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Véhicules autonomes : « L'infrastructure ne doit pas être négligée », Pierre Calvin, président de Routes de France
Pierre Calvin, président de Routes de France. - © © Ursif

Véhicules autonomes : « L'infrastructure ne doit pas être négligée », Pierre Calvin, président de Routes de France

Propos recueillis par Thomas Chenel |  le 15/05/2018  |  France entièrevehiculeautonome

Le gouvernement a présenté lundi 14 mai sa feuille de route pour le développement des véhicules autonomes, visant à  faire de la France un leader mondial dans le domaine. Il souhaite notamment rendre les infrastructures connectées et adapter le réseau national. Objectif : la mise en circulation de véhicules automatisés d'ici 2020 à 2022. Pierre Calvin, président des Routes de France, rappelle quels sont les chantiers à venir pour le secteur des travaux publics.

« Nous intégrerons dans la loi d'orientation sur les mobilités (LOM) les moyens nécessaires au déploiement des infrastructures connectées sur le réseau routier national non concédé », a déclaré Elisabeth Borne, la ministre chargée des Transports. Quel rôle les infrastructures ont-elles à jouer dans le développement des véhicules autonomes ?

Pierre Calvin : Nous irons d'autant plus vite que nous travaillerons tous ensemble. Au départ, l'infrastructure a été un peu oubliée. Il y a à présent une prise de conscience : elle est l'un des éléments à ne pas négliger dans le déploiement des véhicules autonomes, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, il faut pouvoir accepter ces véhicules sur les routes, qui doivent donc être en bon état et offrir des systèmes de connectivité permettant de transmettre l'information.

Deuxièmement, il est important de faciliter l'imbrication de ces nouveaux véhicules dans la circulation, aux côtés des autres modes de transport et utilisateurs. Donc il va falloir permettre un dialogue avec les usagers, qu'ils soient piétons, cyclistes ou autres, au travers d'équipements embarqués ou de bord de route. Une signalisation dynamique intégrée dans la chaussée peut donner une information immédiate. Ce peut être un passage piéton ou des places de stationnement lumineux. Ou bien des affectations de voies avec une signalisation allumée à certains moments et éteinte à d'autres.

Comment est équipé le réseau actuel ?

P.C. : Il faut mettre à niveau l'infrastructure avec un bon revêtement de surface, pour que le véhicule n'ait pas à gérer des nids de poule en plus du piéton et du vélo. Ensuite, le niveau d'adhérence doit être relativement homogène, permettant d'avoir des distances de freinage reconnues en fonction de la vitesse. Le marquage doit aussi être correct. Il faut déjà qu'il existe, 50% des routes n'ayant pas de signalisation au sol. Et quand elles l'ont, la signalisation n'est pas partout efficace.

A certains endroits, elle est par exemple très peu rétro-réfléchissante. Enfin, 40 % de la signalisation verticale, qui comprend tous les panneaux et qui peut aussi être lue par les caméras embarquées dans les véhicules, n'est pas aux normes.

"Les unités de nord de route (UBR) sont prévues dans le cadre du projet Scoop"

Quelle technologie est utilisée pour connecter les véhicules aux infrastructures ?

P.C. : Il y a des capteurs pour récupérer des informations sur la chaussée, ses déformations, ses niveaux d'adhérence. Ces données qualitatives pourront être remontées par le biais des véhicules connectés, équipés d'unités embarquées, ce qui permettra par exemple de faire de l'entretien prédictif sur les chaussées. Des informations concernant des événements non prévus, comme une route glissante à cause du verglas ou de la neige, pourront aussi parvenir à l'ensemble des usagers, grâce aux unités de bord de route (UBR).

Ces relais d'information sont prévus dans le cadre du projet Scoop, qui vise à déployer des systèmes de transport intelligents coopératifs sur 2 000 km de routes répartis en cinq sites. La rocade de Bordeaux, par exemple, comprend déjà une quarantaine d'UBR installées et des véhicules équipés d'unités embarquées. La communication se fait via le wifi de la route, une technologie appelée ITS G5.

200 M€ ont déjà été injectés dans le cadre de différents appels à projets pour réaliser des expérimentations. La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a déclaré vouloir investir 100 M€ supplémentaires pour aménager des voies dédiées aux véhicules autonomes et mettre à disposition un nouveau mode de transport collectif, sur les autoroutes menant aux aéroports d'Orly et de Roissy, à Versailles et à Disneyland Paris. Quel marché représente le déploiement des véhicules autonomes pour le secteur des travaux publics ?

P.C. : En termes de marché, ce n'est pas simple de se prononcer, parce qu'on ne sait pas sur quel réseau le véhicule autonome va être utilisé. Est-ce qu'on va le faire circuler uniquement sur le réseau principal ? Est-ce qu'il desservira aussi les zones de faible densité ? Dans ce dernier cas, ce serait toutes les routes qu'il faudrait équiper. Donc non plus 20 000 km, mais un million. Je pense qu'on va y aller progressivement.

Quelles seront les entreprises concernées ?

P.C. : On va toucher toute la gamme des entreprises. Celles de construction routière - les grands groupes présents à l'international - mais aussi des PME et des ETI sur les réseaux locaux, pour installer les matériels et les entretenir. Et toutes les entreprises d'équipement de la route, pour la signalisation et la régulation du trafic.

Il y a un point important : si nous sommes les premiers à nous équiper, ce sont des produits, des procédés, des techniques que l'on va développer à l'international. Comme nos entreprises font partie des leaders mondiaux, cela peut être une source d'évolution pour notre tissu industriel.

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