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Un petit séisme bien utile

DOMINIQUE ERRARD, JEAN-CHRISTOPHE NOUGARET, REMY MARIO |  le 02/03/2001  |  Collectivités locales

Des mesures étaient en cours pour l'élaboration du plan de secours de Nice

Vent de panique sur la Côte d'Azur le dimanche 25 février au soir : quelques secondes après la secousse tellurique (4,9 sur l'échelle de Richter) ressentie de l'agglomération niçoise jusqu'aux Bouches-du-Rhône, un millier d'appels a submergé le centre de secours de Nice.... sans qu'aucun dégât matériel ne soit à déplorer.

« L'accident tectonique s'est produit dans le golfe de Gênes, sur une faille active et connue. Le phénomène n'a rien d'exceptionnel et à ce niveau de magnitude, la récurrence est de l'ordre de cinq à six ans », analyse Anne Deschamps, responsable du réseau de surveillance sismique pour la région PACA. « Il est plutôt positif car il permet de libérer de l'énergie dans une zone de sismicité moyenne », confirme Jean-Pierre Méneroud, responsable du secteur sismique au sein du CETE Méditerranée de Nice.

En deçà du risque de destruction

Bien que sans dégâts apparents, l'événement a-t-il pu porter atteinte au bâti et, éventuellement, le fragiliser ? « A ce niveau d'intensité, nous sommes en deçà du risque de destruction des bâtiments », rappelle Marc Garnier, directeur technique du département construction de Bureau Veritas. Les niveaux d'accélération enregistrés ont été insuffisants et restent, semble-t-il, dans le domaine de la sollicitation élastique des structures qui peut être absorbée sans conséquence. Il en va tout autrement lorsque le séisme est violent et les niveaux d'accélération importants. Les déformations subies (le domaine plastique), si les méthodes constructives n'ont pas été adaptées, peuvent entraîner de graves affaiblissements.

Classée en grande partie zone II, la construction dans le département doit aujourd'hui respecter les normes parasismiques PS 92 - très exigeantes -, surtout applicables depuis 1997 (1). « Le respect de la réglementation parasismique dans le collectif remonte à 1983 dans la région, et même bien avant pour certaines constructions », se défend Jean-Marie Ebel, président de la fédération Côte d'Azur-Corse des promoteurs-constructeurs.

C'est surtout dans le domaine de la maison individuelle et du secteur diffus que le parasismique a aujourd'hui du mal à s'imposer. Le dernier séisme important dans le golfe de Gênes remonte à 1887 et avait fait une centaine de morts en Italie, des victimes également dans le pays mentonnais et des dégâts matériels dans la région niçoise.

Etablir la vulnérabilité des quartiers

L'événement confirme en tout cas les recherches actuelles de ces experts. Le CETE de Nice, seul laboratoire des Ponts et Chaussées au plan national à intervenir dans ce domaine, a en charge, en vue de l'élaboration d'un plan de secours adapté, la mise au point d'un scénario sismique dans la capitale azuréenne. « Le séisme de référence est précisément localisé là où il s'est produit dimanche. Nous travaillons sur une hypothèse de séisme plus violent, de niveau 6. L'enjeu est de cerner les différences de propagation et de réaction des sols dans la ville et d'établir, en liaison avec celles-ci, la vulnérabilité des quartiers, de certains bâtiments et la répartition des désordres. Nous sommes dans le bon scénario » poursuit Jean Pierre Méneroud.

Cette étude, coûteuse (plus de 760 000 euros, soit 5 millions de francs), cofinancée par le ministère de l'Equipement, de l'Environnement et la ville de Nice, devrait aboutir courant 2002. Fondée sur des modélisations mathématiques et l'enregistrement de données environnementales et spectrales (à partir d'un réseau de stations accélérométriques), elle doit permettre de déterminer, sur le territoire étudié, les effets de sites et de d'établir à partir de micro-zonages, en cas de séisme violent, les destructions potentielles. Précieux lorsqu'il s'agit de porter très rapidement secours à des milliers de personnes qui pourraient se retrouver sans abri...

(1) Lire également « La construction parasismique, seul gage de sécurité », dans « Le Moniteur » du 27 août 1999, page 16.

CARTE :

Carte historique des séismes. L'épicentre du séisme du 25 février est situé sur la faille principale du golfe de Gênes, face à Nice, sur une structure tectonique connue. La région Côte d'Azur et l'Italie proche recèlent plusieurs zones sismogènes.

PHOTO :

Les effets enregistrés en bord de mer sont 400 fois supérieurs à ceux relevés sur les collines.

Avis d'expert «Plein d'enseignements» Wolfgang Jalil, président de l'Association française du génie parasismique (AFPS).

« Le séisme du 25 février à Nice a été d'une intensité moyenne de 4,6 à 4,9 sur l'échelle ouverte de Richter. Son épicentre se situait à 30 km de la côte et à 8 km de profondeur. Les effets en ont été ressentis jusqu'à Draguignan, dans l'intérieur des terres, et jusqu'à Imperia en Italie. C'est tout à fait normal, car l'homme ressent les secousses dès un millième de G (accélération de la pesanteur).

Le bâti, lui, n'a pas été touché, pas plus les structures que les balcons ou corniches, ou alors de manière très mineure. En effet, l'accélération enregistrée par l'AFPS n'a atteint que 2 % de G (un indice sans corrélation avec l'échelle ouverte de Richter). Les immeubles répondant à l'arrêté du 29 mai 1997 fixant un seuil de résistance à 25 % ne craignaient donc rien, ni les autres, même les plus anciens. Et il n'y aura très certainement pas d'effets cachés, sauf, peut-être, d'ici à quelques jours, d'éventuels tassements du sol dans certaines zones liquéfiables. Les enseignements scientifiques des relevés effectués, notamment sur les effets de site confirment ceux du séisme d'Annecy, notamment sur le rôle de filtre du relief. Ainsi, les mesures en centre-ville, dans la plaine du Paillon, montrent une accélération quatre cent fois supérieure à celle enregistrée sur le Mont-Boron, qui se trouve à l'est du port. »

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