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Vietnam Un eldorado parsemé d'em bûches pour le BTP

LAURENCE BAGOT |  le 16/05/1997  |  InternationalEntreprisesCollectivités localesFrance entière

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-Malgré les difficultés de financement et les tracasseries administratives, des entreprises françaises commencent à travailler dans un pays où se dessinent de gros projets d'équipement.

Dans les allées ombragées bordées de maisons coloniales, en plein coeur de Hanoï, un vaste chantier où fourmillent 400 ouvriers dérange la quiétude des lieux. Construit par Dragages et TP (Bouygues), le centre de conférences de la capitale vietnamienne accueillera en novembre prochain 49 chefs d'Etat pour le sommet de la francophonie. La réalisation de cet imposant bâtiment, abritant, entre autres, une salle de convention de 800 mètres carrés, coûtera 50 millions de francs (financés à 70 % par la France).

Pour Dragages et TP, qui a décroché son premier contrat dans le pays le 12 juillet dernier, ce chantier marque un retour aux origines. Cette société, rachetée par Bouygues en 1986, avait en effet été créée en 1902 au Vietnam et était, à l'époque, une des premières entreprises européennes du BTP à opérer en Extrême-Orient. En 1975, Dragages quittait le Vietnam pour n'y revenir qu'en 1994. « Nous ne gagnerons pas un sou sur ce chantier, confie-t-on en interne. Mais c'est pour nous une bonne façon d'observer le marché et surtout de tenter de comprendre comment marchent les affaires au Vietnam. »

Les entreprises font preuve d'une extrême prudence

Dans le BTP, comme dans tous les autres secteurs d'activités, les investisseurs étrangers, à l'instar de Bouygues, doivent redoubler de patience et de précaution pour mener à bien leurs opérations au Vietnam. Malgré l'ouverture économique à la fin des années 80, le pays est semé d'embûches : notamment une bureaucratie très lourde et une effarante corruption. Ceux qui l'ont considéré, dès le début des années 90, comme un nouvel Eldorado asiatique sont aujourd'hui en pleine désillusion.

« Toute décision est prise de façon collégiale ; il est très difficile d'obtenir une approbation définitive sur quoi que ce soit car il n'y jamais de chef », se plaint un professionnel du BTP. « Impossible de planifier, tout fonctionne au jour le jour, témoigne un autre spécialiste. L'un des autres problèmes majeurs est de trouver la vérité des prix de la sous-traitance à des entreprises locales. Il faut avoir sa propre équipe d'estimation sur place. » « L'environnement juridique est mouvant, note un diplomate. Chaque province a sa propre interprétation des lois. Il n'y a aucune cohérence par exemple sur les normes de sécurité. »

L'obstacle du financement

Les financements internationaux et bilatéraux sont largement insuffisants au regard des besoins du pays. Or le système de la concession, qui a fait recette aux Philippines ou en Indonésie, est difficilement transposable au Vietnam. Du fait de l'instabilité juridique, mais aussi des aléas du retour sur investissement. Par exemple, le faible trafic n'est pas à même de rentabiliser un projet routier. De très larges subventions sont accordées aux secteurs de l'eau ou de l'électricité, mais les tarifs sont si faibles qu'une exploitation privée est inenvisageable.

En matière d'immobilier, les investissements privés se sont beaucoup ralentis, suite au boum spéculatif de 1994-1995. Après avoir grimpé à 55 dollars US (environ 350 francs), il y a trois ans, le mètre carré de bureaux à Saigon a aujourd'hui dégringolé à 20 dollars US (120 francs). « On peut signer un contrat tous les quatre matins, ironise un expatrié français. Mais le financement suit rarement. » Ainsi après quatre ans d'attente (due aux difficultés de bouclage financier), CBC (SGE : groupe Générale des eaux) peut enfin attaquer la superstructure de l'hôtel Hilton de Hanoï : un chantier d'un montant d'environ 300 millions de francs qui devrait être livré à la fin de l'année.

Une forte concurrence australienne et japonaise

Face à cette concurrence, les quelques Français établis dans le pays tirent pourtant leur épingle du jeu. Ainsi, GTM-Entrepose (groupe Lyonnaise des eaux) construit un hôtel de 160 chambres à Hanoï, en partenariat avec une entreprise dépendant du ministère de la Défense. Bachy/Solétanche (GTM-Entrepose), Freyssinet (SGE) disposent d'un bureau de représentation à Hanoï. Dans le giron de Bouygues, VSL emploie deux expatriés depuis trois ans et la Saur (services urbains) met en place des systèmes de suivi de contrats d'eau (le compteur d'eau était jusqu'à présent inexistant au Vietnam).

Seul le groupe Campenon Bernard SGE (SGE) peut s'enorgueillir d'avoir réellement formalisé sa présence au Vietnam. « Les responsables du groupe ont vite compris que le marché serait très compétitif et ont opté pour une stratégie locale, en s'associant avec des Vietnamiens », commente un observateur. Présent depuis 1989, Campenon Bernard SGE gère un portefeuille de commandes de 160 à 220 millions de francs et fait aujourd'hui partie des cinq plus grandes entreprises étrangères de BTP du pays (30 expatriés, 150 salariés et jusqu'à 2 000 ouvriers).

Genèse d'une implantation réussie : Campenon Bernard SGE

L'implantation de la filiale de la SGE s'est faite en trois temps : les premières années, un expatrié a fait de la prospection et l'entreprise a réalisé quelques travaux de réhabilitation (siège de Total, de la BFCE...). Puis en 1992, elle obtient le projet de management de l'usine Heineken à Ho-Chi-Minh-Ville. En 1993, elle crée, avec l'entreprise générale Saigon Architect & Engineering, une joint-venture destinée aux projets immobiliers et de sites industriels. Cette association lui permet de décrocher cinq usines comme celle de Carnaud Metalbox en 1994 (conception et génie civil : 90 millions francs) ou celle de Siemens en 1996. « Depuis deux ans, nous nous concentrons sur les grands projets, explique-t-on en interne. Le reste est devenu notre fonds de commerce. » Campenon Bernard SGE a ainsi fondé une deuxième joint-venture, spécialisée dans les TP, avec Thai Long Bridge Corporation. Et vient de réaliser le génie civil de la centrale à gaz de Phu My 2 Power Plant, Phase 1 (300 MW).

PHOTO : L'usine Heineken à Ho-Chi-Minh-Ville, un projet majeur qui a permis à Campenon Bernard SGE de renforcer sa présence sur le marché vietnamien.

ADRESSE UTILE... Poste d'expansion économique de l'ambassade de France

162 Pasteur-Street, Ho-Chi-Minh-Ville; responsable : Pascal Carrer; tél. : 84.8.822.29.42. Fax : 84.8.22.29.42

Une prochaine vague d'appels d'offres

Les entreprises françaises entendent bien soumissionner aux appels d'offres qui seront lancés prochainement : la construction de Phu My 3 (un complexe combiné d'une usine d'urée et d'une centrale électrique de 600 MW pour un montant total

de l'ordre de 4,8 milliards de francs), la centrale électrique

de Phu My 1 (6 milliards de francs, financement OECF).

Au début de l'année prochaine, un appel d'offres devrait être lancé pour le barrage de Dai Ninh, au nord du pays (2,4 milliards de francs, dont 1 milliard pour le génie civil ; financement Banque mondiale et protocoles français et canadien), et le barrage de Bach Mai, au centre du Vietnam, devrait également voir le jour si un financement est trouvé.

Des projets de traitement d'eau et d'infrastructures ferroviaires et portuaires pourraient, à plus long terme, démarrer. « Tout est très lent et compliqué, mais nous sommes optimistes pour l'avenir des grands projets au Vietnam », se réjouit-on chez Campenon Bernard SGE.

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