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Un palais de justice, laboratoire de procédés novateurs

REMY MARIO |  le 04/06/1999  |  TechniqueInnovationBouches-du-RhôneEuropeEtat

LE CHANTIER Le palais de justice de Grasse. LE PROGRAMME Construction d'un bâtiment R + 3 de 15 600 m2 HON. LES SOLUTIONS Des traitements de surfaces intérieurs et extérieurs innovants et un terrassement « en taupe », pour l'un des bâtiments, faisant suite à un important mouvement de terrain.

A la fin mai 1999, sera achevé le chantier du palais de justice de Grasse, un projet de 15 600 m2 HON, en périphérie immédiate du centre ville, sur le site de l'ancienne usine de parfum Chiris. L'opération est destinée à regrouper, à la rentrée, l'ensemble des juridictions grassoises, l'ordre des avocats, 200 fonctionnaires...

Une opération majeure pour cette cité de 42 000 habitants, qui s'inscrit dans le vaste programme de construction de palais de justice engagé par la DGPPE (Délégation générale au programme pluriannuel d'équipement) du ministère de la Justice.

Conçu par Christian de Portzamparc, le bâtiment est un ensemble R + 3 construit sur deux niveaux de sous-sol et un entresol. Les superstructures sont dissociées en plots reliés par des passerelles : à l'ouest, un grand édifice ovale, prolongé de corps de bâtiments linéaires s'ouvrant sur une salle des Pas-Perdus, de 110 m de long...

Lancé en novembre 1995, le chantier, confié au groupement Sogea/Nicoletti et mobilisant une centaine de personnes, met en oeuvre des techniques particulières : une armoire à plans électronique pour organiser les échanges de données alphanumériques et graphiques (avec un logiciel OTH GPP), une solution de terrassement « en taupe », peu fréquente en bâtiment, pour la réalisation des 2 sous-sols du bâtiment A (voir encadré).

Surtoiture en dalles préfabriquées

L'opération se caractérise aussi par une large mise en oeuvre du béton architectonique (nécessitant l'assistance d'un conseiller béton) et une foule de procédés techniques novateurs : surtoiture, dalles et vitrages de la salle des Pas-Perdus, revêtement de sol des salles d'audience, parement de béton éclaté de la façade du bâtiment ovale... « En fait, ce chantier a été un véritable laboratoire d'essais et de recherche pour les entreprises, incitées par Christian de Portzamparc à pousser la technique au bout de ses possibilités, en réalisant chaque fois des prototypes, hors standard et hors marchés d'origine », confirme Roland Amouroux, ingénieur d'OTH, le BET qui assure la direction de ce chantier. Une démarche aussi dans le droit fil du maître d'ouvrage, ouvert à l'innovation et attaché, avec chaque nouveau palais de justice, à une réalisation forte et marquante.

Un des aspects particuliers porte sur la surtoiture. Visible de la partie supérieure de la ville, elle joue le rôle d'une « cinquième façade », en masquant les équipements techniques. Elle est constituée de dalles préfabriquées (en moyenne de 1,70 m sur 2 m) en béton coloré de 6 cm d'épaisseur, posées sur une charpente métallique. Fournies par Socarel (Salon-de-Provence), légèrement calepinées, elles sont disposées au laser avec des joints de fractionnement de 2 à 4 cm pour l'évacuation des eaux. Après leur pose, elles ont fait l'objet d'un traitement curatif, pour que ce revêtement, évoquant les tuiles plates locales, présente un aspect homogène.

Parement de béton éclaté

Fait aussi exceptionnel dans la salle des Pas-Perdus (1 200 m2), sont utilisées, en harmonie avec les bétons lasurés et cirés des murs, des dalles de sol en marbre de Carrare de longueur variable, allant jusqu'à 1,60 m pour les plus grandes. Un véritable tour de force car il a fallu se rendre à Carrare pour sélectionner et scier les plaques, dont l'effet nuageux du marbre répond parfaitement à celui du béton architectonique. Et assurer ensuite la mise en oeuvre d'éléments pesant jusqu'à 200 kg, grâce à un bras articulé, équipé de ventouses... Pour les salles d'audience, c'est un revêtement préfabriqué en usine qui a été retenu : des dalles de mortier polies (qui, après plusieurs essais, a obtenu un avis de licence).

Même exigence architecturale et technique pour les parois vitrées : pour parvenir à un effet de transparence parfait, ont été utilisés des panneaux de verre extra-blanc (Glasever à Marseille) de 4,5 m sur 1,4 m, posés sur rails par grue avec bras articulés et vérins hydrauliques.

Autre innovation : le béton éclaté et bouchardé, en périphérie de l'ellipse du bâtiment A. Pour retrouver l'aspect des murs en pierre d'antan de la région, 16 à 18 cm d'épaisseur résiduelle de béton épais, de granulométrie et dosage spécifique (agrégats 20/80), ont été appliqués sur 1 500 m2 environ. Puis, ce béton est scié à coeur tous les 10-15 cm et éclaté, avec un brise-béton, pour faire « ressortir » les agrégats. Au final, l'effet de paroi est saisissant ! Complexe, la mise au point de ce procédé, par tâtonnement, a nécessité plusieurs mois de recherche.

Un bâtiment ovale, qui est enfin rythmé de fines lames verticales pare-soleil en aluminium (8,5 m), pour partie orientables et motorisées, commandées par un logiciel OTH. Et doté de vitrages courbes en VEC, qui ont fait l'objet d'une procédure Atex.

FICHE TECHNIQUE

Maître d'ouvrage : ministère de la Justice (Paris), Délégation générale au programme pluriannuel d'équipement.

Conducteur d'opération : DDE 06.

Maître d'oeuvre : Christian de Portzamparc (mandataire).

BET : OTH Méditerranée, Seee et Atec (phase études) ; OTH Méditerranée (phase travaux).

Entreprises : groupement Sogea-Nicoletti, en entreprise générale, avec 37 sous-traitants pour 25 lots.

Contrôle technique : Apave Sud.

Coût des travaux : 175 millions de francs HT.

Coût global : 300 millions TTC.

PHOTOS

Le sol de la salle des Pas-Perdus est revêtu de dalles de marbre de Carrare pesant jusqu'à 200 kg chacune.

Pour retrouver l'aspect des murs en pierres d'antan, la façade du bâtiment A est en béton éclaté au brise-béton, suivant un calepinage en bandes horizontales.

La surtoiture joue le rôle de 5e façade. Elle est constituée de dalles en béton coloré préfabriquées et posées sur une charpente métallique.

Reprise en sous-oeuvre du bâtiment ovale

S'étendant sur une emprise de 12 000 m2, à flanc de colline, le chantier a connu, entre mars et novembre 1996, d'importants mouvements de terrain (infiltrations d'eau), à droit du bâtiment ovale. Outre des travaux d'urgence pour sauvegarder les murs et bâtiments existants, ils ont nécessité de concevoir et réaliser son infrastructure par terrassement « en taupe », selon le scénario suivant : après remblaiement de la fouille, exécution de pieux battus préfondés de 21 m de long, puis coulage du premier plancher sur sable et contre-plaqué. Ensuite (après butonnage et vérinage), terrassement en sous-oeuvre dans la hauteur du 1er sous-sol (3 500 m3), coulage du plancher haut du 2e sous-sol, nouveau terrassement en sous-oeuvre dans la hauteur du 2e sous-sol (4 000 m3), exécution des fondations, du radier et des porteurs verticaux. Enfin, découpe des préfondés avec surveillance des tassements sur chaque semelle. « L'intérêt de cette solution est qu'elle a permis de mener de front la réalisation des infrastructures et superstructures du bâtiment, et donc de limiter les retards du planning. Quant au transfert des charges des pieux préfondés sur les fondations définitives, il s'est opéré normalement et a permis de vérifier nos hypothèses de calcul », souligne Roland Amouroux, ingénieur d'OTH. Au total, cet « incident » a quand même généré sept mois de retard et une facture de 20 millions de francs.

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