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Un matériau taillé pour grimper

Stéphanie Obadia |  le 20/10/2017  |  ImmobilierBoisConstruction bois

Bois -

Des immeubles en bois de moyenne et grande hauteur poussent partout en France. Objectif : entraîner dans leur sillage toute la filière.

Top départ. Le marathon des immeubles de moyenne et grande hauteur en bois est lancé. A Angers, Toulouse, Nancy, Grenoble, Le Havre… pas moins de 36 bâtiments pilotes en bois, de 6 à 17 étages, sortiront de terre dans les prochaines années. Parmi eux figurent les lauréats du concours Adivbois primés en septembre. Mais aussi d'autres projets, comme les deux tours de logements bordelaises Hypérion d'Eiffage et Silva de Kaufman & Broad (livraisons prévues en 2020). Ou encore, l'immeuble de bureaux Palazzo Méridia à Nice, la tour de logements de 10 étages à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) et l'îlot bois de 11 niveaux à Strasbourg. D'autres initia tives indépendantes pullulent, comme les immeubles tertiaires Opalia à Paris (qui viennent d'être livrés), Perspective à Bordeaux (qui sera livré sous peu) et Pulse (en construction) à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ou encore la résidence des Terrasses d'Aragon à Villejuif (Val-de-Marne)…

Au travers de ces bâtiments démonstrateurs défiant la hauteur, la filière souhaite booster la construction en bois. « Les tours sont un marché de niche. Ces prouesses techniques sont les formules 1 de la construction, le haut de gamme de la technologie », souligne Patrick Molinié du FCBA, l'institut technologique organisateur de Woodrise, le premier congrès international des bâtiments bois en hauteur qui s'est tenu en septembre. Chaque projet est un prototype, un bâtiment test qui exige beaucoup de technicité et de R & D. Aller plus haut, c'est prouver que la construction verticale bois n'est pas une aberration, c'est apporter la preuve de sa faisabilité et c'est rassurer les bailleurs, les collectivités, afin de conquérir le marché de masse que représentent les bâtiments de moyenne hauteur, de 3 à 8 étages (jusqu'à 28 m).

Là est tout l'enjeu. Car, « derrière ces initiatives, c'est de la massification de l'usage du bois qu'il est question », explique Frank Mathis, président d'Adivbois et de l'entreprise de construction spécialisée Mathis. Et c'est bien parti : le bois gagne des parts de marché. Dans le tertiaire public et privé, il était à 10,7 % l'an passé (voir tableau p. 15) . Pour les maisons individuelles, il oscille entre 8 et 10 % de parts de marché (9,1 % en 2016 avec 12 435 maisons). Seul bémol, le collectif. Le bois ne concerne que 4 % des logements collectifs construits (8 960 logements collectifs), ces derniers étant des bâtiments de plusieurs étages (de 2 à 4 étages en périurbain et 6 à 9 étages en urbain). Un créneau à conquérir, donc, avec un objectif : 8 % de part de marché, soufflent, à demi-mot, les acteurs du secteur. Un objectif « parfaitement atteignable » pour Frank Mathis.

Montrer patte verte. La liste des bâtiments résidentiels ou tertiaires de plusieurs étages en bois s'allonge en France. Même s'il n'existe pas de données précises, on estime à une cinquantaine le nombre d'immeubles en bois construits ces cinq dernières années. Cela traduit une nette inflexion, avec une belle accélération cette année. Pourquoi un tel engouement ? Parce que le bois est perçu comme le sésame de la ville durable bas carbone ! Matériau écologique, il a l'avantage de stocker du CO2 et d'être renouvelable. « Construire en bois, c'est décarboner un territoire en contribuant à la stratégie globale du bas carbone, qui intègre également la maîtrise de l'énergie et des transports », relève Luc Charmasson, vice-président du Comité stratégique de la filière bois. Le tout, encouragé par des signaux politiques et normatifs : les prises de position gouvernementale en faveur du bois, la loi de transition énergétique, le label bâtiments bas carbone, la future réglementation E+C-…

De surcroît, la construction en bois répond aux attentes de la densification urbaine : structure légère, préfabriquée, permettant une mise en œuvre en filière sèche et un chantier propre et rapide. Philippe Zivkovic, coprésident de Woodeum, confirme : « Le bois permet de construire avec moins de nuisance et plus vite que les autres : les délais de livraison sont beaucoup plus rapides. Notre opération de logements à Ris-Orangis a vu le jour en douze mois, celle d'Issy-les-Moulineaux en dix. Nous avons gagné entre quatre et six mois à chaque fois. Pour un acquéreur, c'est important ! » Un message qui fait mouche aussi du côté des professionnels traditionnels du bâtiment.

Dans la cour des grands. L'ensemble des majors de la construction, les grands noms de l'architecture, les cadors de la promotion immobilière, tous s'intéressent de très près à la construction bois. Ainsi, Vinci détient une filiale de production et de construction bois : Arbonis. Bouygues propose une offre de maisons à ossature bois via sa filiale Ossabois. Léon Grosse s'associe avec des acteurs de la construction bois. Quant à Eiffage, présent sur le marché de la construction bois depuis plus de quatre ans, il vient d'annoncer la création de sa filiale francilienne Eiffage Bois Construction, avec sans doute en tête la volonté de l'étendre à la France dans les années à venir. « Aujourd'hui, des départements bois se créent et se structurent chez tous les constructeurs et promoteurs immobiliers. Des postes de directeur bois s'ouvrent, que ce soient chez Eiffage, Kaufman & Broad, Bouygues… », note Patrick Molinié, du FCBA.

A côté de ces majors, les pure players - on compte une dizaine d'opérateurs spécialisés aujourd'hui, comme Mathis, OBM… -se structurent ou se regroupent, à l'instar de Maître Cube, un groupement de huit entreprises régionales bois réparties sur le territoire national. « Nous sommes des artisans industriels avec une solution clés en main, indique Julien Goupil, directeur marketing du groupement. Nous mutualisons nos compétences, nos expertises et nos innovations. » L'objectif étant de se positionner en tant qu'entreprise générale de la construction. Pour Jacques Bouillot, directeur innovation et filière sèche d'Eiffage, « il y a dorénavant un enjeu de supply chain : les industriels doivent suivre, investir et mettre en place des solutions techniques compétitives en privilégiant les circuits courts. »

Travailler en commun. « Reste à créer une intelligence et une confiance entre les acteurs de la construction et les industriels, y compris dans les projets complexes, note Paul Delduc, directeur général de l'aménagement, du logement et de la nature. Il va falloir faire preuve de réactivité et de prouesse en réalisant des ouvrages mariant les matériaux. » Adivbois l'a bien compris, qui a publié, en début d'année, à l'intention de ces formules 1 du bois, son « Vade-mecum », un recueil technique de la construction bois des bâtiments de moyenne et grande hauteur et de l'aménagement intérieur pour le confort des usagers. « Il synthétise une dizaine d'études lancées par Adivbois et la profession. Il sera enrichi par les essais sur des techniques reproductibles qui seront lancées à l'occasion des premiers démonstrateurs », précise Frank Mathis, pour qui les principaux freins sont clairement identifiés et font l'objet de recherche, que ce soit au niveau de l'acoustique, de la résistance au feu ou encore des assemblages.

Techniquement, les acteurs sont aujourd'hui prêts à répondre au marché d'immeubles de moyenne et grande hauteur. « Du mixte bois-béton de 10 étages, nous en avons déjà fait », lance Julien Goupil. Même son de cloche chez les majors, qui multiplient les références bois. Pour Jacques Bouillot, d'Eiffage, « le bois fait tout juste son entrée dans les logements de 3 à 8 étages. S'il a les mêmes obligations en matière de résultats et de capacité que le béton, il doit en plus faire ses preuves, rassurer et montrer patte blanche ». Avis que partage Frank Mathis, pour qui le prochain axe de travail du Plan bois 3, signé par l'Etat et les professionnels le 28 septembre et qui s'étend sur la période 2017-2020, sera de « lever les freins culturels auprès des maîtres d'ouvrage et d'intégrer ces bâtiments dans le cadre de la future réglementation E+C- ». Concrètement, des rendez-vous seront organisés par Adivbois et les organisations professionnelles partout en France pour habituer le public à ces immeubles en bois.

Les maîtres d'ouvrage restent les derniers maillons de la chaîne à s'engager dans l'aventure. « S'ils s'intéressent de près ou de loin à la construction bois, ils commencent aujourd'hui à l'envisager, ce qui est déjà une grande avancée », note Frank Mathis. « Le virage est évident, renchérit Philippe Zivkovic, de Woodeum. Des aménageurs, des élus souhaitent sur leur territoire des écoquartiers. Les exemples d'Issy-les-Moulineaux ou de Rueil-Malmaison, en cours de construction, sont révélateurs de la percée du bois. Nous avons dans les deux ans à venir 1 500 logements en projets, et 125 000 m2 de bureaux avec le campus de l'Arboretum à Nanterre, qui sera le plus grand ensemble tertiaire en bois d'Europe. Ce matériau est devenu aujourd'hui un argument de vente. » La croissance de Woodeum est significative : de 25 millions d'euros de chiffre d'affaires (CA) et trois salariés en 2015, le promoteur est passé aujourd'hui à 25 salariés et vise les 250 millions d'euros de CA en 2018.

Techniquement, les acteurs sont prêts à répondre au marché d'immeubles de moyenne et grande hauteur.

Des défis restent cependant à relever. Si la question de la faisabilité technique ne se pose plus vraiment, celle du coût reste centrale. « Pour éviter toute désillusion quant à la faisabilité économique de tours en bois, promoteurs, architectes et entreprises de construction doivent valider dès le départ la crédibilité du mode constructif envisagé au regard de l'ambition du projet et du niveau de performance recherché », avertit François Pelissier, président de Techniwood International. « Place au sérieux, à la discipline, clame Frank Mathis. Ces opérations ne peuvent se faire sans l'expertise bois. Au savoir théorique s'ajoute le savoir empirique. » L'ambition n'empêche pas la prudence !

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PHOTO - 9536_599578_k2_k1_1451900.jpg - © J.-P. VIGUIER ET ASSOCIES
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PHOTO - 9536_599578_k3_k1_1451906.jpg - © LAN ARCHITECTES
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PHOTO - 9536_599578_k4_k1_1451912.jpg - © QUICKIT 2016
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PHOTO - 9536_599578_k5_k1_1451914.jpg - © ARCHITECTURE-STUDIO
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PHOTO - 9536_599578_k6_k1_1451915.jpg - © PAUL KOZLOWSKY
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PHOTO - 9536_599578_k7_k1_1451917.jpg - © THIBAUT VOISIN
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PHOTO - 9536_599578_k9_k1_1451926.jpg - © Source : Enquête nationale de la construction bois 2017.

Tout bois ou mixte, les avis sont partagés

Pour David Bosch, directeur marketing et communication de Maître Cube, « la mixité est un cheminement vers le tout-bois.

Demain, nous réaliserons un immeuble grande hauteur entièrement en bois. D'un certain côté, ce sera même presque plus facile car nous pourrons maîtriser l'ensemble de la construction ».

Pour Jacques Bouillot d'Eiffage : « Bien que je débute dans les prochains jours un projet de 10 étages tout bois sur Strasbourg, il me semble que le dogme du tout bois serait l'erreur à ne pas commettre. Je dispose d'une palette et plein de couleurs.

Je choisis le bon matériau au bon endroit. L'important est que mon client soit satisfait ».

Guillaume Poitrinal, président de Woodeum

« Pendant longtemps la priorité environnementale pour la promotion immobilière a été de réduire les consommations d'énergie. Aujourd'hui, cette approche ne suffit plus. Pour lutter contre le réchauffement climatique, maîtriser les gaz à effet de serre, en , le choix du matériau est essentiel.

Sur la vie d'un immeuble, la seule phase construction peut représenter jusqu'à 60 % des émissions. Des matériaux peu émetteurs, voire stockeurs de carbone comme le bois, en remplacement d'autres, polluants, peuvent nous permettre d'afficher des gains carbones significatifs. La par mètre carré sur les phases de construction et d'exploitation sera inévitablement l'alpha et l'oméga de la construction de demain. C'est un formidable challenge pour notre industrie, à l'image de ce que constitue le moteur électrique pour les constructeurs automobiles ou les énergies renouvelables pour les producteurs d'énergie. »

Entretien avec Jean-Christophe Terrier, directeur délégué de Vinci Construction France. - « La construction bois est un marché à fort potentiel »

Quelle évolution a connu le bois dans la construction, particulièrement au sein des immeubles de moyenne et grande hauteur ?

Le marché du bois a suivi ces dernières années les mêmes évolutions que l'activité de la construction en général. Ce qui est nouveau, ce sont le développement et la multiplication des opérations en gros œuvre ou structure bois pour des ouvrages résidentiels et fonctionnels. Sous l'impulsion d'Adivbois et des investisseurs en immobilier, nous assistons à l'émergence de plus d'une cinquantaine de projets, répartis sur le territoire national, d'immeubles bois de moyenne et grande hauteur. C'est effectivement une forte inflexion du marché.

Pourquoi un tel engouement ?

Il existe aujourd'hui une tendance manifeste pour l'utilisation du bois : la demande est de plus en plus importante. La loi de transition énergétique, l'anticipation des futurs labels et taxes carbone ont conduit les investisseurs, les promoteurs, les utilisateurs finaux à se tourner vers une construction de plus en plus décarbonée. Cette volonté de réduire l'impact carbone du bâti est globalement favorable aux matériaux biosourcés et, donc, à la construction bois. Les investisseurs en France valorisent aussi les constructions bois notamment parce qu'ils raisonnent de plus en plus en coût global, empreinte environnementale comprise.

Vous avez construit des immeubles bois. Quels sont les freins techniques qui restent encore à lever ?

Arbonis, notre filiale, a réalisé plusieurs immeubles en bois, comme le Crous de Marseille, en R + 7. Et nous travaillons sur des projets d'immeubles de belle hauteur comme Casa Jenga (R + 8) à Paris, porte de Vanves, et une tour R + 11 en structure bois au sein du cluster Descartes de Marne-la-Vallée. Les immeu bles en bois de belle hauteur sont des ouvrages aux nombreux défis techniques pour lesquels des étapes restent encore à valider afin de lever tous les freins. Des référentiels sont en cours d'établissement. Par ailleurs, Arbonis a fortement investi dans un programme de R & D soutenu par l'Ademe appelé « Arbotech », qui lui permet d'apporter des solutions pertinentes aux enjeux de la résistance au feu, du séisme et de l'acoustique. Nous sommes donc prêts à répondre à ces défis.

Proposez-vous des immeubles mixtes ou du tout-bois ?

Chez Vinci Construction France, nous souhaitons promouvoir le bon matériau au bon endroit ainsi qu'un équilibre entre les trois matériaux : béton, bois et métal. Chaque matériau doit être utilisé dans son domaine optimal de performance : le béton pour son inertie, le bois pour sa forte résistance à la compression, le métal pour les grandes portées et sa résistance à la traction. C'est la bonne combinaison, tant dans les structures porteuses que dans les enveloppes, qui permet d'atteindre la meilleure empreinte environnementale sur la durée de vie du bâti.

Quelle est votre stratégie pour la construction bois ?

Avoir, parmi ses filiales, une entreprise entièrement dédiée à la conception-construction bois telle qu'Arbonis témoigne du plein investissement de Vinci Construction France dans le développement de la filière. Nous restons convaincus que c'est un marché d'avenir, à fort potentiel et nous nous investissons pleinement.

Quels sont vos objectifs ?

Nous tâchons de contribuer activement au développement de la filière bois française qui est en cours de structuration. Nous concevons aujourd'hui avec nos équipes des réponses techniques concrètes pour ce nouveau marché, de manière à pouvoir accompagner nos clients et partenaires, et à faire émerger leurs projets. Notre stratégie est d'offrir une offre de construction bois en entreprise générale afin de garantir coût, qualité, fiabilité et délai. Nous voulons enfin mettre au service de nos clients une palette de solutions complètes. L'enrichissement de la gamme d'Arbonis par une nouvelle offre de construction modulaire 3D à ossature bois en est une illustration.

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PHOTO - 9536_599578_k12_k11_1451937.jpg - © AUGUSTO DA SIL V A / GRAPHIX IMAGES
Le gratte-ciel en bois, une tendance mondiale

Voilà près de dix ans que le bois gagne en verticalité un peu partout dans le monde. Depuis le premier immeuble en bois de huit étages, le Stadthaus de Londres, les projets se sont multipliés. C'est le fruit du développement du bois d'ingénierie (lamellé-collé et, surtout, lamellé croisé ou CLT) et du soutien des pouvoirs publics, inégal selon les pays. Et la résultante des attentes des villes toujours plus denses qui souhaitent construire avec des matériaux durables, biosourcés et renouvelables.

La course à la hauteur est bel et bien lancée. Les bâtiments bois atteignent aujourd'hui 17 étages et 53 m (Brock Commons de Vancouver au Canada, lire p. 14 ). Cet élan se concrétise dans l'alliance internationale Woodrise, qui vient de voir le jour. Elle regroupe des représentants de gouvernements et d'Etats, d'élus, d'entreprises (Bouygues, Eiffage, Vinci… ), d'architectes renommés (Michael Green, Kengo Kuma… ) et de promoteurs (Kaufman & Broad, REI, Nexity… ). Au total, une trentaine de signataires engagés « à faire un pas de plus vers la neutralité carbone en renforçant la part du bois construction dans la production immobilière ».

Partage des connaissances. Cet accord permettra également de partager des expériences et les résultats de recherche. « Une publication, le “Woodrise Paper”, met en évidence une série de bonnes pratiques auprès d'experts du Brésil, du Canada, de la Suisse, de la France, de la Finlande et du Japon », indique Patrick Molinié, du FCBA, qui en a dirigé la rédaction. Preuve que l'intérêt est international, un mémorandum d'entente a été signé entre six centres de recherche : l'IPT de São Paulo pour le Brésil, FPInnovations pour le Canada, VTT pour la Finlande, Lignum pour la Suisse et le FCBA ainsi que le CSTB pour la France. Le Japon devrait suivre. La filière bois s'ouvre au monde.

« En 2008, on me trouvait ridicule »

Vous êtes à l'origine du premier immeuble en bois. Pourquoi ce choix audacieux ?

Pour des raisons d'impact sur l'environnement, de densité des villes et d'urbanisation. Nous avons conçu en 2003 notre premier bâtiment en bois lamellé croisé (CLT). Puis, en 2008, le plus haut du monde avec 8 étages : le Stadthaus. A l'époque, on trouvait cela ridicule, fou.

C'est devenu une référence. Les temps ont changé.

Construire en bois, c'est un défi technique ?

Il a fallu travailler sur l'acoustique, le feu, les épaisseurs de murs, la prise au vent…

Aujourd'hui, nous sommes rodés. Nous comptons à notre actif 14 bâtiments en CLT. Cinq projets sont en cours de construction au Royaume-Uni et un en France, à Aubervilliers.

Les avantages sont certains. Dans le cas de Dalston Lane, notre dernière réalisation de 16 000 m2 SP dans l'Est londonien, nous avons utilisé 6 000 m3 de béton (fondations et sous-sol), 4 650 m3 de bois et économisé 3 570 t de CO 2 £La question du feu inquiète toujours…

Elle est prise très au sérieux parce que les préjugés sont nombreux. Or, nous connaissons exactement la durée de la tenue au feu d'une structure bois. La véritable interrogation est celle de l'hydrométrie : nous réfléchissons à accélérer les phases de construction afin de limiter les temps d'exposition.

Nous souhaitons également tendre vers une moindre utilisation de matières premières. Les immeubles que nous concevons utilisent un tiers de bois en moins par mètre carré que notre premier immeuble.

Nous pouvons aller encore plus loin.

Comment voyez-vous la ville du futur ?

Elle doit prendre en compte la santé, être verte, connectée et synonyme de bien-être. Le bois répond aux questions actuelles et apporte une réponse au changement climatique. Construire un bâtiment en bois représente l'équivalent de trois arbres utilisés par résident. C'est moins que la consommation de papier par personne et par an !

Cet engouement pour les immeubles en bois dans le monde est une révolution. C'était encore inimaginable il y a dix ans. En revanche, je m'interroge sur la nécessité de construire au-delà de 10 ou 12 étages. Cela n'a pas forcément beaucoup de sens. Les résidents perdent en qualité de vie, l'entretien coûte plus cher…

Le mot de la fin ?

Qui dit nouveau matériau, dit nouvelle façon de construire. Le XXIe siècle est celui du bois, j'en suis convaincu. Nous sommes des spécialistes mais ce que nous souhaitons, c'est de ne plus l'être demain. Car bien d'autres nous aurons rejoints.

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PHOTO - 9536_599578_k15_k14_1451950.jpg - © SANDRA VON RIEKHOFF
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PHOTO - 9536_599578_k16_k14_1451951.jpg - © WILL PRYCE / W AUGH
Le Japon renoue avec « son » matériau

Au Japon, 70 % de la surface est occupée par la forêt. Le bois a toujours été utilisé dans la construction de temples, de palais, de maisons… A partir des années 1950, à cause des catastrophes naturelles, les constructions bois se sont faites moins nombreuses. Mais, depuis 2010, le pays assiste à un renversement de tendance et un regain d'intérêt pour le bois, en raison de ses qualités environnementales, particulièrement en matière d'ab. Une loi a d'ailleurs été promulguée afin d'utiliser du bois dans les bâtiments publics.

De nombreux essais de R & D sont menés en matière de protection, de sécurité et de durabilité pour les bâtiments bois de moyenne et grande hauteur. Par exemple dans la Ville de Yokohama, qui compte bien devenir la ville verte et durable de demain grâce au bois. L'objectif de la municipalité est de diminuer les gaz à effet de serre de 16 % avant 2020 et de 80 % avant 2050 par rapport à 2005. Un pavillon d'expérimentation du bien-être a d'ailleurs été ouvert afin d'étudier les différents bénéfices de la construction bois : régulation de l'humidité et de la chaleur, isolation phonique, influence positive du bois sur la santé et valorisation de la forêt. Pour Kenji Hosaka, de la direction du bureau du logement et de la construction de Yokohama, « les villes du futur doivent avoir une utilisation proactive du bois ».

Quant aux industriels, ils développent de nouveaux procédés constructifs. A l'instar de l'entreprise Suteki Home, une filiale de Nice Holdings qui a développé un système constructif sans vis : un assemblage de bois et de pièces métalliques facile à monter. Koichiro Hirata, président de du groupe, est un fervent partisan du bois en construction mais se limite pour l'heure à des bâtiments de 6 étages pour des impératifs de sismicité.

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PHOTO - 9536_599578_k18_k17_1451955.jpg - © SUTEKI HOME
Le Canada atteindra les 12 étages en 2020

Le Canada possède une longue tradition de construction bois. Il n'était pas rare de voir, au début du XXe siècle, des bâtiments en bois et en briques jusqu'à 9 étages. Cependant, à la suite de l'introduction du premier code de construction en 1941, le matériau bois devenait pratiquement interdit pour les bâtiments de plus de 4 étages. Avec l'émergence de nouveaux produits de bois d'ingénierie, un travail de R & D en matière de sécurité incendie, de performance structurelle et d'isolation acoustique a été entrepris afin d'infléchir les règles de construction.

Ainsi, depuis 2009, la Colombie britannique a modifié son code de construction pour autoriser les immeubles bois jusqu'à 6 étages. Aujourd'hui, dans tout le pays, on compte près de 450 bâtiments en bois de 5 et 6 étages construits ou en préparation. Le Québec suit la lancée, puisqu'il vient lui aussi de réviser son code en permettant des immeubles en bois jusqu'à 12 étages.

Depuis 2012, le Canada a développé une stratégie fédérale pour les bâtiments de grande hauteur en bois, avec des recherches techniques et des essais en laboratoire autour de deux bâtiments démonstrateurs : l'immeuble Origine de 12 étages de la Ville de Québec et le Brock Commons de Vancouver et ses 17 étages, obtenus par dérogation. Les travaux de recherche qui ont permis ces changements ont été effectués par FPInnovations, un des plus grands centres de recherche sur le secteur forestier du monde. Actuellement, les permis de construire au Canada sont donc autorisés jusqu'à 6 étages dans l'ensemble du pays et jusqu'à 12 étages au Québec. Cependant, le gouvernement envisage pour 2020 d'autoriser des bâtiments de 12 étages, voire plus, dans l'ensemble des provinces. Le 6 octobre, il a d'ailleurs lancé le programme CVBois pour encourager la construction en bois massif : 39,8 millions de dollars canadiens (soit 26,9 millions d'euros) seront débloqués sur quatre ans.

De surcroît, « le programme québécois Woodworks-Cecobois a été lancé avec un partenariat d'industriels afin de faciliter ce travail, explique Etienne Lalonde, du Conseil canadien du bois. Un plan stratégique a été conclu avec le soutien du gouvernement pour étendre l'utilisation du bois à des bâtiments de grande hauteur, mieux connaître les coûts et avoir une vision sur trente à cinquante ans. »

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PHOTO - 9536_599578_k20_k19_1451959.jpg - © ACTON OSTRY ARCHITECTS / UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA
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