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Maisons individuelles : cette étude repense la rénovation énergétique
La rénovation globale devrait être privilégiée. - © © Région Grand Est

Maisons individuelles : cette étude repense la rénovation énergétique

le 18/06/2018  |  EnergieLogementArtisansRénovationApports, prêts, crédits immobiliers et assurances

A la demande de la ville de Montfermeil, l'Institut négaWatt, en partenariat avec la SEM Energies Posit'IF, a réalisé une étude sur de nouvelles méthodes pour favoriser les rénovations des maisons individuelles. Ses conclusions, présentées le 18 juin, recommandent des opérations complètes et proposent la création de prêts bonifiés unique.

L’autonomie énergétique de notre pays passe fatalement par la rénovation de son parc immobilier. Néanmoins, jusqu’à présent, toutes les mesures politiques prises en ce sens n’ont pas provoqué le raz-de-marée de chantier espéré, tout particulièrement dans le domaine du logement individuel. En effet, environ 8 millions de maisons ont été construites avant 1975 et mériteraient une remise à neuf.

L’Institut négaWatt, en partenariat avec la société d'économie mixte (SEM) Energies Posit’IF, a donc entrepris de réfléchir à de nouveaux moyens d’amener les propriétaires de ces bâtiments à réaliser des travaux. Le 18 juin, les deux organismes ont présenté les conclusions d’un rapport sur la question, réalisé pour la ville de Montfermeil, dans le cadre du plan d’investissements d’avenir « Ville de demain ». « Les passoires énergétiques sont vendues à un prix très abordable. Pour les acheteurs, la facture d’énergie devient rapidement une fracture énergétique. Cette situation exige un nouvel outil de rénovation du pavillonnaire, observe Xavier Lemoine, maire de Montfermeil. Nous avons souhaité une étude de portée nationale. Cela ne sert à rien qu’une ville se sauve si le territoire autour va mal. »

La rénovation « par étapes » inefficace

En premier lieu, les rapporteurs critiquent sévèrement la doctrine suivie par le gouvernement et ses prédécesseurs : « L’idée, largement partagée au niveau national, que le foisonnement de travaux énergétiques conduira naturellement à la performance se révèle être une illusion ».

Par rapport à une opération unique, la division d’une rénovation en plusieurs petits chantiers, parfois étalés sur plusieurs années, mène bien souvent à des coûts plus élevés et des économies d’énergie moindres. « La rénovation “par étapes” ne traite pas tous les aspects du problème. Elle ne permettra pas d’atteindre la performance du parc bâti fixé pour 2050, analyse Vincent Legrand, gérant de l’Institut négaWatt. Il faut donc rendre accessible la rénovation complète et performante en priorité aux ménages précaires. »

Le prêt remplace la facture

Toutefois, les rédacteurs sont conscients que cette rénovation complète n’est pas accessible à toutes les bourses. Ils recommandent donc de consacrer les fonds engloutis par l’énergie au paiement de mensualité d’un prêt d’un montant équivalent, ledit prêt finançant le chantier : « Cet équilibre de trésorerie permet de transformer des factures de chauffage, qui ne bénéficient pas au territoire ni au pays, en investissement pour l’emploi local », souligne le rapport.

En outre, la hausse du prix des énergies pèse ainsi moins lourdement sur le budget des ménages. Les occupants disposent aussi d’un habitat plus confortable. « Notamment la qualité de l’air. Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des bâtiments », précise Vincent Legrand.

Des structures à créer

Si cette théorie est louable, sa mise en pratique se heurte à un certain nombre d’obstacles. Lucide, le rapport énumère les conditions de sa réussite. Tout d’abord, les artisans locaux devront s’organiser en groupement afin de proposer des offres de rénovation complètes « et compétitives en terme de prix, remarque le gérant. Il est possible d’optimiser les coûts en groupant les travaux. »

Par ailleurs, les multiples mécanismes d’aide nationaux et locaux devront être invisible aux yeux des propriétaires pour ne former qu’un seul prêt bonifié. Cet outil financier pourrait se créer « sans mobiliser massivement de fonds publics complémentaires », note le rapport. Pour l’Institut négaWatt, les porteurs pourraient être variés : des entreprises de construction, des fournisseurs d’énergies, ou bien encore des SEM. Ces entités serviraient d'intermédiaire entre les nombreux dispositifs d'aide et les habitants. Celles-ci pourraient lier des partenariats locaux avec des banques pour fournir l’apport initial aux clients.

Enfin, ces opérations exigent un tiers de confiance de qualité, qui contrôlera l’efficacité des travaux, et un tiers de confiance de proximité, qui accompagne les propriétaires dans leur prise de décision. Ce dernier rôle est souvent tenu par les collectivités locales. « Je me souviens d’une entreprise qui proposait une isolation des combles à un euro. Il ne trouvait pas de clients, témoigne Xavier Lemoine. En tant que maire, j’ai donc donné rendez-vous à mes concitoyens pour leur présenter la société. Cent cinquante d’entre eux se sont alors déplacés. C’est donc à la municipalité d’impulser cette dynamique »

La dette liée au bâti

A ces observations s’ajoute une dernière recommandation audacieuse : l’attachement du prêt à la pierre et non plus à la personne. En cas de vente du bien, la dette est transférée à l’acheteur. « C’est une évolution essentielle pour la généralisation de rénovation complète, explique le gérant. Un grand nombre de ménages reste exclu du prêt unique, comme les personnes âgées, les occupants qui souhaitent déménagés à moyen terme, ou les foyers fortement endettés. L’attachement à la pierre rend accessible à tout le monde ce système. »

L’étude se conclut par un appel « à la mise en place rapide et coordonnée d’expérimentations locales » autour de ces propositions. Voilà une demande qui mériterait d’être entendue.

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