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Une ancienne usine monte le son
A droite du hall d’entrée vitré, l’école de musique a pris place dans la halle de 1919. A gauche, l’extension de 1949 accueillera la future salle de diffusion. - © PHOTOS : FRANÇOIS BRIX

Une ancienne usine monte le son

Raphaëlle Saint-Pierre |  le 07/09/2018  |  UrbanismeCultureBâtimentOiseFriche

Equipement culturel -

Le nouveau pôle musical de Montataire (Oise) s'abrite sous une double halle des frères Perret.

La mairie de Montataire (Oise) désirait regrouper des activités disséminées dans toute la ville : une école de musique, une salle de diffusion et des studios d'enregistrement. Dans ce but, elle a racheté, au milieu d'une vaste friche industrielle, une double halle construite par les frères Auguste et Gustave Perret en 1919 et 1949, sans protection patrimoniale. « Notre commune compte parmi les plus pauvres de France. L'économie du projet est serrée mais financée à hauteur de 70 % par des subventions », détaille Pascal d'Incà, adjoint à l'urbanisme.

L'architecte belge Pierre Hebbelinck a remporté fin 2013 le concours de réhabilitation avec l'agence lilloise HBAAT et l'historien Joseph Abram, grâce au travail duquel la ville du Havre, reconstruite par Auguste Perret, avait été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. « Nous faisons appel à un historien pour tous nos projets, quels qu'ils soient », indique Pierre Hebbelinck. Les frères Perret étaient intervenus à Montataire à la demande de la société de machines agricoles Wallut, pour laquelle ils venaient de réaliser des docks à Casablanca (Maroc). « Leur statut d'entrepreneurs leur permettait d'accéder à des programmes industriels, explique Joseph Abram. La halle de 1919 appartient à cette série de projets qui leur a permis d'acquérir une maîtrise complète des structures en béton armé, sans laquelle ils n'auraient pu réaliser des œuvres aussi radicales que l'église du Raincy. » Les architectes chargés de la réhabilitation ont choisi de révéler les ossatures en supprimant le remplissage de maçonnerie, sans intérêt particulier puisque cette halle n'intégrait aucune volonté de représentation. Puis ils ont fait se succéder linéairement les trois équipements dans les halles aboutées avec, en position centrale, le hall d'accueil vitré et l'école de musique.

« La théorie d'Auguste Perret sur l'autonomie constructive de la structure offre des marges de manœuvre : dans le cas présent, la possibilité de loger dans le squelette de nouveaux organes correspondant aux nouveaux usages », précise l'historien.

Renforts structurels. Les grandes salles bénéficient de volumes en double hauteur pour favoriser l'acoustique et profiter de l'éclairage zénithal des verrières. La salle de diffusion, qui sera achevée dans un second temps pour des raisons budgétaires, s'inscrit dans l'axe longitudinal de la halle de 1949, laissant visible une succession de voûtes. A plusieurs endroits, l'implantation en retrait du pôle culturel libère des galeries.

« Nous avons profité de la totalité de la surface pour y intégrer du vide, en plan comme en volume, et mettre en valeur la structure avec notamment des espaces extérieurs à couvert, dont un préau devant l'entrée des studios d'enregistrement. Ce ne sont pas des surfaces perdues mais des espaces appropriables par les usagers, des lieux de rencontre », précise Heleen Hart (HBAAT). Le diagnostic structure avait révélé la nécessité de reprises d'effort. Des tubes, des échelles et des tirants métalliques viennent donc relier des éléments porteurs en façade comme à l'intérieur. « Tous les renforts structurels sont en acier thermolaqué blanc pour distinguer notre intervention de celle des frères Perret », indique Heleen Hart.

La réparation des bétons, dont les fers étaient sortis des enrobages en certains points, reste lisible. « Nous n'avons pas cherché à les reconstituer parfaitement : nous avons juste soigné, pas embelli », ajoute-t-elle. Les façades du pôle sont simplement couvertes d'un enduit blanc et ses toitures d'une membrane bitumineuse pailletée gris clair pour donner l'illusion, de loin, d'une continuité entre les surfaces. « Notre palette de matériaux est la plus étroite possible, c'est notre philosophie », détaille Pierre Hebbelinck.

Effet de masse. A l'intérieur, tout est laissé brut : le sol en béton quartzé, les panneaux de fibres de bois et les murs en parpaings avec des joints de finition un peu sablonneux dont la teinte se fond dans celle des blocs pour créer un effet de masse. « Cela participe de notre volonté de conserver l'atmosphère industrielle du lieu et la mémoire des usages précédents, tout en réalisant un bâtiment qui fonctionne aux plans acoustique et spatial », complète Heleen Hart.

Maîtrise d'ouvrage : commune de Montataire. Maîtrise d'œuvre : Atelier d'architecture Pierre Hebbelinck ; HBAAT Heleen Hart et Mathieu Berteloot (chargés de projet) ; Joseph Abram (historien) ; Pierre Toby (artiste). BET : Egis (structure et fluides), PHD Ingénierie (économiste), Kahle Acoustics (acousticien), Verdi Ingénierie (stabilité). Entreprises : Sogea Picardie (gros œuvre étendu), Bridault Solutions (couverture, étanchéité), Loison (menuiseries extérieures).

Calendrier des travaux : de l'automne 2016 à l'hiver 2018.

Surface : 3 084 m² Shon. Montant des travaux : 4,6 M€ HT.

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