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« Un jour, Google construira des maisons »

Propos recueillis par Hugues Boulet, avec Julie Guérineau |  le 31/01/2014  |  TravailParisInternational

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Nicolas colin, cofondateur de la société d’investissement The Family -

Le 13 janvier, Google a annoncé l’acquisition, pour 3,2 milliards de dollars, de la société Nest, spécialiste des équipements « connectés » pour la maison, notamment des thermostats et des détecteurs de fumée. Faut-il y voir les prémices d’une mutation dans le bâtiment ? C’est l’avis de Nicolas Colin, investisseur et « facilitateur de start-up », pour qui les géants du numérique pourraient modifier la chaîne de valeur de la construction.

En s’offrant Nest, Google entre de plain-pied sur le marché de la maison connectée. Dans quel but ?

Le cœur de métier des géants de l’industrie numérique - Google, Apple… - est de collecter des données sur les individus pour leur vendre des services pertinents et personnalisés via des applications. Jusqu’ici, ils l’ont fait par l’intermédiaire des écrans, d’abord ceux des ordinateurs, puis des smartphones et des tablettes. Mais ces groupes commencent à se sentir à l’étroit dans ce cadre et s’intéressent désormais à des secteurs où le numérique est présent tout en ne transitant pas par ces interfaces, mais par ce que l’on appelle les « objets connectés ». Ce phénomène est présent dans le bâtiment par le biais de la domotique, qui n’est pas une filière nouvelle, mais qui reste peu développée, car rudimentaire et non connectée.

Quels sont ces objets connectés ?

Un système d’alarme que vous allez pouvoir commander par votre « smartphone » via un serveur distant ; un serveur électrique intelligent, qui va suivre en permanence la consommation d’énergie et calculer les corrélations entre les diverses conditions atmosphériques ou d’occupation de la maison ; un thermostat, comme celui de Nest, prendra le contrôle du système de chauffage et, en mobilisant de l’intelligence artificielle et des données massives (big data), apprendra à s’autoréguler sans qu’il soit nécessaire de lui donner des ordres. Ce sont tous ces petits objets qui, subrepticement, commencent à s’installer dans la maison. Ils préfigurent la future infrastructure domotique qui deviendra le « système d’exploitation de l’habitat ».

Comment voyez-vous le développement de ces « systèmes d’exploitation de l’habitat » ?

Comme dans d’autres secteurs, le marché sera très concentré. Pour les systèmes d’exploitation, il y a toujours un ou deux acteurs qui monopolisent le marché. Le rachat de Google par Nest s’inscrit dans cette grande bataille industrielle, qui va opposer tous les candidats souhaitant prendre une position dominante sur ce marché de l’habitat connecté.

L’habitat connecté va plus loin que la domotique…

Oui. On peut parier notamment sur le développement des applications liées à la santé. Si l’opérateur déploie les bons capteurs dans votre habitat, ceux-ci pourront mesurer votre rythme de vie, les conditions à l’intérieur de l’habitat et établir des corrélations avec votre état de santé…

Le contrôle de ces applications se fera à partir d’un « simple » smartphone ?

C’est l’avis général. L’individu n’aime pas emporter mille et un terminaux dans ses poches. Il en veut un seul, question de simplicité. Il faut noter qu’une illusion est en train de se dissiper, celle des fabricants d’objets connectés qui croyaient pouvoir nouer un lien direct et privilégié avec les utilisateurs finaux. Tout porte à croire que cela ne se passera pas ainsi. Ces objets ne seront que des auxiliaires d’application fonctionnant avec un système d’exploitation unique embarqué sur smartphone.

Ces applications pourront-elles se déployer dans le logement existant ?

C’est vrai que le fait d’être en Europe avec un parc ancien peut être un handicap par rapport aux Etats-Unis où l’on détruit beaucoup pour reconstruire du neuf. Cette situation va permettre aux acteurs américains d’aller plus vite dans le déploiement. Mais cela reste évidemment possible dans l’existant, surtout si on l’envisage par le biais de l’efficacité énergétique.

Est-ce que les majors de la construction auraient intérêt à investir dans l’habitat connecté ?

Ils pourraient le faire à condition de déployer une stratégie très précise, la seule qui ait une chance de succès : tout ce que nous construisons, nous l’équipons d’une infrastructure logicielle et d’objets domotiques sans supplément de prix, mais, en contrepartie, nous restons présents au-delà de la livraison pour assurer la maintenance du système d’exploitation et contrôler le fonctionnement du bâti dans la durée.

Les constructeurs devront-ils nouer des liens avec des groupes comme Google ?

Il y aura une différence entre construire une maison connectée et gérer son système d’exploitation : dans un cas, vous n’aurez pas de lien avec l’occupant, dans le deuxième, si. Et pour la bataille dans la répartition de la valeur, c’est toujours celui qui a le lien avec l’utilisateur final qui gagne. Surtout lorsque c’est un géant comme Google.

Si on poursuit dans cette logique, on peut estimer que toute la chaîne de valeur de la construction risque d’être chamboulée…

C’est possible. L’arrivée d’acteurs comme Google modifie les règles du jeu car si la marge se concentre en aval, les acteurs de l’amont doivent se répartir ce qui reste. Cela crée un phénomène de rareté et de pression sur les marges. Le rachat de Nest annonce donc la grande bataille pour le contrôle de la chaîne de valeur dans le BTP.

Et si les « acteurs de l’amont » font de la résistance ?

Alors Google construira lui-même des maisons. Les géants de la Silicon Valley ont de telles réserves capitalistiques qu’ils n’ont pas peur d’investir pour apprendre. Prenez le concepteur et constructeur de voitures électriques Tesla, qui a appris en quelques années ce que les constructeurs automobiles traditionnels ont mis plus d’un siècle à apprendre. Peut-être qu’un jour Google achètera des PME du BTP pour mettre au point une branche « Google bâtiment ». Bien sûr, il est encore tôt pour cela. Mais d’ici cinq ou dix ans, quand la bataille battra son plein…

D’une manière plus globale, d’autres acteurs du numérique peuvent-ils s’intéresser au bâtiment ?

Je citerais Apple, car il prête attention aux objets connectés et possède le deuxième système d’exploitation mobile. Il a donc un potentiel de télécommande universelle qui n’est pas négligeable. Amazon pourrait arriver sur ces marchés-là par le biais de la distribution. Ils seront peut-être un jour les Point P en ligne et, en remontant la chaîne de valeur, pourraient se retrouver en face d’acteurs comme Saint-Gobain.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.lemoniteur.fr/nest

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PHOTO - 774272.BR.jpg - © Thomas Gogny/Le Moniteur
La « Google House », déjà une réalité

Le 13 novembre, soit trois mois jour pour jour avant l’annonce de son rachat du fabricant de thermostats intelligents Nest, le groupe californien a ouvert les portes de sa « Google House » à Paris. Cette maison connectée éphémère, installée en plein cœur du 3 e arrondissement, a été conçue comme un exemple grandeur nature des fonctionnalités gratuites du groupe pour « améliorer le confort du domicile ». S’il ne s’agit pas encore de domotique à proprement parler, la « Google House » a pour mission de démontrer que les applications développées par le groupe sont utiles du salon à la salle de bains, en passant par la cuisine. Il est ainsi déjà possible de demander des conseils sur une recette à son smartphone, de visiter les plus grands musées du monde depuis son lit, de consulter les dernières tendances lové dans son canapé, ou de prévoir son temps de trajet en enfilant son manteau. Si ces applications, désormais disponibles, peuvent pour l’instant sembler anecdotiques, avec le rachat de Nest, Google fait un pas décisif vers son objectif de « maison connectée ».

Parcours

Nicolas Colin, 36 ans, est ingénieur diplômé de Télécom Bretagne passé ensuite par Sciences Po et l’ENA avant de rejoindre l’Inspection générale des finances. Après plusieurs années au service de l’Etat, il crée en 2010 « 1x1connect », société d’édition logicielle spécialisée dans le social marketing. En 2013, il crée The Family avec Alice Zagury et Oussama Ammar. Cette société investit et conseille des start-up mais aussi des entreprises matures œuvrant sur des marchés où la mutation numérique se met en place. A ce titre, le bâtiment fait partie des secteurs suivis de près par The Family.

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