Profession

Vincent Parreira, la rage et le rire

Mots clés : Architecte - Communication - marketing - Education - ERP sans hébergement - Prix d'architecture

L’architecte ne boude pas son plaisir de voir son groupe scolaire intercommunal de Saint-Denis récompensé par une mention à l’Equerre d’argent 2011. Il le dit en toute franchise, et avec beaucoup d’humour. Et il parle de la même manière de ce et de ceux qu’il aime. Voilà qui n’est pas si courant.

Quand il retrace son parcours, Vincent Parreira a l’art d’embarquer ses interlocuteurs. Il parle des gens et des événements avec humour, avec chaleur. Et puis, il a cette manière de conclure la plupart des épisodes, même les moins drôles a priori,  par un « C’était génial !» L’histoire de son arrivée en lycée professionnel, par exemple, quand vers 15 ans, il a été, comme on dit poliment, orienté vers un BEP. « Dans ce lycée professionnel de Bondy, on était coincés entre champs de patates et route nationale. On n’était tous en bleus et il n’y avait pas une fille. Avec mes copains, ça nous a boostés. On s’est rendu compte qu’il fallait aller voir ailleurs. C’était génial ! »

Né en 1969 au Raincy, Vincent Parreira a grandi à Montfermeil, puis à Coubron, dans un quartier pavillonnaire. Formidable quand on est gamin et qu’on peut jouer dans le jardin, pas terrible quand on arrive à l’adolescence et qu’on rêve de Paris. « Pour moi, c’était New York ! » Et puis il y avait ces lycées qu’il a fréquentés et qui représentaient «le summum de la paupérisation culturelle des banlieues,  la « merditude ». Pas que ça l’ait empêché  d’avoir « la mégapatate ». Et puis surtout, dit-il, « j’ai eu des parents extraordinaires », dit-il. Son père, Portugais, était artisan maçon. « Il était plutôt calme. Un volcan au repos. » De sa mère espagnole, il dit qu’elle est « un personnage d’un film d’Almodovar». « Ils bossaient comme des fous et avaient encore du temps pour ma sœur et moi, pour nous inculquer des valeurs ». Alors Vincent Parreira avoue qu’il a parfois « fait le con ». Un peu. « Mais ça n’était pas bien méchant. Et de toute façon, mon père me ramenait vite à la réalité. Les vacances, c’était tous les matins à 5 heures sur ses chantiers. Qu’est-ce que j’ai pu lui en vouloir alors. Mais ce ne sont que des beaux souvenirs ».

BEP de dessinateur en génie civil en poche, il a poursuivi – dans un établissement parisien, enfin ! – pour décrocher un brevet de technicien «de collaborateur d’architecte. C’est beau, ça, non ? ». Puis, « parce que c’était logique de continuer », un diplôme d’architecte tout court.  Ce qui l’a attiré, c’est l’acte de construire, ce « petit challenge qui consiste à concevoir un modèle et de vérifier ensuite qu’on est capable de le réaliser ». Après trois années passés au Brésil, dans le sillage de sa première compagne, où il a étudié le cas de la ville de Belo-Horizonte et surtout profité de son temps pour élever son fils aîné, il est revenu en France et a oeuvré « à droite, à gauche ». En 2000, il a créé AAVP, pour Atelier Architecture Vincent Parreira. C’est à cette époque aussi qu’il a rencontré Antonio Virga qui lui a donné du travail. Devenus amis, les deux hommes ont restructuré ensemble la résidence du Portugal de la Cité internationale universitaire de Paris, en 2007, et construisent aujourd’hui l’Atoll, un gigantesque complexe commercial en anneau à Angers. «Vincent est toujours enthousiaste, solaire…  Enfin, « solare », en italien. C’est un mot qu’on utilise pour parler des gens très souriants, raconte Antonio Virga. Et puis, il a une énergie incroyable. Il a la niaque.» Une proche, pour le décrire, utilise le mot «vaillant ».

Lui-même dit : « c’est la rage qui me motive. Pas une rage de destruction, mais de conquête.» Du genre qui lui permet de ne pas transiger sur un projet une fois qu’il est gagné, pour qu’il devienne ce que lui et son équipe avaient imaginé. « Nous nous donnons des critères forts et la grosse bataille, c’est d’arriver jusqu’au bout». Alors bien sûr, comme bien d’autres il a eu des passages à vide, reconnaît que c’est « difficile, moralement. Mais finalement ça ne l’est pas plus que d’autres métiers». Pas question pour lui de bouder son plaisir, et encore moins en ce qui concerne cette mention à l’Equerre d’argent.  A l’annonce du palmarès, il a laissé éclater sa joie. Il voit ça comme une formidable récompense pour son agence de « jeunes un peu confirmés ». Il est surtout très attentif à associer son équipe à ce succès. « Après, dit-il, heureusement que ce sont Lacaton, Vassal et Druot qui ont remporté l’Equerre. Ils se sont battus comme des chiens pendant 10 ans pour mener à bien leur projet. C’est un bel acte politique, fort. Leur prix est entièrement mérité. A côté,  nous restons d’humbles poètes». Très cash, Vincent Parreira est du genre à dire ce qu’il pense de certains de ses confrères. Surtout le bien. « Quand je trouve un projet super, j’aime le dire à celui qui l’a fait.» Du coup, il fait part «de choses qu’en général tout le monde tait, explique-t-on dans son entourage. Il le fait sans calcul. Et il ne peut pas imaginer que ça puisse se retourner contre lui. » Il n’est cependant pas dupe, sait que le milieu de l’architecture n’est pas d’une folle tendresse, voire manque de solidarité. Mais il préfère parler des belles rencontres qu’il a faites et fait encore.

aavp-architecture.com

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