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Un urbanisme en blouse blanche pour des citadins en meilleure forme
Créé en 2012 dans un quartier cosmopolite de Copenhague (Danemark), Superkilen est la référence du parc urbain qui invite à « vivre ensemble » - © IWAN BAAN

Un urbanisme en blouse blanche pour des citadins en meilleure forme

Fabrice d'Orso |  le 19/10/2018  |  SantéArchitectureAménagement

A l'heure où 75 % des Français vivent en ville, les politiques d'aménagement deviennent des enjeux de santé publique.

Pollution, stress, sédentarité, isolement, exposition au bruit, aux ondes ou aux perturbateurs endocriniens… Alors même que la population urbaine ne cesse d'augmenter, les villes conservent cette réputation de nuire à la santé de leurs habitants. Mais un milieu qui concentre tant de maux peut-il évoluer pour créer un environnement plus favorable ? La question taraude au-jourd'hui élus, aménageurs, urbanistes, architectes, médecins ou géographes et les rencontres, colloques et séminaires sur ce thème se multiplient. Autant de réflexions qui privilégient une approche pluridisciplinaire, à l'échelle de la ville.

L'heure est donc au rapprochement : après des décennies d'ignorance réciproque, les mondes de la santé et de l'urbanisme collaborent à nouveau. « L'urbanisme naissant de la fin du XIXe siècle s'était en effet construit pour répondre à des préoccupations de santé publique, rappelle Catherine Clarisse, enseignante à l'école natio-

nale supérieure d'architecture de Paris-Malaquais. Il fallait alors lutter contre l'insalubrité et les miasmes, mettre fin à des fléaux tels que le choléra ou la tuberculose. Urbanistes et médecins ont assaini et aéré la ville : grandes percées haussmanniennes, création des réseaux souterrains, gestion des ordures, aménagement d'espaces verts… Ces principes ont longtemps porté l'évolution de l'urbanisme et de l'architecture. » Ces liens se sont ensuite distendus avec la découverte de la pénicilline et la mise au point des vaccins. Pensant tout guérir par les seuls soins, la médecine triomphante a alors fait fi du contexte, de l'environnement. Plus tard, la révolution automobile a redessiné la ville, entérinant des choix encore lourds de conséquences en matière de santé publique.

Maladies de civilisation. Pour que le dialogue reprenne, il aura fallu l'apparition de nouveaux maux : ces fameuses maladies de civilisation, intransmissibles mais tout aussi dévastatrices que les infections anciennes, que sont cancers, diabètes, maladies cardiovasculaires, hypertension, asthme, stress, dépression… Ou bien encore le surpoids excessif. Deux chercheuses américaines viennent en effet de mettre au point un algorithme qui permet d'établir une forte corrélation entre l'environnement urbain et le taux d'obésité de la population. Il est pourtant possible de limiter l'impact et la progression de ces pathologies chroniques en intervenant sur le cadre de vie.

C'est ainsi que la question de la santé a réinvesti la ville, avançant d'abord de façon masquée, sous couvert d'élan environnemental. Grâce au réseau des « villes santé » de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), quelques métropoles d'avant-garde ont commencé à échanger leurs expériences à l'aube des années 1990. Aujourd'hui, toutes les communes, petites, moyennes ou grandes, sont concernées. Les enjeux, il est vrai, sont également financiers. Alors que, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), les dépenses annuelles de santé frisaient les 3 000 euros par habitant en 2017 en France, la prévention devient une priorité.

« Le manque d'activité physique tue autant que le tabac. » François Carré, cardiologue du sport.

Villes pionnières. Si la santé ne fait pas partie des compétences des communes, il est désormais admis que seul l'espace urbain permet d'appréhender ces problématiques de prévention dans leur globalité. Les documents d'urbanisme évoluent en conséquence, pour aller au-delà des aspects du seul environnement naturel (eau, air, sol… ). Quelques villes pionnières ont ainsi récemment mené une évaluation d'impact sur la santé (EIS) pour anticiper les conséquences de leurs projets d'aménagement : Lille, dans le cadre de la reconversion de l'ancienne friche ferroviaire du quartier Saint-Sauveur, ou pour réduire la vitesse sur une autoroute urbaine passant à proximité de HLM dans le faubourg de Béthune ; Strasbourg, pour évaluer les nuisances liées à l'augmentation de la population dans le nouveau quartier de la ZAC des Deux-Rives. A Rennes, le futur PLUi intègre un axe stratégique intitulé « Construire une Métropole du bien-être au service de ses habitants intégrant la santé et la gestion des risques ».

Pour que la santé devienne une composante des projets, les solutions ne manquent pas : des arbres sont plantés pour contribuer à assainir l'air ; de nouveaux dispositifs de filtration ou de rétention des eaux de ruissellement polluées sont testés ; des microcapteurs permettent désormais d'affiner l'analyse de la qualité de l'air (lire p. 72-73).

Et que d'efforts sont aujourd'hui déployés pour réadapter la ville à la marche, au vélo et aux autres modes de circulation actifs, alors que tout l'aménagement des Trente Glorieuses avait été pensé pour la voiture. Bouger est en effet le meilleur moyen se maintenir en bonne forme. « Le manque d'activité physique tue autant que le tabac, alerte François Carré, cardiologue du sport au CHU de Rennes et ambassadeur de la Fédération française de cardiologique. La sédentarité - le fait de rester longtemps assis chez soi, au travail ou dans sa voiture - a aussi des conséquences désastreuses. » L'OMS préconise donc trente minutes d'exercice quotidien, mais seuls 25 % des Français appliquent cette consigne.

En plus d'inciter leurs habitants à se dépenser davantage, les villes les poussent à manger mieux. Fruits et légumes sont désormais plantés sur les toits, dans des conteneurs, dans des fermes verticales ou même dans d'anciens parkings. Il est clair que l'on ne vise pas une - impossible - autosuffisance alimentaire. Mais ces expériences, en plus de favoriser l'accès à des produits sains, ont une grande valeur pédagogique. Il reste un dernier territoire à conquérir, et non des moindres : le bien-être des citadins, condition même de leur bonne santé. Cette question est posée sur la place publique, et sur la conception même des espaces. Un environnement apaisé, stimulant, ouvert, est assurément propice à l'épanouissement de chacun.

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A Xi’an, en Chine, des escaliers sont transformés en claviers géants afin de les rendre plus attractifs que les escalators. - © VISUAL CHINA GROUP / GETTY
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Depuis juin dernier, un potager de 2 500 m² s’épanouit sur les toits de l’opéra Bastille, à Paris. Il est exploité par la start-up Topager dans le cadre de l’appel à projets « Parisculteurs », qui soutient le développement de la végétalisation et de l’agriculture urbaines. - © GUILLAUME BONTEMPS - MAIRIE DE PARIS

« Pathogène, la ville est aussi source de solutions »

Pourquoi devient-il urgent de traiter les problématiques de santé à l'échelle de la ville ?

Notre santé est déterminée par notre héritage génétique, notre accès aux soins, mais aussi par des facteurs sociaux, culturels, économiques et environnementaux.

L'influence de notre mode de vie est primordiale : où vivons-nous et où travaillons-nous ? Que mangeons-nous ?

Le paradoxe est que la ville est à la fois pathogène et source de solutions. Il est donc urgent de proposer un cadre de vie plus sain, moins anxiogène. Il faut aménager en ménageant l'homme et son environnement.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

De plus en plus de villes commencent à inclure cette dimension santé dans leurs projets urbains : Paris avec son plan Paris Santé Environnement ou Londres avec son programme Better Health for London. Les évaluations d'impact sur la santé et les collaborations transversales se multiplient.

Quels choix peuvent être faits pour rendre la vie des citadins plus saine ?

Favoriser les modes actifs de mobilité, comme la marche ou le vélo, apporte un double bénéfice : l'exercice améliore le capital santé et l'air que nous respirons est moins pollué.

Mais il ne suffit pas de faciliter les cheminements avec des trottoirs plus larges, des itinéraires ou des pistes cyclables sécurisés. Les habitants auront réellement recours à la marche si la densité de services et de commerces autour de leur domicile ou de leur lieu de travail représente un réel attrait. Par ailleurs, la relation entre l'état de santé et la proximité d'éléments naturels est largement documentée.

La nature réduit le stress, la fatigue mentale et le sentiment de solitude. Quant à l'agriculture urbaine, encore émergente, elle participe à une alimentation plus saine et possède un rôle pédagogique, notamment auprès des plus jeunes.

Vous avez participé à une étude sur le niveau de bien-être des Lyonnais. A quoi cela sert-il ?

A mieux connaître les désirs des habitants et à vérifier si les actions menées ont un impact positif. Ces évaluations peuvent aussi guider les choix d'aménagements futurs.

L'étude que nous avons menée à Lyon, dans les 6e et 7e arrondissements, montre que, pour 71 % des personnes interrogées, bénéficier d'un environnement sain constitue l'un des dix éléments les plus importants nécessaires à leur bien-être.

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Lise Bourdeau-Lepage, professeur de géographie, université Jean-Moulin Lyon 3. - © VANESSA RICCI

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