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Vivre et laisser mourir

Par Fabien Renou, rédacteur en chef |  le 02/03/2018  |  ParisFrance entière

La France construit à plein régime. L'insolente santé du premier promoteur immobilier en est un indicateur incontestable (lire p. 18) . Pourtant, alors même que le nombre de logements neufs atteint des sommets, on ne s'est jamais autant penché sur la fin de vie de nos bâtiments. Laisser mourir, tout simplement, n'est plus une option. Laisser pourrir non plus.

A l'inverse, les ouvrages en bout de course sont désormais regardés avec sérieux comme des réservoirs de matériaux qu'il apparaît aberrant de jeter (lire p. 50) . Le réemploi, cantonné jusqu'alors à l'expérimentation, s'impose peu à peu comme une préoccupation des maîtres d'ouvrage et des entreprises de travaux. Quant aux architectes, ils imaginent des bâtiments qu'il sera facile de démonter quand l'heure sera venue. Sans conteste, les mentalités évoluent. Même si certains, tel Paul Chemetov, trouvent le mouvement encore trop lent (lire notre chronique p. 15) . Qu'ils se rassurent, la future réglementation environnementale devrait accélérer la conversion des sceptiques aux bienfaits du recyclage.

Le réemploi, cantonné jusqu'alors à l'expérimentation, s'impose peu à peu comme une préoccupation.

Des innovations permettent de mieux préparer la disparition d'un bâtiment. D'autres ambitionnent de lui donner une nouvelle jeunesse.

La réhabilitation reste bien entendu largement pratiquée, comme à Paris où l'ancien siège de l'Inpi se prépare à abriter des logements sociaux (lire p. 24) . Mais elle reste souvent lourde et dispendieuse. La réversibilité, elle, anticipe dès la phase de conception la possibilité de changer l'usage des lieux (« Le Moniteur » y consacrera une enquête la semaine prochaine) . Plutôt que de procéder à une démolition, le déplacement de quelques cloisons et la reprise des finitions suffisent alors pour transformer une place de parking en bureau, un open space en appartement.

On ne demande pas aux sages-femmes d'assurer des soins palliatifs. Il revient pourtant aux acteurs de la construction d'adoucir le déclin de nos bâtiments et infrastructures. Rien de contre nature, juste un radical changement de culture.

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