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Un signal électrique met les digues à nu
PHOTO - 13633_830213_k2_k1_1953728.jpg - © PHOTOS : BRGM

Un signal électrique met les digues à nu

Sylvie Luneau |  le 22/06/2018  |  Haut-RhinOuvrage d'art

Le département du Haut-Rhin fait appel à une méthode non intrusive pour modéliser les risques le long de deux rivières.

Les gestionnaires connaissent techniquement mal leurs digues, pourtant vieilles de 200 à 300 ans. Ce ne sera bientôt plus le cas du conseil départemental du Haut-Rhin qui a la charge de 250 km de digues depuis trente ans. Maître d'ouvrage délégué pour les syndicats de rivières, la collectivité s'est penchée sur la question des risques, dans le cadre de l'élaboration des études de danger (lire ci-dessous) . Elle a ainsi demandé au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) de modéliser et de cartographier l'aléa d'instabilité des digues de deux rivières, l'Ill et la Lauch. « Les phénomènes de rupture de digues sont mal connus car peu fréquents. Cette étude nous permettra d'avoir une approche déterministe et non plus probabiliste, pour mieux évaluer le risque d'érosion interne », développe Nicolas Kreis, chef du service rivières et barrages au département.

Pour mesurer cet aléa, les géologues utilisent habituellement et uniquement des sondages géotechniques. Mais ce procédé coûteux fragilise la digue et n'en donne qu'une vision partielle, car il se limite à la zone autour du forage. Une nouvelle méthode a donc été lancée par le BRGM au printemps 2017. Son coût : près de 86 000 euros HT auxquels s'ajoutent près de 24 000 euros d'études géotechniques complémentaires.

Modèle en 3D. « Nous émettons dans le sol un signal électrique ou mécanique qui nous renvoie une information sur le matériau constituant la digue et sa structure », explique Kévin Samyn, directeur régional délégué du BRGM Grand-Est. Capable de collecter des données jusqu'à 15 m de profondeur, cette méthode serait plus fiable pour détecter les risques de renardage (infiltrations qui déstabilisent la structure). Elle permet par ailleurs « l'investigation à grand rendement d'un linéaire important, complète-t-il. A partir de ces paramètres, nous créons un modèle en 3D. En appliquant un algorithme spécifique, nous simulons numériquement une crue pour voir si la digue pourrait la supporter ».

L'étude a d'abord caractérisé le réseau de digues. Puis, des forages de contrôle ont été menés. Aujourd'hui, l'heure est à la modélisation, pour aboutir à une cartographie géotechnique en 3D à l'automne. Objectif : donner des indications au maître d'ouvrage pour réaliser des travaux de confortement ou un suivi particulier. Si cette nouvelle méthode est validée, elle aura vocation à se déployer, via le BRGM, sur les digues fluviales et maritimes. « Par nature, la digue est considérée comme dangereuse, car pouvant rompre.

Cette doctrine de l'Etat impacte fortement les PLU, via les plans de prévention des risques inondation (PPRI), note Nicolas Kreis. Or, il est impossible de construire juste derrière des digues, sauf s'il est démontré qu'elles peuvent résister à une crue centennale. » Le défi est donc de taille, car la sécurité de ces ouvrages a de fortes répercussions sur l'aménagement du territoire. Et ce challenge devra être relevé par les seules intercommunalités qui exercent, depuis le 1er janvier (1), la compétence de gestion des eaux, des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi).

6 000 km de digues en métropole. 10 à 20 M€ : coût annuel de leur entretien courant. Source : Cepri.

Le rôle clé des études de danger

Obligatoires depuis juillet 2017, les études de danger engagent le gestionnaire de digues sur un niveau de protection, lequel est déterminé en fonction des aléas et d'un périmètre donné.

Des critères à définir précisément puisque les études de danger déterminent les possibilités de construction derrière la digue et la responsabilité en cas de rupture. Depuis la loi Gemapi, l'intercommunalité en est exonérée si la digue casse au-delà de ce niveau. Mais si c'est l'inverse, sa responsabilité sera recherchée.

(1) Sauf exceptions jusqu'en 2020, comme dans le Haut-Rhin.

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