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Urbain et rural cherchent les bonnes synergies
Eoliennes près de Sainte-Pazanne, dans le département de la Loire-Atlantique.

Urbain et rural cherchent les bonnes synergies

le 03/10/2019  |  Transition énergétiqueDéveloppement durableIngénierieEnergieEconomie circulaire

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Du partage d'ingénierie aux transferts de capitaux, du rapprochement de l'offre rurale et de la demande urbaine à la construction de projets communs, chaque problématique énergétique exige une réponse différente.

 

Production : réussir la coordination

Dans l’alimentation, la notion de circuit court prend de plus en plus d’importance. Et, par un effet de ruissellement, les acteurs en lien avec les agriculteurs sont les premiers à la transposer dans le secteur de l’énergie. Réunis pour parler économie circulaire et climat dans le Val-d’Oise, le parc naturel régional (PNR) du Vexin français (103 000 hab.) et la communauté d’agglomération de Cergy- Pontoise (13 communes, 204 200 hab.) ont vite compris qu’ils devaient partager les questions qu’ils se posaient sur la méthanisation (production de biogaz à partir de déchets organiques). Le territoire est suffisamment vaste pour que plusieurs opérations voient le jour, mais « attention à l’ordre dans lequel on les lance », prévient Patrick-Gauthier, responsable du pôle « aménagement » du PNR.

Créer d’abord une unité de méthanisation agricole qui s’accaparerait des flux de matière comme les résidus de l’industrie agro-alimentaire risquerait de compromettre un éventuel projet de valorisation de biodéchets des ménages urbains, dont l’équilibre économique est plus complexe à trouver. Le monde rural a pourtant intérêt à ce qu’un maximum de sites soient construits. Une étude réalisée pour ces deux territoires montre que chaque installation fonctionnerait de manière optimale avec des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). Pouvant être intercalées entre une récolte de céréales et une nouvelle période de semis, ces Cive ont le double avantage d’augmenter les revenus des agriculteurs et de ne pas laisser les sols à nu.

Remettre le local à l’honneur semble plus complexe pour le monde du bois. « On doit d’abord montrer aux élus et aux techniciens des grandes villes que la ressource est abondante, même si, dans l’imaginaire, le bois provient des montagnes lointaines », estime Léa Fabre, chargée de mission à l’Union régionale des collectivités forestières d’Occitanie. Autre hic : « La difficulté à valoriser l’origine de l’exploitation dans les marchés publics est un vrai frein », poursuit- elle. Le secteur de la construction a trouvé une parade en créant des labels de certification tels « Bois des Alpes » et « Bois des territoires du Massif central ». A l’heure actuelle, l’énergie n’a pas d’équivalent, même si l’utilisation de critères carbone constitue souvent un premier pas.


Financement participatif. En vue de rapprocher l’offre et la demande en bois, les collectivités peuvent contribuer à l’émergence de plateformes d’approvisionnement et de séchage qui permettent à de petits exploitants forestiers de réunir leur production de plaquettes sur des axes qui desservent rapidement les zones urbaines. Là encore, la partie n’est jamais gagnée, en particulier quand un opérateur privé se voit confier l’alimentation d’un réseau de chaleur et qu’il estime qu’il est plus rentable d’aller voir ailleurs.

Dans le cas de la construction des parcs photovoltaïques ou éoliens, l’apport urbain peut, enfin, être sonnant et trébuchant. Car, si les sociétés de projet s’ouvrent de plus en plus aux capitaux publics et citoyens, les communes d’implantation sont rarement assez riches et assez denses pour couvrir le besoin. Elargir la souscription à une ville voisine ou plus éloignée devient alors intéressant. Malgré l’absence d’opération dans la capitale, la plate-forme de financement participatif Lendosphère a évalué que 13 % de ses souscriptions provenaient de Paris intramuros. Et que, dans des proportions moindres, Bordeaux, Lille ou Nantes suivaient le mouvement. A noter, toutefois, que l’apport urbain n’est qu’une proposition parmi d’autres, les ruraux pouvant aussi être capables de réunir tous les fonds.

Des réseaux en or 

 

La volonté des grandes villes de gagner en autonomie pour gérer leur réseau électrique comme elles l’entendent a, plus d’une fois, suscité des crispations avec des collectivités rurales craignant surtout que l’on en profite pour moins investir dans leur propre infrastructure. Beaucoup veulent croire aujourd’hui que le développement des renouvelables sera désormais leur principal garant. Si l’on veut davantage de parcs éoliens ou photovoltaïques, maintenir partout des réseaux de qualité est plus que jamais essentiel.

Ingénierie : mettre en commun le savoir-faire

Nous avons proposé à notre agglomération de mutualiser un poste de conseil en énergie partagée, mais n’avons pas de réponse depuis presque deux ans. » Symptomatique, ce témoignage recueilli par le Réseau pour la transition énergétique (Cler) dans son rapport sur les nouvelles solidarités urbain-rural publié fin 2018 (lire p. 34), invite à ne pas surestimer la capacité des collectivités locales à collaborer quand on parle d’économie d’énergie. Il illustre également l’attente de territoires ruraux qui ne savent pas par quel bout commencer quand ils veulent accompagner leurs administrés ou lancer leurs propres travaux de rénovation. Les acteurs de plusieurs territoires peuvent témoigner du fait que le partage d’ingénierie fonctionne. En Gironde, l’Agence locale de l’énergie et du climat a été mutualisée pour la métropole et les communes du département. Et dans l’Aude, l’espace info-énergie du parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée sert de porte d’entrée à la plateforme de rénovation énergétique portée par le Grand Narbonne.

Transports du quotidien. C’est sans doute en matière de transport que des synergies entre territoires voisins doivent d’abord être trouvées. D’un côté, l’érosion des petites lignes de train ou de car laisse les territoires ruraux dépourvus quand ils cherchent des solutions en vue de réduire leur consommation d’énergie. De l’autre, la mobilité pendulaire crée des problèmes de congestion à l’entrée des grandes villes. Poser ensemble le problème et se doter, dans l’idéal, d’un poste de chargé de mission travaillant pour les deux territoires est sans doute le meilleur moyen de comprendre les flux et de coordonner une offre de solutions alternatives à l’« autosolisme ». Qu’il s’agisse de créer de nouveaux itinéraires cyclables, de développer le court-voiturage ou de construire des tiers-lieux pour des salariés qui n’ont peut-être pas besoin de se déplacer tous les jours.

« Dans les villes, paradoxalement, on télétravaille davantage qu’à la campagne. On a besoin d’innovations sur le changement de comportement, sur les mobilités actives, sur l’amélioration de la logistique », rappelait Maxime Pasquier, ingénieur au service « transport et mobilité » de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), à l’occasion du salon Pollutec, à Lyon, en novembre 2018.

Ce constat a poussé l’Ademe à organiser l’appel à projets « French Mobility - territoires d’expérimentation de nouvelles mobilités durables ». Pour des collectivités voisines et de profil différent, répondre ensemble à ce type de proposition n’est sans doute pas une mauvaise idée.

Une pelote à dérouler


S’asseoir autour d’une table pour évoquer un projet énergétique, c’est accepter de s’interroger plus globalement sur l’autonomie du territoire. Dans un contrat de réciprocité signé mi-2017, Toulouse métropole (37 communes, 763 000 hab.) et le pays portes de Gascogne (160 communes, 71 100 hab.) ont ainsi défini sept champs de collaboration, dont la transition écologique et la mobilité, mais aussi le développement économique et bien sûr l’agriculture.

Difficile, plus globalement, de parler de bois sans évoquer la protection de la ressource forestière. Ou d’envisager le raccordement d’un réseau de chauffage à une unité de valorisation énergétique sans s’interroger sur la politique locale de gestion des déchets. Là encore, partager des compétences est essentiel. La communauté d’agglomération du Grand Narbonne (37 communes, 127 000 hab.), qui a révisé sa charte sur les énergies renouvelables, s’est ainsi beaucoup appuyée sur le PNR de la Narbonnaise en Méditerranée (28 000 hab.) pour travailler sur le volet éolien. Les deux territoires se sont lancés très tôt et, afin de donner un coup de jeune aux installations, une réévaluation de leur impact paysager et de la pertinence des zonages a été nécessaire. Or, « c’est le parc qui a dans son équipe des compétences sur l’environnement », indique Isabelle Herpe, vice-présidente de l’interco, chargée de la transition écologique.

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Vue aérienne de Grenoble.

Métropoles, territoires ruraux : et si on se parlait ?

Les jours de notre modèle énergétique centralisé sont comptés. Certes, la crise des « gilets jaunes » a pu laisser croire que la transition énergétique était un luxe que la France ne pouvait s’offrir. Mais la relocalisation de l’activité est, au contraire, devenue pour beaucoup l’argument numéro 1 à mettre en avant. Fini les chèques en blanc afin d’acheter du pétrole saoudien, du gaz russe ou de l’électricité d’origine nucléaire produite hors sol. Miser sur davantage de sobriété énergétique permet de soutenir ses artisans du bâtiment et de financer de nouveaux services de mobilité. Le vent, les rivières, le soleil ou les forêts sont quant à eux suffisamment bien répartis pour que chacun vise localement l’autonomie énergétique. Comme le résume Gilles Debizet, chercheur en aménagement et en urbanisme à l’université de Grenoble, « la priorité, pour une collectivité, est de conserver la richesse sur son territoire ».

Des maires dépourvus. Les collectivités qui ont fait un premier pas se heurtent généralement à un mur. En matière énergétique, les limites administratives n’ont tout bonnement aucun sens. Les métropoles qui affichent des objectifs ambitieux ont conscience, en particulier, qu’elles ne peuvent pas atteindre la neutralité carbone sans s’entendre avec les territoires ruraux qui les environnent. Ne serait-ce que parce qu’elles n’ont pas la capacité de produire du bois, du biométhane ou de l’électricité en quantité suffisante en vue de couvrir leurs besoins. En échange, les villes ont des présents à déposer dans la corbeille de la mariée, à commencer par des moyens humains et financiers dont manquent cruellement les communes et les EPCI de petite taille. En particulier en ces temps de restrictions budgétaires. « Sur le sujet énergétique comme sur beaucoup d’autres, il est difficile pour les maires ruraux de connaître chaque enjeu ou de savoir à qui faire confiance », souligne Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF).

20 % du biogaz de Nouvelle- Aquitaine pourraient, en 2050, être consommés par le territoire de la métropole de Bordeaux pour que celle-ci atteigne ses objectifs. L'essentiel du gisement sera rural.

Le bon exemple de l’alimentation. Travailler avec des pairs est sans doute un début de solution. On a longtemps estimé que la transition se ferait dans les territoires. Elle pourrait, à la réflexion, s’opérer « entre les territoires », selon l’expression de Bruno Rebelle, directeur général de l’agence de conseil en stratégie du développement durable Transitions. Les synergies sont évidentes en ce qui concerne la planification. Les urbains ont des potentiels de réduction de consommation d’énergie importants dans l’habitat, le bâtiment tertiaire et la mobilité. Les ruraux ont davantage de contraintes, mais des ressources naturelles plus abondantes. Toutefois, créer des alliances opérationnelles est une autre affaire. Par où commencer ? « Nous vivons une étape frustrante, reconnaît Célia Blauel, adjointe (EELV) à la maire de Paris, chargée de la transition écologique. Nombre de métropoles ont le même objectif, mais il n’existe pas de recette miracle. » Néanmoins, l’élue est confiante quand elle regarde le chemin parcouru dans le secteur de l’alimentation. « Nous avons travaillé avec les agriculteurs afin qu’ils réduisent l’utilisation d’intrants chimiques à proximité de nos captages d’eau, illustret- elle. Nous avons aussi contribué à structurer plusieurs filières d’approvisionnement. » Concernant l’énergie, la solution viendra entre autres de liens directs qui permettront aux communes de s’inspirer les unes des autres. « Même si tout est à inventer juridiquement, on pourrait dupliquer les appels à manifestation d’intérêt que l’on a lancés en vue de développer l’énergie citoyenne sur les toits de Paris », estime Célia Blauel.


L’autre grand enjeu est de développer une réelle interaction entre les collectivités. Par exemple, pour aider ses agents à optimiser leurs déplacements, « une grande ville a des outils cartographiques qui permettent de les localiser, explique Cédric Szabo. Un territoire limitrophe a la possibilité d’en faire quelque chose. Les intelligences qui n’avaient pas prévu de se rencontrer doivent apprendre à converger. Si l’on partage ces questions, on va trouver des solutions ». Afin d’organiser la rencontre, l’ex-région Rhône-Alpes s’est essayée en 2015 au mariage forcé en poussant des collectivités urbaines et rurales à répondre ensemble à l’appel à projets territoires à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV). Cinq ensembles ont été retenus. La réussite n’a pas toujours été au rendezvous – notamment du fait des redécoupages administratifs, qui ont engendré beaucoup d’inertie dans les décisions -, mais ces projets ont le mérite d’avoir créé une dynamique d’expérimentation.


La France de la transition s’évertue désormais à évaluer cette dernière afin de voir quelles sont les bonnes pratiques à répliquer, les pistes à oublier rapidement et les questions à approfondir. Sur l’implication des territoires voisins dans l’approvisionnement en bois des réseaux de chaleur urbains, « nous ne pouvons plus nous contenter de travailler avec des entreprises individuelles. Nous devons trouver des structures qui les fédèrent, illustre Bertrand Spindler, viceprésident [PS] délégué à l’énergie de Grenoble-Alpes métropole [49 communes, 445 000 hab.]. L’enjeu est de ne pas court-circuiter les EPCI qui les accueillent, et donc de créer des instances intercollectivités qui coordonnent ce travail ». Comme le constate de son côté Gilles Debizet, pas question, néanmoins, de se cantonner dans des discussions sur la production d’énergie : « Les territoires ruraux ne se voient pas comme des territoires- ressources. Ils refusent d’être de simples supplétifs des métropoles. » Eux aussi ont des problématiques qui méritent d’être prises au sérieux si l’on veut qu’ils contribuent à la transition.

« Aujourd’hui, 90 % de notre facture énergétique quittent le territoire » Patrick Faucher, directeur de l’énergie, de l’écologie et du développement durable à la ville et à la métropole de Bordeaux

 

« Notre ambition est d’aller vers l’énergie positive en 2050 pour contribuer aux objectifs nationaux, mais aussi pour capter une partie de la valeur de notre facture énergétique, dont au moins 90 % quittent aujourd’hui le territoire. Cela représente 1,8 milliard d’euros par an, 3 200 euros par habitant. Nous manquons encore d’informations sur nos ressources, mais il est prudent de nous dire que des échanges équitables avec nos voisins nous permettraient de nourrir nos ambitions respectives. Néanmoins, ce qui est évident pour l’alimentation l’est moins pour l’énergie. Dans un premier temps, nous nous sommes dit un peu naïvement que les territoires ruraux avaient de l’espace pour développer les énergies renouvelables et que nous avions les besoins. C’est très théorique. Eux aussi ont des problèmes de disponibilité foncière. A contrario, un cadastre solaire nous révèle par exemple que 38 % de nos 53 millions de mètres carrés de toitures ont un intérêt pour l’électricité photovoltaïque. De quoi couvrir 41 % de nos besoins électriques. »

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Patrick Faucher, directeur de l’énergie, de l’écologie et du développement durable à la ville et à la métropole de Bordeaux

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