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Visages de l’Insertion : Djamel Lihioul, responsable de chantier
Djamel Lihioul, en contrat pro responsable chantier - © © Chloé Goudenhooft

Visages de l’Insertion : Djamel Lihioul, responsable de chantier

Goudenhooft Chloé |  le 20/08/2012  |  Seine-Saint-DenisApprentissageinsertion

Le Moniteur croque le portrait de travailleurs en insertion dans le BTP. Djamel Lihioul, BAC S et différents Caces en poche, se lance dans un contrat de professionnalisation pour devenir responsable de chantier. Il travaille comme apprenti sur le chantier SFR de la Plaine Saint-Denis (Sicra).

« Travailler dans le bâtiment ? Jamais ! » Une affirmation que Djamel Lihioul avait faite sienne enfant. Son père, usé par le métier, l’en avait dégoûté. Pourtant, le jeune homme se lance dans le BTP par la voie de l’insertion. Voici pourquoi.

Du haut de ses 35 ans, tout juste atteints mais bien frappés, Djamel a roulé sa bosse. Le regard fixe, la voix posée, il raconte son histoire d’un ton neutre. Depuis janvier 2012, il travaille comme apprenti chez Sicra, sur le chantier SFR de la Plaine Saint-Denis, jusqu’en août 2013. Une semaine à 10 jours par mois environ, il suit une formation au sein du Cesi (Centre des études supérieures industrielles) depuis octobre dernier. Le diplôme qu’il prépare : responsable de chantier en contrat de professionnalisation. « Ce programme m’a intéressé car il correspondait à mon niveau » précise-t-il. A savoir le BAC. Car Djamel quitte le lycée en 1995 le BAC scientifique en poche. Il avait un bon potentiel, mais a été mal conseillé. « Le conseiller d’orientation et moi, nous ne nous sommes jamais vraiment compris », sourit-il.

Djamel entame alors un DUT informatique en alternance chez France Télécom, un choix par défaut. « J’ai résisté 18 mois. J’étais plus intéressé par l’informatique mais je me suis retrouvé dans le génie Télécom et réseau. Ce n’est pas ce que je voulais. » Djamel arrête alors et enchaîne les petits boulots. Il passe une formation d’administrateur réseau chez Efficom vers l’an 2000, mais peine à trouver un poste du fait de la chute des start-ups. Il tient ensuite une pizzeria avec un associé. L’affaire fonctionne bien, mais ils doivent céder le bail au bout de trois ans. L’ANPE redirige alors Djamel vers un diplôme de dessinateur en bureau d’étude dans le BTP. « C’est à ce moment-là que je découvre le bâtiment. »

Repartir de la base

Jusque-là, Djamel perçoit la construction comme un domaine de pénibilité et de poussière. « Mon père était terrassier. Il ne parlait que du côté négatif. C’était une autre époque, il travaillait à la pelle, sans engins. » La formation que Djamel débute vers 2008 l’intéresse : le dessin sur ordinateur, la précision, les subtilités du bâtiment, l’évolution entre ce qui est imaginé et l’exécution. « On part de rien, puis quelque chose se réalise », s’enthousiasme-t-il. Le programme dure quatre à cinq mois, et débouche sur un stage de deux mois. Attiré par l’aspect technique du métier, Djamel cherche à rester dans la branche. Il ne peut prétendre qu’au poste de dessinateur. Problème : les professionnels recrutés sortent en général d’école d’architecture. « Pour continuer dans le bâtiment, il fallait que j’acquière de l’expérience concrète, explique-t-il. Que je reparte de la base. »

Dès 2010, il passe ses CACES (certificat d'aptitude à la conduite en sécurité) de conducteurs d’engins. Il commence alors à travailler : beaucoup de travaux publics, de gros œuvre. « J’étais notamment sur le centre commercial de Sarcelle », se souvient-il. De l’enrobé, du goudron, de la voirie… Djamel explore peu à peu les multiples aspects de la construction. Tout seul dans ses machines, il a des responsabilités, et ça lui plaît.

Mais la situation n’est toujours pas idéale. « En tant que conducteur d’engins, je travaille beaucoup en intérim. Je n’ai pas de stabilité. » Insatisfait, il cherche des solutions sur Internet et découvre alors le système d’insertion. Grâce à la Maison de l’emploi de Stains (Seine-Saint Denis), son lieu de résidence, il trouve un contrat pro de responsable chantier. Il passe les épreuves et intègre la formation du Cesi sans problème. Trouver l’entreprise se révèle plus compliqué. « C’est la première fois qu’une formation de chef de chantier en apprentissage est mise en place. Les entreprises ne connaissaient pas, il fallait leur expliquer. » Après plusieurs tentatives, Djamel postule chez Vinci. Le responsable RH de chez Bateg oriente son CV vers Vie, une association rattachée au groupe et spécialisée dans l’insertion. Eloigné de l’emploi pérenne et habitant la Seine-Saint-Denis, Djamel est éligible pour travailler sur le territoire. Il est alors mis à disposition sur le chantier SFR par le biais d’Emploi 93, la structure d’insertion qui l’emploie.

Objectif CDI

Pour l’instant, Djamel découvre les aspects du chantier qu’il ne connaissait pas. Il travaille un peu à tous les postes pour découvrir les tâches de ceux qu’il sera amené à diriger. Il se forme d’abord comme chef de chantier, et sera ensuite emmener à travailler auprès de conducteurs de travaux pour se familiariser avec la partie « bureau ». A l’aise sur le terrain, l’apprenti s’interroge sur la partie administrative du programme. Se plaira-t-il entre quatre murs ? Djamel aura l’opportunité de le vérifier. Si la fonction de conducteur de travaux ne lui sied pas, il pourra se contenter du statut de chef de chantier, auquel il est aussi préparé.

Au final, la formation le satisfait pleinement. Il vit à cinq minutes en voiture du chantier et est rémunéré au SMIC. A l’horizon, se profile peut-être la perspective d’un CDI. Aux yeux de Djamel, rien ne semble acquis pourtant, d’où la légère inquiétude qui mâtine son discours. Pour l’instant, il continue d’apprendre, animé par la volonté de réussir.

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