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Jurisprudence

Vers un fragile équilibre

GUILLAUME DELACROIX, PASCALE LEROY-PAULAY, ANNICK LOREAL, VERONIQUE MONCEL, JEAN-JACQUES TALPIN, OLIVIER THIBAUD |  le 20/03/1998  |  Collectivités localesTravailEntreprisesGros œuvreFrance

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-Avec un chiffre d'affaires global de 135,5 milliards de francs, les travaux publics ont enregistré en 1997 une timide hausse de 1 % par rapport à 1996. Ce chiffre marque en réalité, pour la première fois depuis cinq ans, une stabilisation de l'activité du secteur à un niveau très bas, équivalent à celui de 1987. -Les prévisions pour 1998 demeurent extrêmement prudentes, voire très pessimistes, pour les secteurs des fondations, des travaux souterrains, et des travaux ferroviaires. Les espoirs sont fondés sur la reprise prévue de l'investissement des collectivités locales et sur la poursuite de la dynamique à l'export.

Après cinq années de récession continue, l'exercice 1997 marque incontestablement un coup d'arrêt pour les travaux publics. Coup d'arrêt à une diminution inexorable du volume d'activité global des entreprises, coup d'arrêt au pessimisme général, légitimement alimenté par une courbe de l'emploi « en chute libre », avec 57 000 postes en moins depuis 1991, 12 000 ayant encore été perdus l'année dernière. Les travaux publics comptent aujourd'hui 220 000 salariés, pour 5 700 entreprises. Si Daniel Tardy, le nouveau président de la FNTP, voit dans la crise que traversent les métiers des travaux publics « une bonne occasion d'assainir la profession », son prédécesseur, qui passera la main mercredi 25 mars, n'aura eu de cesse, durant toute l'année, d'exprimer son inquiétude. Dès le mois de juin, en effet, Philippe Levaux soulignait la gravité de la situation, et tablait sur une baisse de 5 % de l'activité en 1997. A cette époque, les entreprises étaient particulièrement sensibles aux prévisions, après avoir connu « l'année noire des TP » : une chute de près de 7 % du chiffre d'affaires entre 1995 et 1996. Les premières annonces du gouvernement nommé après les élections législatives tombèrent au moment même où la FNTP présentait une liste de 10 000 projets capables de relancer l'activité jusqu'en 2005 dans les régions. Neuf mois plus tard, force est de reconnaître que tout ne s'est globalement « pas si mal passé », comme le concèdent plusieurs chefs d'entreprise, sous couvert d'anonymat. Avec un chiffre d'affaires approchant 135,5 milliards de francs, les travaux publics ont été en très légère augmentation en 1997, puisque ce chiffre était de 131,9 milliards en 1996, soit une hausse de 1 % en francs constants. Cet éclairage autorise-t-il cependant à considérer comme pessimistes les prévisions pour 1998 (1) ? C'est peu probable, à la fois parce que la prudence est par principe de rigueur, et parce que l'actualité récente laisse planer de nouvelles incertitudes sur les quelques projets encore en cours. « Il reste très difficile d'avoir une vision à long terme, étant donné la volatilité des situations, indique Jean-Louis Brault, P-DG de Groupe GTM. Ce qui est certain, c'est que la France n'est pas encore convenablement équipée, et qu'il existe toujours des besoins énormes. »Perspectives pour 1998 : le scepticisme règneLe budget du gouvernement pour 1998 se singularise certes par une inversion des priorités entre route et rail, mais il reste globalement stable par rapport à 1997. Une stabilité jugée « apparente » par la FNTP, qui reste méfiante, après les gels opérés sur le secteur de la route par le prédécesseur de Jean-Claude Gayssot au ministère de l'Equipement. De fait, les entrepreneurs manifestent un scepticisme certain pour l'année en cours et n'envisagent aucune amélioration pour le premier trimestre (« Le Moniteur » du 6 mars, page 26). « Ce sera la première fois qu'il n'y aura pas un seul grand chantier en France, s'insurge Jean-Louis Brault, et l'on n'a pas vu venir les contrariétés sur les concessions. » En fait de « contrariétés », l'excavation du deuxième tube du périphérique de Lyon (TEO) est interrompue, tout comme celle des deux tunnels de l'A86 dans l'Ouest parisien. Au total, plusieurs centaines de personnes se retrouvent sans activité, et de nombreuses PME préparent leur dépôt de bilan... En ajoutant que la remise en cause de la concession de TEO pourrait faire jurisprudence pour plusieurs lots autoroutiers, voire certaines concessions dans le secteur de l'eau, on comprend l'inquiétude croissante de la profession. « L'annulation de l'A86 est une catastrophe, estime Philippe Levaux. Un mauvais coup est porté au savoir-faire des entreprises françaises. »De fortes disparités subsistent selon les métiersSi l'ensemble des travaux publics attend donc - au mieux - une stagnation en 1998, des disparités notoires méritent d'être soulignées. Les plus touchés sont les travaux souterrains, qui font les frais des décisions du Conseil d'Etat ; les fondations affrontent une crise durable qui modifie en profondeur la structure de ce secteur, le paysage des entreprises et les travaux ferroviaires restent déprimés, en attendant un hypothétique TGV Est. « En volume, les tunnels sont effectivement en baisse, en raison de la fin des grands chantiers parisiens, du TGV Méditerranée et de l'autoroute A43, confirme François-Xavier Clédat, P-DG de Spie Batignolles TP. Les fondations spéciales ne se portent guère mieux en France. Quant aux ouvrages d'art, aucun relais des grands projets en achèvement n'est en vue. »Des marchés de plus petite taille se présententAu contraire, les routes enregistrent un renversement de tendance, les travaux électriques et tous les travaux liés à l'eau devraient être relativement épargnés, et l'offshore est en pleine expansion à la suite des découvertes de gisements en eau profonde. Plusieurs secteurs sont en attente de relais, alors que s'achèvent des projets d'ampleur comme Eole et Météor, mais aussi le Stade de France, l'îlot Edouard-VII, le Parlement européen de Strasbourg, ou la station d'épuration de Colombes. « Des projets sont annulés ou suspendus, aucun n'est remplacé, regrette Daniel Calinaud, directeur général de Fougerolle-Ballot. Par ailleurs, nous observons beaucoup de retard dans le lancement des appels d'offres et les attributions de marchés. Les maîtres d'ouvrage tardent à prendre des décisions. » L'Etat n'étant désormais plus à même d'assumer ses traditionnelles compétences d'aménageur, les entreprises orientent leurs espoirs vers des collectivités territoriales aux trésoreries prétendument « assainies », mais encore hésitantes à investir. Les collectivités locales ont représenté 43 % de la commande en 1997, contre 41 % en 1996. La conjoncture est enfin marquée par une diminution de la taille moyenne des marchés et par la poursuite d'un rééquilibrage entre travaux neufs et amélioration-entretien, au bénéfice de ce dernier. Les entreprises donnent la priorité aux margesPar souci de rentabilité, les entreprises soumissionnent moins souvent, mais de façon plus ciblée. « Nous maintenons la priorité aux marges, et non pas aux volumes, explique Antoine Zacharias, président de la SGE. Il s'agit d'éradiquer les foyers de pertes et d'être plus sélectif. » Après des ajustements structurels, les entreprises ont, dans leur grande majorité, adopté des positions défensives, en se fixant un chiffre d'affaires « réaliste » pour conserver les emplois, avec des marges « honnêtes ». Les activités hors métropole continuent de compenser l'atonie du marché intérieur, et les Français restent très présents à l'étranger. Freiné par la crise financière asiatique, l'export a cependant encore de beaux jours devant lui. Si les entreprises n'avouent pas avoir enregistré de recul important en Asie, l'énorme potentiel qu'elle représente permet de maintenir un climat de confiance relative. Mais pour l'heure, un attentisme vigilant prédomine. Des réformes attendues par les entrepreneursDéjà bien sur les rails il y a un an, la réforme du Code des marchés publics a été retardée par la dissolution de l'Assemblée nationale, au grand regret des pourfendeurs du moins-disant, qui continuent de dénoncer la chute des prix. Chargée de l'aménagement du territoire, le ministre de l'Environnement, Dominique Voynet, a installé une commission nationale de débat public, dont les travaux devraient aboutir le mois prochain. Au programme : simplification des régimes, unification du mode de désignation du commissaire-enquêteur, revalorisation de sa fonction, renforcement des pouvoirs du citoyen et du juge par rapport à l'administration. Enfin, la grande réforme attendue touche au financement des routes et des autoroutes. Après avoir lancé l'idée d'un établissement du type Réseau ferré de France, véritable « tour de Babel de l'équipement », selon Hubert du Mesnil, directeur des transports terrestres, il semble que le gouvernement s'oriente plutôt vers un système d'affectation des recettes des péages autoroutiers au réseau des routes nationales. Une source d'inquiétude supplémentaire, au moment même où la Fédération nationale des travaux publics chiffre à 10 % la baisse, en volume, des crédits budgétaires alloués aux routes nationales entre 1990 et 1998. D'ailleurs, l'Etat a d'ores et déjà annoncé le redéploiement de crédits routiers à hauteur d'un milliard vers le secteur ferroviaire. Tout ceci, alors que les contrats de plan Etat-régions accusent un retard notoire : les financements engagés fin 1997 ne s'élevaient qu'à 57 % du total, contre 66 % prévus. (1) La FNTP table sur une fourchette de - 1 %/ + 1 % pour 1998. GRAPHIQUES :LA ROUTE RESTE DOMINANTE - Ventilation du chiffre d'affaires 1997 des travaux par spécialités (en %)D'une année à l'autre, les différents secteurs restent stables les uns par rapport aux autres. REPRISE DES INVESTISSEMENTS DES COLLECTIVITES - Répartition des donneurs d'ordres (en % du chiffre d'affaires 1997)Les collectivités locales ont tendance à relancer leurs investissements, tandis que l'Etat se désengage. DIMINUTION DES TRAVAUX NEUFS - Répartition des travaux neufs et travaux de réhabilitation/entretien (en milliards de francs) (1988-1996)En 1997, alors que le volume d'activité global s'est stabilisé après cinq années de récession tous secteurs confondus, la part relative de la réhabilitation et de l'entretien s'est encore accrue, comme les années précédentes, et ce au détriment de la part «travaux neufs». CHANTIERS EN COURS1 TGV Méditerranée Valence-Marseille2 A20 Brive-Montauban3 A89 Libourne-Ussel4 A51 Grenoble-Sisteron5 A29 Pont l'Evêque-Neufchâtel6 A16 Amiens-Boulogne7 A84 Rennes-Avranches8 A75 dans l'Aveyron9 Route centre Europe Atlantique10 VAL de Rennes11 Extension des aéroports de Roissy et de Nice12 Gazoduc Artère des Hauts-de-FrancePROJETS1 A83 Oulmes-Niort2 A41 Saint Julien-Annecy3 A87 Angers-Cholet4 A66 Toulouse-Pamiers5 RN10 (mise au gabarit autoroutier dans les Landes)6 Viaduc de Millau7 TGV est Paris-Vandières (puis Strasbourg)8 TGV Rhin-Rhône Besançon-Mulhouse9 TGV Perpignan-Barcelone10 Euroméditerranée11 Extension de l'usine d'Achères12 Aéroport Bâle-Mulhouse13 Canal Seine-Nord14 Canal Dunkerque-Escaut15 Transports urbains : Clermont-Ferrand, Lyon, Nantes, Orléans, Paris (ext. Météor), Rennes, Rouen, Strasbourg, ToulouseCARTE : Localisation des principaux projets et chantiers en cours - Le recensement (non exhaustif) des projets en cours ou programmés à court ou moyen terme montre que les deux grands axes en travaux sont d'une part l'autoroute des Estuaires, d'autre part les transversales est-ouest. TABLEAU : UNE ACTIVITE GLOBALEMENT STABLE POUR LES MAJORS - Chiffre d'affaires des cinq majors français en 1996 et 1997 (en milliards de francs)Sur le chiffre d'affaires total des cinq grands groupes français, la part des travaux publics a tendance à se tasser, sauf pour le groupe Bouygues qui voit le volume des TP augmenter de près de 4 milliards. Précision (Moniteur du 27/03/98 p.27) : Pour le Grope Bouygues, il faut lire CA global 1996 : 82,6 milliards de francs dont 60,6 milliards pour la construction, dont 36,9 milliards pour les TP (dont routes : 24,2 milliards). CA global 1997 : 91 milliards de francs dont 63,7 milliards pour la construction, dont 40,16 milliards pour les TP (dont routes : 26,1 milliards) GRAPHIQUE : L'EUROPE PLUS QUE JAMAIS - Répartition du chiffre d'affaires des entreprises françaises sur les marchés extérieurs, par continent (en milliards de francs)Les entreprises françaises travaillent surtout en Europe. En 1997, le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont connu un nouveau dynamisme; l'Asie reste assez faible.

CONJONCTURE DANIEL TARDY, nouveau président de la FNTP « Structurer les projets»

Les orientations du gouvernement en matière d'équipements vous semblent-elles aller dans la bonne direction ?

DANIEL TARDY. Le moins que l'on puisse dire, c'est que notre gouvernement n'a pas défini d'orientation claire. On nous explique qu'il faut trouver des solutions alternatives à la route pour les transports, et en même temps, on annule le projet du Canal Rhin-Rhône, et l'on retarde pour cause de financement le lancement des travaux du TGV dans l'Est de la France ! Je suis choqué par l'idée que le rail puisse se développer au détriment de la route. Il faut en réalité structurer les projets par ordre de priorité, et non pas les opposer.

Quelles sont vos propositions pour la réforme du financement des infrastructures ?

Je suis partisan de mesures simples, de façon à ce que chaque secteur soit préservé. Reste bien entendu, ensuite, à vérifier que les crédits sont convenablement utilisés, c'est-à-dire dans l'intérêt général. En tout cas, l'idée d'un grand établissement public « Route de France » ne me convient pas du tout, car je trouve idiot de prendre de l'argent à l'un, pour le donner à l'autre.

Sur quels thèmes les entreprises de travaux publics vont-elles se mobiliser, à propos d'une autre grande source de discorde : la loi sur les 35 heures ?

Lorsque la définition des « 35 heures » aura été précisée (de quelles heures s'agit-il ?), nous rappellerons la spécificité de nos métiers, et l'intérêt que peut représenter une certaine forme d'annualisation du temps de travail. D'ailleurs, la convention collective des ouvriers des travaux publics comporte d'ores et déjà l'indication d'un horaire annuel, à 1 770 heures, avec possibilité de modulation. En tout état de cause, nos activités ne sont pas constantes tout au long de l'année, nous sommes notamment tributaires des conditions météorologiques, et des saisons en général.

La véritable création d'emplois, dans notre secteur, passe avant tout par le développement des investissements pour les équipements publics. Un million de travaux génère trois emplois sur une année : deux directs et un indirect, ce qui nous place en tête de tous les secteurs d'activité pour le ratio emploi/chiffre d'affaires.

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