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Une œuvre majeure d’Henri Ciriani gravement endommagée

le 27/02/2012  |  ProfessionArchitectureBâtimentBouches-du-RhôneRhône

Le musée Arles antique, dû à Henri Ciriani, l’un des grands architectes de la seconde moitié du XXe siècle, fait l’objet d’une extension sauvage dans un total mépris de son auteur.

Avec fierté, un panneau de chantier exprime que « le conseil général des Bouches-du-Rhône réalise l’extension du Musée départemental Arles Antique pour la présentation du chaland Arles Rhône 3 ». Il est situé aux abords d’une des œuvres emblématiques de l'architecture française des années 1990, l'un des grands projets en région voulu par François Mitterrand et conçu pour abriter les collections archéologiques de la ville d’Arles.

Le panneau précise que l’architecte de cette extension est l’Atelier de maîtrise d’œuvre de la Direction de l’architecture et de la construction du département. Coût de l’opération : 6 millions d’euros. Permis de construire délivré le 13 mai 2011. En revanche, il ne mentionne pas l’origine de l’œuvre sur laquelle l’extension doit s’adosser.

Ce musée - dit « musée bleu » en référence à la couleur bleue de ses panneaux de façade - fait partie du patrimoine architectural français. Son architecte est une grande figure de l’architecture par les œuvres qu’il a produites (Equerre d’argent 1983 pour une crèche à Saint-Denis) et par l’enseignement qu’il a délivré. Ce qui rend d’autant moins compréhensible le contenu des photos qui nous ont été communiquées par ses proches. Elles montrent que l’angle nord constituant le côté droit de la grande façade principale a d’ores et déjà été sérieusement attaqué.

Comment une telle atteinte sur un bâtiment public bien identifié et répertorié a-t-elle pu être seulement envisagée ? Comment l’actuel passage à l’acte a-t-il été rendu possible ? Les questions sont multiples et se rapportent aussi bien à la protection du patrimoine qu’à la propriété artistique et au droit d’auteur. Un auteur, au demeurant vivant, qui n’a pas même été consulté…

A lire aussi ci-dessous (au format PDF), la lettre envoyée le 8 février 2012 par le Syndicat de l’architecture au ministre de la Culture…

Henri Ciriani est disposé à restaurer son œuvre et à en dessiner l’extension

La dégradation dont est victime votre œuvre en Arles paraît incroyable s’agissant d’un bâtiment public de cette importance. Au mieux, elle relève d’une méconnaissance totale de l’architecture contemporaine et des usages en matière d’intervention sur le patrimoine. S’agit-il de cela ou disposez-vous d’une explication complémentaire ?

Je n’arrive pas à comprendre ce qui a motivé l’ensemble des intervenants, depuis le maire d’Arles jusqu’au conseil général, en passant par les conservateurs du Musée, pour qu’ils bafouent de la sorte mon droit moral, ni ce qui leur permet de croire qu’ils sont dotés d’une telle impunité.

Quels sont les recours que vous envisagez ?

Parmi les recours envisagés le plus important est celui qui sera engagé par l’Ordre des architectes régional en réclamant l’arrêt du chantier. C’est Jean-Paul Cassulo, président de l’Ordre PACA, qui a pris en charge cette affaire. Tous les autres recours juridiques seront envisagés par la suite.

Seriez-vous prêt, si on vous le demandait, à intervenir pour restaurer votre œuvre et, éventuellement, l’agrandir afin d’abriter le chaland pour lequel l’extension a été décidée ?

Il est évident que non seulement je suis prêt à restaurer l’œuvre mais d’ores et déjà j’ai réfléchi à une solution qui permet de ne pas dénaturer le projet d’origine puisque l’extension du musée a toujours été une éventualité. D’ailleurs, si j’avais été été consulté, je crois que je l’aurais même fait bénévolement si l’urgence l’exigeait.

A ce propos, ce qui m’ennuie le plus c’est que l’auteur du  projet  d’extension, s’il ne voulait pas me rencontrer, aurait pu au moins se donner la peine d’étudier ce qui constitue l’essence de mon bâtiment alors que j’en ai suffisamment parlé pour que ce ne soit un secret pour personne. Le texte que j’avais fourni pour l’inauguration du Musée aurait dû être mis à profit en ce sens.

Propos recueillis par Frédéric Lenne

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