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«Une œuvre pour tisser l’avenir de l’Europe», Adeline Rispal, architecte
Adeline Rispal, architecte-scénographe. - © Studio Falour

«Une œuvre pour tisser l’avenir de l’Europe», Adeline Rispal, architecte

Propos recueillis par Jérémy Bellanger et Jacques-Franck Degioanni |  le 11/01/2022  |  RéalisationsBelgique

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Architecture
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«L’Etoffe de l’Europe» est le nom du projet d’aménagement scénographique et artistique temporaire proposé par les Ateliers Adeline Rispal pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE) à Bruxelles. Il a été inauguré le 10 janvier. Entretien avec l’architecte-scénographe...

 

Dans quelles conditions s’est déroulé ce concours de maîtrise d’œuvre?

La précédente présidence française du Conseil de l’UE, voici treize ans, avait été scénographiée par Sylvain Dubuisson, sur commande directe. Ici, avec nos partenaires - Studio Irrésistible, Les Eclaireurs, le plasticien et cinéaste Jacques Perconte et l’artiste textile Jeanne Goutelle - nous avons été shorlistés en mars 2021, face à l’agence Carré Noir et au Studio Constance Guisset. Nous avons été lauréats en juin 2021, avec de très courts délais à respecter, par un jury qui comprenait, notamment, Paul Chemetov, Bernard Desmoulin et Corinne Vezzoni.

 

Sur quelles intentions avez-vous été retenus?

Compte tenu des contraintes propres aux espaces à scénographier, du budget, des délais impartis, des impératifs environnementaux, etc. nous avons opté pour une intervention à l’aide de textile, manière de symboliser les liens qui unissent depuis les années 1950, et qui parfois se détissent, les 27 états-membres de l’UE et leurs 450 millions de citoyens. Une sorte de travail de Pénélope toujours recommencé… Ce sont en tout sept espaces à traiter, dans les bâtiments Juste Lipse et Europa du Conseil de l'UE, avec un cahier des charges très strict (protocole, sécurité incendie, etc.). Le grand atrium de 1600 m2 du bâtiment Justus Lipsius, par où tout le monde passe, est assez austère, très institutionnel. Nous l’avons investi sur 650 m2. Le forum du bâtiment Europa est le lieu des conférences de presse du président, avec des salons, des bureaux, etc. C’est un bâtiment très dessiné, avec de la couleur, des vitraux, etc. Dans les deux cas, la scénographie proposée se devait de capter la puissance de l’architecture pour s’imposer.

 

Concrètement, en quoi consiste votre proposition?

On a voulu ramener de la couleur dans l’atrium du bâtiment Juste Lipse, tisser entre elles les couleurs de l’Europe, en quelque sorte. Le cahier des charges pour ce lieu - de 40x40 m avec 20 m de hauteur sous la verrière - interdit le moindre accrochage, le moindre trou. De plus, l’installation doit être démontée/remontée six fois durant les six mois de la présidence, pour devenir salle des fêtes, salle de conférence de presse, etc.
Après analyse des différents RAL des chartes graphiques, des drapeaux, etc. des états-membres, on a retenu une palette de couleurs et on a effectué un tissage des datas historiques, depuis l’origine, avec les six états fondateurs, jusqu’au 28 puis 27 états-membres actuels, la trame représentant la présidence tournante. Un concept simple et efficace, abstrait et coloré.
D’où, au final, ces deux ailes en textile non-tissé imprimé de 325 m2 chacune, enroulées sur des mandrins, posés sur des poutres-treillis et des échafaudages. L'ensemble s’élève jusqu’à 4 mètres de hauteur et flotte au-dessus du sol, avec une légère tension sur la matière, et redonne une échelle humaine a ce vaste espace plutôt glacial.

 

Qu’en est-il des aménagements dans le bâtiment Europa?

Les six ascenseurs sont habillés intérieurement, et c’est la première fois qu’ils font ainsi partie du dispositif, par une déclinaison du tissage. Le sol reçoit une moquette bleu nuit, de la couleur du drapeau français, l’intervention de Jacques Perconte prend place via des écrans Leds (4x5 m) haute définition, avec des images mobiles, très douces, très lentes, en boucle, qui font l’éloge de l’homme, du vivant et de sa biosphère. Dans les bureaux, les paravents avec cadre acier de Jeanne Goutelle adoucissent l’image technocratique des lieux et utilisent des rubans de chutes textiles de l’industrie stéphanoise. Dans le grand hall, des cimaises exposent de jeunes artistes français émergents en résidence à Bruxelles. Quant à la grande salle de conférence de presse, elle affiche le ruban de l’Europe, imprimé sur un film tendu rétroéclairé par des Leds, sur 16 mètres de long et 3 m de hauteur.

 

Que deviendront les installations à la fin de la présidence française?

Les lés de tissu non-tissé seront recyclés, de même que la moquette. Le mobilier et les écrans en location seront restitués au loueur. Jeanne Goutelle reprend ses paravents, quant aux éléments de structure, déjà en partie issus du réemploi, ils seront démontés pour être réutilisés.

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