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Un parterre de fleurs de béton

bernard aldebert |  le 14/02/1997  |  GirondeBétonProduits et matérielsSecond œuvreGros œuvre

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LE CHANTIER L'Ilot judiciaire de Bordeaux. LE PROGRAMME La construction d'un ensemble comportant le tribunal de grande instance, avec neuf salles d'audience dont les planchers en forme de coques reposent sur huit poteaux de béton. LES SOLUTIONS Des bétons d'une très haute qualité grâce à des adjuvants très spécialisés, un soin tout particulier apporté à la mise en oeuvre et au respect des ouvrages en place.

Au coeur de la ville de Bordeaux, dans le centre historique et le long d'anciens remparts, l'Ilot judiciaire comporte l'extension de l'Ecole de magistrature, la création d'un restaurant interadministratif et la construction d'un bâtiment pour le tribunal de grande instance. Ce dernier édifice comptera 320 places de parking, des locaux d'archives et des locaux scellés sur quatre niveaux d'infrastructure d'une surface totale de 12 000 m2, et, en superstructure, 10 000 m2 de bureaux rassemblés dans un bâtiment donnant sur le cours d'Albret et neuf salles d'audience réparties en sept coques de béton indépendantes d'une surface totale de 850 m2. L'ensemble a été conçu par sir Richard Rogers.

Pour Spie-Citra, mandataire commun d'un groupement rassemblant SCMA, Spie Batignolles, Campenon Bernard SGE et Gauchoux SA, l'ouvrage se caractérise par des exigences très élevées dans la qualité des 10 000 m3 de béton mis en oeuvre. Elément primordial pour la réussite esthétique de cet édifice, ce matériau a exigé « une mise au point particulière, menée avec la société MBT et le fournisseur, Bétons de Garonne », souligne Olivier Champetier, directeur de projet pour Spie-Citra. A l'intérieur d'une enceinte constituée par une paroi moulée de 90 x 35 m, butonnée en tête par l'intérieur, l'entreprise de gros oeuvre a commencé le montage de la structure, composée par des ensembles poteaux-poutres dont les poteaux ont été coulés en place, et les poutres préfabriquées. Les planchers sont construits à partir de prédalles également préfabriquées. Cette structure monte, côté cours d'Albret, sur cinq étages jusqu'à la toiture et, côté intérieur, sur un niveau au-dessus du sol.

« Tous les bétons sont apparents, précise Steven Barrett, architecte du cabinet Rogers. Et nous sommes très exigeants sur leur qualité, mais aussi sur les traitements de l'ensemble des noeuds poteaux-poutres. Ils constituent pour nous des détails à travailler, ce qui complique parfois la tâche de l'entreprise mais permet de souligner la finition de l'ouvrage. » C'est ainsi que, même dans le parking, tous les joints sont des joints creux, le coulage du béton de la finition étant effectué après mise en place des poutres sur les poteaux et en même temps que le clavetage. Le B40 (parfois du B50) a été coulé à la cadence de 29 000 m2 en onze mois, soit environ 100 m2 par jour.

En partie arrière du bâtiment, les sept coques destinées à servir de plancher aux salles d'audience sont constituées d'éléments préfabriqués, montés sur huit poteaux de 300 mm de diamètre, inclinés, emboîtés dans le plancher haut de la structure de base, puis scellés, qui permettent le report des charges sur les poteaux verticaux de la structure primitive. Ces éléments préfabriqués ont la forme de grands pétales de béton, mis côte à côte, posés sur une poutre circulaire. L'ensemble est raidi par le coulage d'un plancher qui travaille en traction. « En quelque sorte, détaille Olivier Champetier, le plancher tire sur les bords des éléments préfabriqués. »

La mise en oeuvre de ces ensembles d'une surface moyenne de 120 m2 est assez complexe. « Dans un premier temps, explique Christian Faguet, le chef de chantier, la poutre circulaire a été posée sur échafaudages, et réglée à sa position définitive. Les poteaux ont ensuite été insérés entre cette poutre et le plancher. Ils ont été clavetés en tête et en pied, et scellés à l'aide d'un mortier expansif. La reprise de charge est d'environ 30 t. Puis, les éléments du berceau qui supportent les différentes pièces du puzzle - il pouvait y en avoir jusqu'à quarante - ont été posés. Enfin, il a fallu réaliser le plancher supérieur dont la fabrication était contrainte par la présence de passages d'air de la climatisation qui devait se situer très exactement sous chaque siège dans l'aménagement futur. La présence à venir d'un parquet ne permettait aucune erreur ni tolérance. L'implantation de ces trous a été assurée par des géomètres. »

Des adjuvants très spécialisés

Tout a été étudié pour obtenir une parfaite finition des bétons dans des conditions de mise en oeuvre difficiles, notamment la rapidité d'exécution. Au nombre des contraintes toutes aussi élevées, on citera l'absence de bullage, l'absolue homogénéité du matériau et de ses teintes, une fluidité supérieure à 20. « Trois produits ont été proposés, explique Denis Riblet de MBT : le Rhéobuild 2000 PF, le Pozzolith 391 N et le Pozzolith 200 NS. Le Rhéobuild 2000 PF est un adjuvant superplastifiant à base de polymères sulfonés hydrosolubles qui confère au béton des résistances mécaniques très élevées dans un rapport eau/ciment faible. Il autorise une excellente maniabilité et un très bon maintien de rhéologie. Le Pozzolith 391 N est un plastifiant à base de polymères exempt de chlorure qui augmente l'ouvrabilité du béton et améliore les résistances mécaniques. Le Pozzolith 200 NS, retardateur de prise, plastifiant et accélérateur de durcissement, à base de polymères sans chlorure, améliore les caractéristiques du béton tant à l'état frais qu'à l'état durci. »

Cette alchimie très fine et très complexe a été confortée par des méthodes de mise en oeuvre très précises et très exigeantes. Ainsi, l'étanchéité des coffrages a été particulièrement rigoureuse, aucune fuite de laitance n'étant admise sur les voiles, et assurée par des joints Néoprène. Des huiles végétales pour les parements ont permis de supprimer le microbullage. Les bétons, une fois coulés, ont été soigneusement manutentionnés et posés après avoir été protégés par une pulvérisation d'un silicone de protection. Toute interface avec du bois a été assurée à l'aide de Bidim « Une disposition qui permet également d'éviter la migration de l'eau et les efflorescences », souligne Christian Faguet, qui ajoute qu'aucun bleu n'a été tapé directement sur le béton, mais que les ouvriers ont protégé la peau au préalable avec du scotch. Pour familiariser les compagnons à ces méthodes peu courantes, le chef de chantier avait organisé des formations pour l'ensemble de ses équipes.

FICHE TECHNIQUE

Maître d'ouvrage : ministère de la Justice.

Conduite d'opération : DDE de la Gironde.

Maîtrise d'oeuvre : Richard Rogers Partnership, Ove Arup (bureau d'études conception), OTH Sud-Ouest (conception, réalisation).

Contrôle : Socotec.

Economiste : Interfaces.

Entreprises : Spie-Citra Midi Atlantique (mandataire),

Gauchoux, Spie Batignolles, Campenon Bernard SGE, SCMA

PHOTOS :

Pour le tribunal de grande instance de Bordeaux, une recherche fine a permis d'obtenir des bétons de très haute qualité : toutes les précautions prises pendant

Le montage des salles d'audience s'organise à partir d'un anneau de béton soutenu par des berceaux de bois. Les poteaux qui les soutiennent sont insérés

la mise en oeuvre visaient à garder un aspect exempt de tout défaut.

entre le plancher inférieur et ces anneaux. Sur l'ensemble, viennent se caler des «pétales» de béton solidarisées par un plancher supérieur qui travaille en traction.

Un ensemble d'ouvrages très différents

Pour réaliser l'extension de l'Ecole de la magistrature, l'architecte était contraint par l'environnement, et notamment par une vue directe sur la place de l'Hôtel-de-Ville et par la présence de deux anciennes tours de l'enceinte médiévale. Les architectes des Bâtiments de France ont en particulier imposé une toiture de tuiles à cet édifice en forme de tour carrée. « Une première pour Richard Rogers », souligne Steven Barrett, laissant transparaître avec une réserve toute britannique le scandale suscité par cette contrainte dans l'agence. « Afin d'obtenir une inertie maximale, explique Olivier Champetier, la construction comporte beaucoup de béton. Les planchers ont été coulés en place à la table. La façade est habillée de pierre. » Le restaurant administratif est conçu comme la prolongation du bâtiment existant de l'école. Il comporte une façade très vitrée et une couverture de cuivre.

MAQUETTE : Le futur TGI (ici la maquette) doit être un symbole de transparence (archi : cab. R. Rogers).

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