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"Vers la conception de la ville-territoire" avec Bernard Reichen

Defawe Philippe |  le 02/12/2005  |  France entièreDroit de l'urbanismeUrbanismeHéraultEurope

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Architecte et urbaniste des territoires en difficultés, Bernard Reichen, a reçu le 28 novembre le Grand prix de l'urbanisme. Dans un entretien au Moniteur, il revient sur le métier d’urbaniste, les grands ensembles ou les rapports public-privé.


Le métier d'urbaniste
"L’intelligence du territoire doit pouvoir s’exprimer par le dessin"

Une distinction s'est faite en France entre les architectes qui sont allés vers l'urbanisme et les urbanistes qui travaillent sur le territoire. Les professions se sont opposées. Les uns vont vers la forme urbaine, les autres vers la planification. Et on s'est habitué à l'idée que l'une se dessine et l'autre se cartographie. Or, dans un monde où l'image prend une place toujours plus grande, je considère que le visible touche toutes les échelles spatiales. Ne pas dessiner le territoire, conduit à un niveau d'abstraction tel que plus personne n'adhère au projet. Il ne s'agit pas d'étendre le domaine de l'architecture à l'échelle du territoire: ce ne sont pas les mêmes enjeux, ni les mêmes natures de questions. Mais l'intelligence du territoire doit pouvoir s'exprimer par le dessin. La parole doit être l'outil du débat, l'écrit celui du règlement, et le dessin, celui du projet à l'échelle territoriale. Mais il faut bien reconnaître qu'il y a un chaînon manquant: c'est celui d'un travail pré-opérationnel, à l'échelle du millier d'hectares, entre celle de la planification (10000 ha) et celle du projet urbain (50-100 ha). Cette échelle de 1000 hectares est celle où on peut établir un véritable process de développement durable, où on peut dégager des lignes de forces, des invariants, où on peut relier protection et développement du territoire dans un même concept au lieu de les séparer. Dans notre travail sur le Scot de l'agglomération de Montpellier, c'est cette échelle là qu'on a voulu identifier, avec la définition de 12 zones d'enjeux qui reprennent les problématiques générales du Scot mais en les traduisant par des modes d'expression pré-opérationnels. Ces études co-dirigées par l'agglomération et les communes concernées servent à divulguer l'esprit du Scot à l'échelle du projet urbain.


Grands ensemble et politique de la ville
"On ne peut pas réparer les grands ensembles avec un retour à la ville ancienne"

C'est une idée très perverse de parler de projets de ville à propos de la restructuration des grands ensembles. Il y a là un problème de vocabulaire. Au lieu de parler de projets territoriaux, dans lesquels les grands ensembles auraient leur place, on a parlé de politique de la ville en montrant du doigt la ville "malade". Or les grands ensembles ont connu des réussites. Dans le cas de Metz-Borny, où l'on travaille, la cité construite par Dubuisson est un travail urbain réel, pratiquement exemplaire. Mais lorsque, avec le temps, s'y greffent des problèmes de peuplement, de mono -fonction, tout apparaît négatif, y compris la forme urbaine. Il faudrait avoir un peu plus de discernement. On a fabriqué un syndrome et on a établi une confusion dans les esprits entre "projets de ville" et "projets grands ensembles". A l'Anru ou ailleurs, j'explique que les grands ensembles doivent être considéré comme le premier maillon de la ville hors-les-murs, de la ville territoire. Ce maillon a été conçu après-guerre, sur des hypothèses en partie d'avant-guerre qui sont aujourd'hui évidemment obsolètes en regard de la formidable évolution des modes de vie. Et ce n'est pas normal qu'on ait mis autant de temps à traiter cette obsolescence. Mais si on veut réparer ce premier maillon de la ville territoire, on ne peut pas le traiter avec un imaginaire de retour à la ville ancienne. La ville -territoire, c'est la mobilité, le désenclavement, un rapport nouveau à la nature, la fluidité de l'espace. Plus personne n'accepte de vivre dans une ville fermée, sauf s'il s'agit de la ville historique.

Les rapports public-privé
"L'urbanisme "concédé" est la grande évolution de nos pratiques"

L’urbanisme "à la française" du moins tel qu’on l’imagine dans le reste de l’Europe est basé sur la maîtrise publique et le rôle d’un Etat redistributeur de la richesse nationale. Une culture de la dotation régie par une procédure unique en Europe : la déclaration d’intérêt public. C’est en quelque sorte un urbanisme de stocks. Mais la réalité est déjà différente. De décentralisation en régionalisation, l’Etat a changé de statut et les réalités économiques imposent d’autres façons de faire. L’urbanisme a été gagné par une logique de flux qui n’est plus basé sur la redistribution mais sur l’idée de captation d’hypothèses de richesse. C’est un constat plus qu’un point de vue mais il implique un profond changement de méthodes et de mentalités : l’urbanisme « concédé » est la grande évolution de nos pratiques.
Apprendre à concevoir cet urbanisme sans maîtriser les sols, une voie ouverte par la loi SRU, construire des partenariats où le dessin urbain sera forcément un art partagé et resituer la notion d’intérêt public dans ces processus, c’est la voie dans laquelle nous sommes engagés.
Une démarche largement facilitée quand les valeurs de localisation sont déjà constituées et attractives pour le secteur privé mais un processus à inventer quant la valorisation des territoires est à construire. Avec en premier lieu la question des grands projets de ville où le relais par le privé pour construire de nouveaux bassins économiques est le plus évident et où l’argent public devrait être le déclencheur de l’action privée : l’inverse d’une culture de la dotation.

Propos recueillis par Gilles Davoine

Dans le Moniteur du 25 novembre, Bernard Reichen s’exprime également sur l’urbanisme de produit et l’urbanisme de projet, la ville et la nature, les friches, le commerce…

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