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Un passage obligé ... et calculé

PATRICE DROUIN, DOMINIQUE LE ROUX, VIRGINIE BESSON |  le 09/05/1997  |  TravailEntreprisesFrance entièreEuropeAlpes-de-Haute-Provence

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Toutes les entreprises du BTP ou presque font appel à l'intérim pour faire face au surcroît d'activité. Elles y recourent de façon plus calculée qu'auparavant et gèrent au plus près leur nombre d'intérimaires.

Les professionnels du travail temporaire sont formels : l'activité repart dans l'intérim. « Après une baisse l'an passé de 5 % du nombre de salariés intérimaires par rapport à 1995, nous enregistrons, relève le Promatt, l'un des deux syndicats professionnels de la branche, une augmentation de 9 % du nombre d'intérimaires au cours du premier trimestre 1997. » Même constat de la part de l'Unett, l'autre syndicat patronal du secteur du travail temporaire : « Le marché de l'intérim a connu un redressement sensible au cours du premier trimestre 1997 ( + 7 %). Cette évolution traduit essentiellement l'accélération de la demande de main-d'oeuvre intérimaire dans les branches industrielles tournées vers l'export ainsi que dans le tertiaire. Dans l'automobile et le BTP, la demande a souffert de la faiblesse de l'activité et des réductions d'effectifs ».

Certes, l'activité reste atone, mais toutes les entreprises de travail temporaire (ETT) l'attestent : le BTP sort peu à peu de sa léthargie et entame en ce début d'année une lente convalescence. De ce point de vue, l'intérim est un bon baromètre. Malgré cette amélioration, la direction des affaires internationales et économiques du ministère de l'Equipement (DAEI) prévoit une nouvelle baisse du recours à l'intérim cette année mais moins accentuée qu'en 1996 (voir graphique).

Le BTP : traditionnel utilisateur de l'intérim

De tout temps, le recours au travail temporaire a fait partie de la « culture » du BTP. La saisonnalité de l'activité avec les pointes d'activité l'été, les contraintes liées aux chantiers, les impondérables durant leur exécution..., rares sont les entreprises du secteur qui n'ont pas eu recours à ce mode de gestion du per- sonnel. Comme l'explique Henri-Edgard Mas, P-DG de l'entreprise générale de BTP et de génie civil du même nom (550 millions de francs de chiffre d'affaires, 680 salariés), dont le siège est à Pau, « l'intérim est devenu une obligation pour ce secteur d'activité qui doit gérer une double contrainte : la nécessité de ne pas trop gonfler les effectifs du fait d'une conjoncture difficile ; l'obligation de réaliser rapidement des travaux dont le volume est presque toujours en dents de scie ». Cette importante entreprise paloise fait appel en moyenne tous les ans à quelque 80 intérimaires, essentiellement des ouvriers qualifiés, parfois des chefs d'équipe.

D'autres sociétés en font de même afin de ne pas avoir à gérer des sureffectifs en période de basse conjoncture. « Nous devons en effet faire preuve de prudence en matière de recrutement », constate Alain Monnier, directeur du personnel de Colas Midi-Méditerranée, entreprise routière de 1 400 personnes qui compte en moyenne une centaine d'intérimaires. « Trop nous charger sur le plan social serait une grave erreur », remarque pour sa part Alain Dardaine, directeur administratif et financier de Sateco, PME spécialisée dans les coffrages et implantée à Mirebeau, dans la Vienne (82 millions de francs de chiffre d'affaires, 144 salariés). Comme en 1996, cette société va utiliser cette année les services d'une bonne quinzaine d'intérimaires (50 % de soudeurs, 50 % d'ouvriers spécialisés, très occasionnellement des dessinateurs-projeteurs).

Une gestion au plus près des chantiers

Le prolongement de l'A51 de Sisteron à La Saulce (plus d'un milliard de francs, achèvement fin 1998), le « chantier du siècle » pour les départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes qu'il traverse, est un bon exemple. Actuellement réalisé aux deux tiers, il a mobilisé ces derniers mois jusqu'à 600 personnes ; un niveau qui est retombé à présent à 400 à 500 personnes.

« Contrairement à ce que l'on attendait, les recrutements liés au chantier n'ont pas été très significatifs, souligne-t-on à l'ANPE de Gap. En fait, les entreprises adjudicataires, nationales ou locales, sont venues avec leur personnel, notamment au plan de l'encadrement et ont ensuite, selon leurs besoins, recouru à l'intérim. C'est plus cher mais moins contraignant ». On estime qu'au plus fort du chantier le personnel intérimaire représentait près de 20 % des effectifs ; actuellement cette proportion est retombée à environ 15 %, mais peut atteindre 30 % pour les travaux de grands terrassements et d'assainissement ou pour les ouvrages d'art classiques.

« Le phénomène marquant est que les entreprises ont demandé du personnel assez qualifié : des coffreurs bancheurs jusqu'au chef d'équipe, des conducteurs d'engins pour les terrassements, des maçons pour les travaux de VRD. Puisqu'elles recherchaient du personnel local, on peut dire que tous les coffreurs disponibles du département ont travaillé sur l'A51 ! » explique Eric Gorde, responsable de l'agence Adecco de Gap.

Si le BTP représente toujours entre 15 et 20 % de l'activité des entreprises de travail temporaire, une évolution s'est faite jour ces dernières années en partie sous l'effet de la crise. Le recours au travail temporaire est bien évidemment tributaire du carnet de commandes des entreprises concernées. La société Jaulard (groupe Dumez-GTM), implantée à Parcay-Meslay (Indre-et-Loire) et spécialisée dans les monuments historiques, l'illustre bien. « Nous avons dû licencier 9 de nos 44 salariés », constate amèrement Marc Ropital, le directeur des travaux de cette PME qui a réalisé 17 millions de francs de chiffre d'affaires en 1996. «Nous ne sommes donc plus en mesure de faire appel à des tailleurs et à des poseurs de pierre intérimaires» ... Car la loi interdit à une entreprise qui a procédé à un licenciement économique de recourir durant six mois à l'intérim.

Sur le chantier du Stade de France également, le recours à l'intérim est dans la mesure du possible limité. «Etant donné que certaines tâches ont été « décalées » dans le temps, le recours à l'intérim est loin d'être terminé, déclare Jean-Charles Dupin, DRH du Consortium Stade de France, d'autant que les délais sont très serrés. Mais le nombre des intérimaires a été réduit pour le gros oeuvre et devrait le rester pour le second oeuvre.» Priorité est donnée au personnel des entreprises membres du consortium (Bouygues, GTM-Entrepose et SGE).

«L'activité du BTP nous est évidemment défavorable, constate Olivier Rebeyrolle, coordonnateur BTP de Manpower pour la région Ile-de-France. Toutes les entreprises du BTP réduisent leurs effectifs et les chantiers se font, sous la pression des maîtres d'ouvrage, dans des délais de plus en plus courts. Dans le bâtiment, nous constatons un léger mieux sur le premier trimestre 1997 ; quant aux TP, c'est la Bérézina ; faute de fonds publics, l'activité est atone.»

«Du fait de leur difficulté de trésorerie et d'activité, les entreprises du BTP adoptent une gestion des ressources humaines plus rigoureuse qu'auparavant, note Martine Micheli, directrice France-Est de Synergie, quatrième groupe de travail temporaire. Elles jouent davantage sur la flexibilité interne, la mobilité inter entreprise. Bon nombre d'entreprises signent des accords d'annualisation qui leur permettent de réduire le volant d'intérimaires en période de haute activité.» Selon Jean-Etienne Souciet, directeur du développement d'Adia,«les entreprises du BTP ont appris à mieux gérer avec la crise, chaque ligne de dépenses est analysée, les salariés permanents sont plus mobiles».

«Pour l'essentiel les entreprises nous demandent du personnel ouvrier pour faire face à un surcroît exceptionnel d'activité et pour des missions de trois ou quatre semaines» , relève Jacqueline Bidal, responsable de l'agence Vedior intérim bâtiment à Strasbourg, spécialisée dans le gros oeuvre et qui a placé quelque 150 intérimaires en 1995 et 1996 sur le chantier du Parlement européen à Strasbourg.

Une étude du ministère du Travail sur le travail temporaire en 1995 relève que «les plus longues missions sont effectuées dans la construction : 58 % durent plus d'une semaine contre seulement 48 % pour l'industrie» . C'est dans le tertiaire que les missions sont les plus courtes : 34,5 % ne durent qu'une journée (9,9 % pour le BTP). Une mission sur cinq dans le BTP dépasse un mois et 3,7 % seulement vont au-delà de deux mois.

Osram France, filiale alsacienne d'un groupe munichois spécialisé dans l'éclairage (1 milliard de francs de chiffre d'affaires, 550 salariés), fait appel tous les ans à une trentaine d'intérimaires. Comme l'explique le DRH, Bernard Kanzler, «la durée moyenne de chaque mission est passée de 132 à 173 heures» . Sur le chantier de construction de la station d'épuration de Colombes (une opération de 2,1 milliards de francs), dont la mise en service est prévue fin 1998, «les missions des ouvriers intérimaires varient de deux à quatre semaines» , selon Mustapha Terbeche, adjoint au directeur du personnel du groupement d'entreprises créé pour la circonstance. La quasi totalité des missions ont une durée comprise entre une journée et deux mois. «Les missions sont de plus en plus courtes, remarque Jean-Denis Guignandon, coordonnateur BTP Adecco pour l'Ile-de-France. La durée moyenne est inférieure à 15 jours ; il y a cinq ans, elles dépassaient les deux semaines.» De ce point de vue, les entreprises ont appris à gérer au plus près.

Un besoin d'ouvriers qualifiés

Dans près de 95 % des cas, les intérimaires sont des ouvriers, souvent qualifiés, mais rarement du personnel d'encadrement. «Ce sont des conducteurs d'engins et des "piétons", comme l'on dit dans notre jargon, que nous recrutons temporairement» , affirme Martine Leifer, chef du personnel de Jean Lefebvre Sud-Est, routière comptant quelque 1 350 salariés, qui fait appel tous les ans en moyenne à 70 intérimaires. «Nos intérimaires sont essentiellement des maçons, des ferrailleurs, des coffreurs et très exceptionnellement des grutiers», ajoute Jeanne Cartier, responsable des ressources humaines de C3B (groupe SGE), une PME du bâtiment dijonnaise (240 salariés, 200 millions de francs de chiffre d'affaires).

«La majorité des demandes concerne des maçons (coffreurs, bancheurs, finisseurs), ainsi que des grutiers et des conducteurs d'engins», précise Olivier Rebeyrolle, coordonnateur Manpower BTP Ile-de-France. « Le contenu des qualifications évolue, analyse Jean-Etienne Souciet, directeur du développement d'Adia, même pour des emplois non qualifiés, les entreprises sont plus exigeantes sur les savoir-faire. Les tâches s'enrichissent de plus en plus. » Maçons, carreleurs... et autres ouvriers qualifiés viennent traditionnellement à manquer en période estivale où la demande des entreprises est forte.

Par le biais des contrats de qualification ou des contrats de mission-formation jeunes intérimaires, les ETT s'efforcent de disposer en permanence du personnel qualifié. « On anticipe les demandes des entreprises en formant des jeunes aux qualifications dont elles ont besoin, explique Jean-Denis Guignandon, d'Adecco Ile-de-France. Ainsi, nous avons monté une formation transversale pour cinq chefs de chantier sous contrat de qualification de vingt mois pour Razel. Dans ce cas, on sert de pré-recruteurs. »

Pour Olivier Rebeyrolle, « l'objectif est d'assurer le plein emploi des intérimaires. A un jeune électricien spécialiste en courant fort, nous proposerons une formation en courant faible pour le rendre plus polyvalent. Nous réfléchissons à l'évolution de nos intérimaires et menons une véritable gestion de nos ressources humaines. »

Missions plus longues mais plus rares pour les cadres

Rares sont les missions en revanche qui concerne les cadres et agents de maîtrise. « Pour ces catégories, l'intérim est resté tabou, relève Daniel Bourdinaud, P-DG de Soprate, ETT de onze agences (180 millions de CA en 1996) spécialisée dans le placement de techniciens et dessinateurs. Dans le BTP, nous travaillons beaucoup avec les bureaux d'études. Les secteurs porteurs aujourd'hui sont les télécoms et l'électronique informatique. »

La durée moyenne des mission chez Soprate est assez élevée, de trois à quatre mois. « On est à l'orée de l'intérim et du bureau de recrutement, précise Daniel Bourdinaud. Environ 60 % des jeunes sont embauchés à l'issue de leur mission ». Charettes services (16 millions CA), entreprise bien connue des bureaux d'études de la branche, enregistre une baisse sensible de son activité avec les cabinets d'architecture. « Le métier a évolué et l'avènement de l'électronique a diminué le nombre de personnes dont les cabinets ont besoin », relève Joseph Zerah, son PDG.

Le BTP : un secteur à risques...

Risqué, le BTP l'est à un double titre. De par la nature des travaux qui sont effectués sur les chantiers. Aujourd'hui, les entreprises de travail temporaires sont vigilantes sur la sécurité de leurs intérimaires, leur formation et leur accueil sur le chantier. D'un point de vue financier aussi. « Nous sommes confrontés à des problèmes de solvabilité dus à la fragilité des PME », précise Olivier Rebeyrolle.

« Le BTP est une activité à risques financiers, confirme Martine Vallet, pour Adecco. Faute de trésorerie suffisante, les PME du bâtiment sont fragiles. Nous sommes très vigilants. Avant tout ordre de mission, l'agence appelle notre service client pour s'assurer de la solvabilité de celui-ci. » Une méfiance partagée par la quasi totalité des ETT qui toutes disposent de services « gestion clients » chargés de vérifier la situation financière des entreprises utilisatrices. Une procédure qui ne vise pas uniquement le BTP mais qui le concerne au premier chef.

Poussées par la crise, les grandes entreprises du BTP ont modifié leur comportement « d'achat de l'intérim » et signe avec les entreprises de travail temporaire des accords nationaux dans lesquels sont listées les enseignes avec lesquelles peuvent travailler les filiales régionales, les conditions tarifaires et la qualité des prestations.

« Aujourd'hui, insiste Patrick de Roux, président du directoire de Vedior France, apparaissent même des accords européens, voire internationaux. » L'intérêt de ces accords est simple : « Si l'on veut travailler, reconnaît Jean-Etienne Souciet, directeur du développement d'Adia, nous devons être référencés. Les marchés nationaux représentent 30 % du marché des entreprises de travail temporaire. » Adia compte aujourd'hui 150 accords nationaux. Ses principaux concurrents en font de même avec un écueil majeur : cela exclut les petites ETT qui ne disposent pas d'une couverture nationale. Le réseau Ettiq (entreprises de travail temporaire intérim de qualité) a dû se protéger contre ce risque. Ettiq (1,2 milliard de CA) fédère 30 entreprises de travail temporaire et une centaine d'agences. « Nous sommes tous des régionaux, précise Philippe Gobinet, président d'Ettiq. Notre principale vocation est la signature d'accords nationaux avec les entreprises pour être référencé dans chaque région. »

Un autre effet des accords nationaux est la baisse des prix accentuée par « la guerre fratricide que se mènent entre elles les ETT » assure Jacqueline Bidal de Vedior Intérim. Pour répondre à cette concurrence accrue, les principaux opérateurs se regroupent pour former de grands groupes internationaux. L'an passé, Ecco et Adia s'unissaient pour former Adecco, tandis qu'en début d'année le groupe néerlandais Vendex, détenteur en France de Vedior, rachetait Bis. Aujourd'hui, les trois premiers groupes de travail temporaire en France (Manpower, Adecco et Vedior-Bis) détiennent plus de 60 % du marché.

GRAPHIQUE : INTERIMAIRES DANS LE BTP : UNE TENDANCE A LA BAISSE en milliers équivalents salariés par an.

PHOTOS : Traditionnellement, les grands chantiers

sont consommateurs d'intérimaires. Le Stade de France ne fait pas exception.

LES QUATRE PRINCIPAUX GROUPES *

Groupe Vendex Vedior France

1,6 milliard de CA (dont 23,5 % dans BTP)

4,1 millions heures prestées dans BTP

11 500 intérimaires BTP (sur 47 000)

125 agences (10 spécialisées BTP).

Bis

6,8 milliards CA (dont 13,3 % dans BTP)

10 millions d'heures prestées

32 870 intérimaires BTP (sur 247 100)

400 agences (13 spécialisées BTP)

Manpower France

11,6 milliards de CA

125 millions d'heures prestées (dont 14 % dans BTP)

80 000 intérimaires BTP (sur 405 000)

650 agences.

Groupe Adecco

Adecco

12,3 milliards (dont 13 % dans BTP)

85 000 intérimaires/jour (400 000 sur l'année)

650 agences (47 spécialisées BTP)

Adia

3,2 milliards de CA (dont 610 millions dans le BTP)

13 500 intérimaires BTP (sur 75 000)

210 agences (30 spécialisées BTP)

Synergie

1,7 milliard de CA (dont 24 % dans BTP)

11 000 intérimaires/jour (2500 dans BTP)

160 agences.

* Chiffres 1996

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