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Viens chez moi, j’habite dans un garage

A Paris, l’essor de la circulation automobile s’est accompagné de l’apparition d’un nouvel archétype bâti : le garage. Avec la fin annoncée du tout-voiture, leur devenir pose la question de leur reconversion. Transformer plutôt que démolir? Oui, c’est possible, la preuve par cette toute nouvelle exposition du Pavillon de l’Arsenal

Il y en a de très beaux, il y en a de très moches, il y en a pour tous les goûts et de toutes les époques. En tous les cas il y en a beaucoup à Paris. De quoi? Des garages/parkings. Combien? Jusque là, aucun recensement exhaustif n’avait été effectué, et ce n’est pas le moindre mérite de cette exposition passionnante que de s’y être attelé. Ainsi les parkings et garages parisiens toujours en activité ont-ils été inventoriés selon trois sources : les services de cartographie en ligne, les archives municipales et le repérage in situ. Cinq cents constructions ont été identifiées et classées qui laissent envisager un énorme potentiel de transformation. Cent trente-cinq édifices ont été ici sélectionnés et classés en cinq catégories selon leur implantation dans le parcellaire parisien : long, profond, mixte, enclavé, traversant. Au total, une «masse» mutable qui représente un volume de 2 390 200 m3, une surface de toiture de 150 000 m2… Ca en fait, mon gaillard, des palanquées de rooftops où siroter des Spritz vespéraux…

Qu’en faire? Bonne question! L’étude conduite par les commissaires scientifiques de l’exposition – Data Architectes, l’historien Paul Smith, et les ingénieurs Raphaël Ménard et Felix Pouchain (Elioth) – révèle le potentiel de transformation/réemploi de ces structures à reprogrammer pour répondre aux nécessités de l’époque. Cinq études de cas sont présentée à travers les plans avant/après transformation, avec étude du potentiel solaire et maquette au 1/50e. Des études qui répondent aux spécificités des cinq catégories identifiées et qui ont été menées dans le cadre réglementaire du PLU de la ville. Chaque proposition explore une dimension précise : le potentiel de ces structures pour accueillir d’autres programmes (logements, bureaux, activités, nouvelles mobilités, etc.), leur capacité à produire des énergies renouvelables, leur exemplarité en termes de bilan carbone et d’économie de ressources par comparaison avec une hypothèse, toujours désastreuse, de démolition/reconstruction.

L’obsolescence programmée des garages parisiens – 30% de taux de vacance – n’est que programmatique : leurs caractéristiques constructives en font des «squelettes capables» susceptibles d’accueillir de nouveaux usages pour continuer à construire la ville par la transformation de ce qui est déjà là. C’est ce que démontre, avec brio, cette exposition dont on regrettera, au vu de la masse de travail effectué et de la qualité de la démonstration proposée, qu’elle ne fasse pas l’objet d’un copieux catalogue papier…

«Immeubles pour automobiles», une exposition du Pavillon de l’Arsenal. Commissaires scientifiques : Data Architectes avec Paul Smith, historien, Raphaël Ménard et Felix Pouchain (Elioth). Antoine Espinasseau, photographe. Jusqu’au 2 septembre 2018.

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