Europe du Sud (France, Espagne, Italie). © Christophe Boulze / Le Moniteur

Et en régions ?

Nous sommes très sollicités par des maires et des promoteurs mais ma priorité est pour l'instant de me concentrer sur Paris. Au Royaume-Uni, nous avons attendu de compter 21 bâtiments à Londres avant de nous installer à Manchester. Nos équipes ne sont pas encore assez conséquentes pour prendre des baux importants en périphérie parisienne ou en régions. La stratégie diffère selon les pays, puisqu'en Espagne nous développons des espaces en même temps à Madrid et à Barcelone. Toutefois, si un propriétaire à Lyon, par exemple, nous proposait un bâtiment très bien placé, dans lequel une grande entreprise voulait s'installer, nous ne dirions pas non.

Quel est le budget moyen d'une rénovation ?

Je ne le connais pas, mais il s'agit de gros ouvrages. Nous changeons de partenaires à chaque bâtiment. Rue du Colisée, il s'agissait de Tétris, et rue La Fayette (IXe arr. ) de Quadrilatère. Cette partie travaux est gérée directement depuis Londres.

Vous avez signé deux Befa, avec Gecina et SFL. Quelle stratégie appliquez-vous en matière de baux ?

Dans l'idéal, les propriétaires nous confient les clés et ils nous permettent de nous installer dans les quatre mois. Cependant, à Paris, le bâtiment est généralement prêt dans les deux ans. Pour ne pas rater les emplacements qui nous plaisent ou les immeubles que nous aimons, nous essayons de nous engager de plus en plus tôt et nous prenons notre mal en patience.

Ce qui est positif dans notre collaboration avec Gecina ou la Société foncière lyonnaise (SFL), c'est qu'elles connaissent nos contraintes et nos envies. Cette relation facilite les collaborations futures. Il y a un an, à notre arrivée sur le marché français, il était plus difficile de convaincre les propriétaires de collaborer avec nous. Il fallait leur prouver que non seulement nous étions solides financièrement, mais aussi que nous resterions longtemps.

Quelles sont les perspectives de développement de WeLive, votre marque de coliving, lancée aux Etats-Unis ?

Nous sommes très intéressés par le sujet, mais nous ne l'importerons pas tout de suite en France. Nous avons envie d'atteindre notre objectif de 20 000 bureaux [d'ici à 2020, NDLR] avant de penser au coliving. Mais nous savons déjà que la France fera partie des cinq prochaines destinations où WeLive sera développé. Avant d'y arriver, nous devons notamment trouver le bon bâtiment et faire face aux contraintes géographiques et juridiques.

De plus, il faut surmonter l'obstacle culturel. Les Américains sont déjà très habitués à partager des services, comme une laverie. Tant que le coliving ne sera pas développé à Londres, nous attendrons. Mais il semble que ce soit prévu pour 2019 dans la capitale britannique.

WeWork en chiffres

36 M€ de chiffre d'affaires en France en 2017

Près de 300 espaces dans 22 pays.

4 immeubles en France.

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