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Une cabine à l'assaut d'une façade monumentale

M. -D. A. |  le 16/02/2018  |  ArchitectureTechniqueParis

Architecture -

« Alors, ton ascenseur, tu le fais ? » L'architecte Eric Lapierre a souvent entendu cette question, depuis qu'il a remporté, en 2007, le concours pour la réalisation d'une résidence universitaire, rue de la Tombe-Issoire, à Paris (XIVe ). Il est vrai que la machine qui a suscité tant de curiosité est épatante. Sa petite cabine verte trace aujourd'hui sa route en extérieur, dans l'épaisseur de la façade du bâtiment, et grimpe une pente de 63 m de long avant d'atteindre le dernier étage. Cet ascenseur n'était pas « un délire d'architecte, promet Eric Lapierre, il était cohérent de le faire ainsi. » De même que des logements, conçus, eux, par les architectes Emmanuel Combarel, Dominique Marrec et Nasrine Seraji, la résidence est née de l'opération de reconstruction du centre-bus RATP du boulevard Jourdan. Ses 365 chambres sont posées au-dessus de nouveaux ateliers de maintenance et de deux niveaux de bureaux dédiés à la régie de transports. Dès lors, l'entrée des étudiants ne pouvait être placée au centre du bâtiment, mais devait être reportée à l'une de ses extrémités. De là démarrent des ascenseurs verticaux, mais ils desservent d'interminables couloirs dans cet immeuble de 100 m de long. Le modèle incliné a donc le mérite de rapprocher les étudiants de la porte de leur logement, quand ils emménageront dans quelques semaines.

Dose d'excentricité. Il a surtout l'intérêt d'apporter une dose d'excentricité à un programme ordinaire et très normé. « Nous voulions éviter de bâtir une barre percée de 365 fenêtres, donc hyperrépétitive », explique Eric Lapierre. En entaillant la façade, la voie de course de l'ascenseur casse l'aspect massif du bâtiment. Les colonnes de béton biseautées qui supportent les dalles de part et d'autre du circuit de la cabine, tout comme le plissage des fenêtres, ajoutent encore à l'allure sculpturale de la résidence. L'architecte souhaitait créer « un monument domestique », un édifice qui n'avait pas à rougir de sa proximité avec les chefs-d'œuvre de l'architecture du XXe siècle de la Cité internationale universitaire de Paris voisine. Sa résidence étudiante peut même s'enorgueillir d'être unique.

« J'avais proposé de supprimer l'ascenseur. Le maître d'ouvrage a répondu : “Mais vous n'y pensez pas !” »

« L'ascenseur, de par sa taille et sa position dans l'immeuble, est en effet très particulier », souligne Armand Laffineur, commercial pour Maspero. La société fabrique des « ascenseurs spéciaux depuis cinquante ans », et notamment des modèles inclinés. « Mais ceux-ci sont généralement destinés à des zones de relief, poursuit Armand Laffineur. A Paris, nous en avons aussi installé quelques-uns dans le métro. » A l'entendre, le dispositif de la résidence Jourdan n'était pas techniquement complexe à réaliser, « mais il a été entièrement conçu sur mesure ».

Ce joujou extra a donc un prix : sa fabrication et sa pose (frais d'entreprise générale inclus) ont coûté 350 000 euros HT. « Au cours des études, alors qu'il fallait économiser de l'argent, j'ai moi-même proposé de le supprimer, se souvient d'ailleurs Eric Lapierre.

La maîtrise d'ouvrage a répondu : “ Mais vous n'y pensez pas ! ” Tout le monde voulait cet ascenseur. » Pourtant la qualité principale du bâtiment réside ailleurs, dans la générosité de ses espaces collectifs. En tirant parti au maximum de l'épaisseur constructible sur la parcelle et en étirant les cellules d'habitation en longueur, Eric Lapierre a réussi à disposer des pièces communes en cascade dans la faille en diagonale de son bâtiment. Chaque palier desservi par l'ascenseur incliné est en réalité un lieu de vie de 40 m². Au total, 320 m² seront à la disposition des locataires. Le programme en prévoyait 80…

- Maîtrise d'ouvrage : Logis-Transports, groupe RATP.

Maîtrise d'œuvre : Eric Lapierre Experience, architectes. BET : Batiserf (structure), Bureau Michel Forgue (économie), Inex (fluides et environnement), Peutz (acoustique). Calendrier : concours en juin 2007 ; études de 2007 à 2014 ; chantier de 2015 à 2018.

Entreprise générale : Eiffage Construction. Surface de la résidence :

9 655 m² SP. Coût de construction de la résidence : 19,3 M€ HT.

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