En direct

UN SALON DE MAISONS DANS L'ESSONNE EN 1966

Par Jean-François Cabestan et Maevy Steinkampf |  le 24/05/2018  |  ImmobilierLogementArchitectureTechniqueBâtiment

Sous l'égide du ministère de l'Equipement, les « villagexpos » concrétisent, au milieu des années 1960, une forme d'utopie en matière de logement individuel. Leur conception se fonde sur une exposition grandeur nature pour recruter des habitants, et sur l'invention d'un cadre de production et de médiatisation inédits. L'expérience la plus aboutie est la première, celle de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), où s'acclimatent à la campagne des appartements de plain-pied. Michel Andrault et Pierre Parat sont les auteurs d'un plan-masse original, dont le volet paysager doit sans doute beaucoup à Jacques Simon. Si le nom de l'opération fournit le toponyme de l'ensemble, pour les habitants, c'est « le Village ». Au centre de la composition, le hall d'exposition, longtemps utilisé comme salle polyvalente, s'est acquis le rôle de repère, confirmé par la construction d'une école et de logements pour les instituteurs, tous trois conçus par Jean Prouvé. Ils ajoutent à la dimension patrimoniale de cette production des Trente Glorieuses.

En 1965, l'Etat établit le schéma directeur d'aménagement de la région parisienne (SDAURP), qui définit des grands axes d'urbanisation et favorise la création de villes nouvelles. Deux ans auparavant, était lancé un concours - « Villages urbains » - qui s'adressait aux architectes âgés de moins de 35 ans et prévoyait la construction de 800 maisons individuelles et 200 logements collectifs, inspirés des cités-jardins. Celui-ci étant jugé infructueux, une nouvelle consultation a lieu en 1965, intégrant une sélection de 20 constructeurs, auxquels sont attribués des lots de dix maisons. L'objectif est de construire 200 maisons, financées à parts égales par des crédits HLM et des prêts du Crédit foncier.

L'opération revêt la forme d'un salon d'architecture domestique à ciel ouvert, innovant tant sur le plan architectural et urbanistique que commercial. Pérenne, elle est également destinée à attirer des visiteurs et à séduire d'éventuels acquéreurs. De nouveau jugé décevant, notamment en raison des insuffisances techniques et de l'absence remarquée de réflexion sur les modalités du groupement des maisons, le concours est reporté à l'année suivante. Renommé « Villagexpo » et implanté à Saint-Michel-sur-Orge, l'événement sera inauguré en septembre 1966 en présence du Premier ministre, Georges Pompidou. Les politiques affirment qu'au-delà de la démonstration technique, l'expérience répond à l'enjeu de planification urbaine et de diversification de l'offre d'habitat. Médiatisé, Villagexpo s'attire partisans et détracteurs. Parmi ces derniers, Georges Candilis fustige une conception qui dédaigne l'apport des cités radieuses.

Entre grands ensembles et pavillonnaire

En imposant des normes HLM et un prix de revient comparable à celui de l'habitat collectif, les pouvoirs publics entendent fonder un droit à l'habitat individuel et à l'accession à la propriété, facteur de paix sociale. L'enjeu est bien de tester une voie médiane d'occupation du territoire, à mi-chemin des grands ensembles et du pavillonnaire, respectivement décriés par les sociologues et les urbanistes. Il s'agit également d'engager le principe d'une gouvernance des collectivités locales propre à contrer la fièvre spéculative qui, dès cette époque, et hors de tout contrôle, s'empare de l'habitat individuel. Procédés constructifs, esthétique architecturale, réflexion sur l'économie et le cadre de la production vont de pair avec un renouvellement des typologies d'habitation et de l'environnement urbain. L'exposition est par ailleurs l'occasion de promouvoir la standardisation et la normalisation de la production du pavillonnaire, de démontrer que la préfabrication n'engendre nullement une perte de qualité. On s'attache à prouver qu'il est possible de porter la densité des lotissements à la jauge de 25 foyers par hectare, tout en maintenant bien-être collectif et faculté de retranchement. Porté par la Coopérative d'habitations à loyers modérés d'Ile-de-France et plusieurs organismes sociaux, le principe de la location-attribution rend accessible le rêve de la maison individuelle. Pour Georges Pompidou(1) , « il faut chercher, il faut avoir des formules, de façon à finir par découvrir celles qui plairont aux personnes et surtout celles qui, pour les hommes de l'art, de l'urbanisme, pour les architectes, apparaîtront comme les meilleures à reproduire et à reproduire en de nombreux exemplaires ». Si l'organisation spatiale des maisons en hameaux favorise les relations de voisinage dans un cadre de vie paisible, l'absence de commerces et d'équipements de quartier constitue une lacune. De fait, les Villagexpos(2)

demeureront à l'écart des noyaux urbains auxquels ils se juxtaposent. A Saint-Michel-sur-Orge, le pavillon d'exposition converti en salle polyvalente et l'école Jules-Verne pondèrent cet effet d'enclavement.

Importation du modèle américain

L'engouement pour le pavillonnaire dans les années 1960 correspond aussi à l'apparition d'un nouveau modèle culturel : l'american way of life. En 1963, l'implantation en France du constructeur Levitt & Sons, dont la production cible la classe moyenne émergente par le biais de campagnes publicitaires, favorise cette appropriation de l'habitat individuel d'outre-Atlantique. On observe alors un phénomène d'hybridation entre, d'une part, l'isolement de la maison de plain-pied, les pelouses, les garages intégrés et le living-room américains et, d'autre part, les menuiseries à petits carreaux, les toits à deux pentes et le jardinet fleuri français. Les builders sont à l'origine d'une nouvelle typologie de l'habitat que colportent « les Nouveaux Villages », qui devancent immédiatement les Villagexpos. Construits en grande couronne - et même s'ils nécessitent deux voitures par foyer -, ces ensembles en rase campagne remportent un vif succès.

Signe de sa position hégémonique, on trouvera une maison Levitt & Sons dans le cadre de Villagexpo, présentée toutefois hors concours en raison du non-respect des normes HLM. En France, la construction individuelle est dominée par un mode de production artisanal, issu de l'activité de constructeurs et de lotisseurs de petite envergure. Il s'agit de faire pièce aux builders et à la forme urbaine que génèrent les typologies américaines. Fondée en 1961, Interapro participe à Villagexpo avec des maisons de plain-pied imbriquées de manière à créer des patios intérieurs. D'une réflexion à caractère typomorphologique résulte une possibilité de densification de l'habitat, accompagnée d'une redéfinition de la voirie et de la complémentarité des espaces publics et privés.

L'exposition en 1966

« Près de 200 pavillons construits dans un délai et à des prix record », titrait Le Monde du 30 août 1966. C'est en effet une performance : 110 jours de chantier, 250 000 visiteurs, 187 maisons réparties en 22 typologies de 4 à 7 pièces, dont 44 seront accessibles à la visite, du 23 septembre au 14 novembre. Villagexpo est tout d'abord pensé comme une exposition destinée aux professionnels, et la présentation à l'échelle 1 de prototypes de maisons n'est pas nouvelle. Avant-guerre, l'Exposition de l'habitation organisée en marge du Salon des arts ménagers en [...]

Cet article est réservé aux abonnés AMC, abonnez-vous ou connectez-vous pour lire l’intégralité de l’article.

Déjà abonné

Saisissez vos identifiants

Mot de passe oublié ?
Se connecter

Pas encore abonné

En vous abonnant au Moniteur, vous bénéficiez de :

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index

Commentaires

UN SALON DE MAISONS DANS L'ESSONNE EN 1966

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX