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Une sculpture sauvée des chlorures

Olivier Baumann |  le 24/08/2012  |  ProfessionArchitectureCultureSeine-MaritimeProduits et matériels

Béton -

« Le Signal », célèbre sculpture en béton armé du Havre, subissait l’attaque des chlorures transportés par les embruns marins. Le mal a été soigné en profondeur grâce à un procédé électrolytique, installé par Rénofors.

Depuis 1961, « Le Signal », créé par le sculpteur Henri-Georges Adam, occupe le parvis du musée d’art moderne André-Malraux, au Havre (Seine-Maritime). Très familière aux Havrais, cette sculpture monumentale en béton armé - baptisée « l’Œil » en raison de sa forme évocatrice -, longue de 22 mètres pour un poids d’environ 22 tonnes, est posée sur le front de mer. Elle y subit de plein fouet les assauts des embruns marins et s’est dégradée avec le temps, notamment du fait d’infiltrations salines contenant des chlorures.

« L’attaque des aciers [qui structurent l’ouvrage] par les chlorures peut s’avérer pernicieuse puisqu’elle ne génère pas forcément d’effet en surface - tels que le gonflement ou l’éclatement du béton - mais entraîne pourtant la dissolution des aciers qui peut conduire à la ruine de l’ouvrage, explique Carl Redon, directeur technique de Rénofors, entreprise spécialisée dans la restauration des bétons. En l’occurrence, la lente migration, pendant cinquante ans, des ions chlorures (Cl?) dans le réseau capillaire du béton du Signal les avait menés jusqu’à moins de 1 cm des armatures en acier. »
Il était donc urgent de remédier à ce mal invisible, potentiellement dévastateur. Objectif : extraire les ions chlorures de la masse de béton. Pour respecter l’intégrité de cette œuvre patrimoniale, Rénofors a choisi une méthode douce, non destructive mais redoutablement efficace : la « déchloruration par anode temporaire », un procédé d’électrolyse à l’échelle de la structure consistant à inverser la course des ions Cl? pour les ramener en surface et les piéger (lire ci-contre).
Au bout de six semaines de traitement, les ions avaient été extraits. Restait à traiter les fissures et épaufrures à la surface de l’œuvre, à redonner à l’ouvrage sa patine et sa teinte d’origine à l’aide d’une lasure minérale, puis à appliquer un hydrofuge (à base de polysiloxane) afin d’interdire pour toujours aux ions chlorures de pénétrer dans cet « Œil » de béton.

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Fiche technique

Maître d’ouvrage et maître d’œuvre : musée André-Malraux. Entreprises : Groupement Rénofors (mandataire)-Tollis. Planning du chantier : octobre 2011 à avril 2012. Montant des travaux : 377 000 euros HT. Financement : Etat (Fonds national d’art contemporain), mécénat Suez Environnement, Ville du Havre, Fondation du Patrimoine (mécénat de la Fondation Total), Rénofors.

Dépollution - Les ions chlorures piégés par une électrolyse

L’extraction des ions chlorures (Cl?) infiltrés dans le béton du Signal est réalisée grâce à une électrolyse. Petit rappel : l’électrolyse consiste à appliquer une différence de potentiel électrique entre deux électrodes (anode et cathode) afin de faire migrer de la matière chargée - des ions - de l’une vers l’autre à travers une solution conductrice, l’électrolyte. Ici, le treillis acier du béton armé de la structure est pris pour cathode. L’anode, elle, prend la forme d’un grillage en titane (métal non corrodable par les ions Cl?, contrairement à l’acier), positionné à 2 cm de la surface. Entre le grillage et la paroi de béton, on projette une pâte de cellulose humidifiée : c’est l’électrolyte. Après avoir vérifié la continuité électrique des armatures du béton, un générateur de courant continu est branché aux armatures (pôle -) et au grillage (pôle ), ce qui ferme le circuit : un courant compris entre 0,8 et 1 A par m² d’armature est alors injecté. « Pour assurer en tout point l’homogénéité du courant, et donc de la réaction, une connexion électrique était réalisée avec les armatures du béton tous les 20 m² », commente Carl Redon, directeur technique de Rénofors. Le mécanisme électrochimique est activé : les ions Cl?, attirés par les charges apparues sur l’anode, migrent vers elle. Pour que le processus ne s’arrête pas, la pâte de cellulose est continuellement humidifiée. Des carottages sont régulièrement effectués dans le béton pour mesurer le taux de chlorures résiduel. « Au bout de six semaines, la teneur en chlorures par rapport au poids de ciment, initialement de 0,5 %, était descendue en dessous de 0,1 %. » L’objectif était atteint. Il ne restait plus qu’à retirer le cataplasme de cellulose, « imbibé » d’ions Cl?, et à poursuivre la rénovation, achevée par l’application d’un enduit hydrofuge, empêchant la migration future des chlorures.

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