Vie de l'entreprise

Visages de l’insertion : Mehdi, aide-coffreur

Mots clés : Métier de la construction - Ouvrage d'art

Le Moniteur croque le portrait de travailleurs en insertion dans le BTP. Mehdi (le prénom a été changé, NDLR) connait bien le bâtiment mais est encore peu qualifié. L’insertion se présente comme une passerelle idéale vers un poste plus stable, voire un diplôme.

Mehdi pétille. L’œil rieur, il est avide d’expérience et d’évolution. Il s’est lancé dans le bâtiment à l’âge de 17 ans et entame, à 24 ans, une formation d’aide-coffreur en contrat de professionnalisation. Le GEIQ (groupement des employeurs pour l’insertion et la qualification), la structure d’insertion qui l’emploie, l’a mis à disposition chez Sicra sur le chantier SFR de Vinci, comme son collègue Djamel Lihioul (voir son portrait).

Le chemin parcouru par Mehdi est long, malgré son jeune âge. Il s’étend de l’île de beauté au pourtour de l’Ile-de-France. Issu d’une famille marocaine, Mehdi passe les premières années de sa vie en Corse. Difficile pour la famille maghrébine de se faire accepter. Quand sonne l’heure de ses 17 ans, en 2005, Mehdi a besoin de papiers français pour passer le BAC. Une faute d’orthographe sur l’extrait de naissance de sa mère – et la réticence des insulaires – l’empêchent d’obtenir la nationalité. Alors, la famille entière débarque à Perpignan. « C’est là que je commence à travailler dans le BTP », raconte-t-il. Dans l’Hexagone, il est naturalisé mais ne passe pas son BAC. Il choisit la voie de l’intérim.

Le bâtiment s’impose comme une évidence. Son père était conducteur d’engins et chauffeur poids lourds. « Je suis né dans une carrière, s’amuse-t-il. Certains disent que le BTP est héréditaire. Je n’en sais rien, mais quand je me trouve sur une machine, je me sens bien. » Son grand frère, de huit ans son aîné, travaille comme technicien Télécom chez Orange. C’est lui qui l’oriente vers la construction, lui assurant : « Passe tes Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité), c’est comme la console ! »

 

Direction Paris

Mehdi s’exécute, mais l’intérim ne lui fournit pas un travail régulier. « De 2007 à 2008, il n’y avait pas de boulot, c’était la crise. J’ai passé un CAP maçonnerie pour avancer. » Obtenir ce diplôme agit comme un déclic. Il prend confiance en lui, et réalise qu’il n’est pas bon à rien, comme a pu le suggérer la bouche paternelle.

Un évènement tragique bouleverse la famille en 2010 : le décès de son père. Mehdi décide de partir. « J’ai d’abord hésité entre Montpellier ou Toulouse, mais la première ville est plutôt étudiante, et la seconde plutôt logistique et commerciale ». Accompagné d’un ami, il choisit de tenter sa chance à Paris. Il vit chez un cousin, puis s’installe dès le mois de novembre en foyer de jeunes travailleurs à Saint-Ouen.

Mehdi travaille de nouveau en intérim pour un an. « Quand il n’y avait pas de poste comme conducteur d’engins, je travaillais comme manœuvre, mais ça ne m’intéressait pas vraiment. Trop difficile ! Alors je suis allé à la mission locale de Saint-Ouen pour trouver une autre formation ». Les propositions ne foisonnent pas. Un jour, le GEIQ  prend contact avec l’un des conseillers du jeune homme. « Ils ont demandé s’ils connaissaient deux profils d’aide-coffreur. J’ai sauté sur l’occasion. »

 

Alternance

Tout s’enchaîne. Mehdi se rend à la structure d’insertion, répond aux questions sur la construction et prouve ses compétences. En février 2012, Il débute un contrat de professionnalisation. Il alterne deux semaines sur le chantier SFR et une semaine de formation au CFA de Seine-Saint-Denis. Au programme : technologie, dessin, lecture de plan, mathématiques, français, sciences. La formation se déroule bien. Mehdi se sent encouragé, soutenu.

Les premiers jours passés sur le chantier sont plus tendus. Susceptible et impatient, il veut prouver ses compétences malgré son statut de stagiaire. Mais la formation le calme. « On m’a dit de ne pas aller plus vite que la musique », sourit-il. Le jeune aide-coffreur prend du recul, réfléchit sur ce qu’il fait, accepte d’apprendre de ses pairs. Le travail du CFA complète ce qu’il voit sur le terrain.

Au fil des semaines, il se débrouille plutôt bien. On lui conseille de passer un CAP coffreur comme candidat libre, et même de tenter ensuite un BAC pro dans le bâtiment. La perspective d’obtenir le diplôme séduit Mehdi. « La formation que je suis est qualifiante, c’est bien. Mais un programme diplômant, c’est mieux », souligne-t-il. Pour son estime personnelle. Mehdi se plaît au CFA. Il regrette même de ne pas avoir essayé plus tôt les formations diplômantes. Un problème d’orientation, juge-t-il.

Malgré ces projets, le futur reste flou dans les yeux de Mehdi. Il affirme qu’il donnera tout pour obtenir son BAC pro. Quant à savoir s’il sera embauché ou non à la suite de la formation, c’est une autre histoire.

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