En direct

Un jeu de construction en bois au Sénat

Stéphanie Obadia |  le 09/02/2018  |  ImmobilierParisEuropehygièneBois

Une structure en CLT se niche à l'intérieur de l'ancienne orangerie.

Au 64 bis, boulevard Saint-Michel, derrière un immeuble de bureaux de l'administration du Sénat réhabilité en 2015, se cache l'orangerie Auguste-Comte. Construite en 1861 par l'architecte Alphonse de Gisors, elle a été abandonnée dès 1873 sous Haussmann, lorsque le percement de la rue Auguste-Comte a été réalisé et que de nouveaux immeubles ont limité son ensoleillement. Ces dernières années, le bâtiment servait essentiellement de parking pour le personnel du Sénat et d'aire de stockage pour les jardiniers. En 2015, Damien Déchelette, architecte en chef du Sénat, propose de réaménager cet espace pour créer des ateliers et des bureaux pour la direction de l'architecture, du patrimoine et des jardins du Sénat. Ce bâtiment en R + 2 de 1 200 m2 de surface de plancher hébergera bientôt, au rez-de-chaussée, une banque d'accueil et les ateliers des menuisiers, serruriers, plombiers, peintres et maçons du Sénat.

A l'étage, se déploieront les bureaux des services architecture, patrimoine et exploitation-maintenance, des salles de réunion et un réfectoire avec vue sur les serres et le jardin du Luxembourg. « Seule la moitié de l'ancienne orangerie a été réhabilitée, faute de crédits, précise Damien Déchelette. L'autre moitié, qui fait office d'aire de stockage pour les jardiniers, suivra probablement dans quelques années. »

Fondations reposant sur des carrières. Le chantier a débuté en janvier 2017. Pendant quatre mois, les fondations et le sol ont été restaurés et la façade en pierre stabilisée. « Ce fut l'une des parties les plus contraignantes de cette réhabilitation », assure l'architecte en chef. Car l'orangerie repose sur des carrières qui avaient fait l'objet de comblements lors de sa construction, mais ces derniers présentaient des tassements. Les fondations ont dû être renforcées à l'aide de micropieux et d'injections de coulis de ciment sur 19 m de profondeur. « Cette contrainte a allongé la facture de 330 000 euros », dévoile Damien Déchelette. La façade en pierre de Saint-Maximin, très abîmée, a été quant à elle totalement restaurée : certaines pierres ont été remplacées, et l'acrotère reproduit à l'identique (lire l'article sur la façade, p. 69) . Ce n'est qu'en avril, une fois les fondations renforcées et les façades stabilisées, que le bâtiment a été entièrement mis à nu, et les échafaudages en parapluie montés. Tout à l'intérieur a été démonté, de l'ancienne charpente fatiguée au plancher vermoulu. « Il ne restait alors que la façade. Pour la maintenir, huit butons en bois ont été placés en partie haute à l'endroit des anciennes fermes, afin d'éviter que les parois ne se déplacent », indique Pascal Levillain, conducteur de travaux chez Poulingue.

Un bâtiment brut dans une orangerie. Pour réhabiliter cette ancienne orangerie, il aurait été trop contraignant de conserver une structure existante en piteux état. Damien Déchelette ne souhaitait pas, néanmoins, modifier le bâtiment d'origine, ni faire couler du béton. C'est pourquoi il a opté pour une solution en filière sèche en créant à l'intérieur de l'enceinte une structure en panneaux de bois lamellé croisé (CLT). « Le principe de boîte dans la boîte m'a tout de suite séduit. Solution sèche, économique, rapide, cette structure offre aussi la possibilité de pouvoir un jour être démontée sans pour autant dénaturer le bâtiment. Et puis, le bois et la pierre ne sont-ils les matériaux inhérents aux orangeries ? », interroge-t-il. Grâce à cette solution originale, seuls la fosse de l'ascenseur et des surbaux ont été coulés, en périphérie et à l'endroit des cloisons de distribution, afin d'accueillir la structure. Entièrement préfabriqués en usine en Autriche par l'entreprise KLH, les panneaux CLT ont été livrés sur chantier au fur et à mesure de l'avancement. Cinq ouvriers de l'entreprise Poulingue se sont chargés du montage. La boîte dans la boîte a alors pris forme progressivement en suivant un phasage très précis (lire p. 67) . Un ascenseur a pris place dans une gaine en CLT, « ce qui fait d'ailleurs l'objet de curiosité », précise l'architecte en chef. Ce véritable jeu de construction a nécessité sept mois de montage. Un délai plus long que prévu à cause de certains dérapages au niveau de la livraison et du manque de place pour le stockage.

Une fois les fondations renforcées et les façades stabilisées, le bâtiment a été mis à nu.

Aujourd'hui, les bâches ont été retirées. Les menuiseries en double vitrage ont toutes été refaites à l'identique avec des petits bois pour conserver l'esprit de l'orangerie. La toiture en zinc respecte la coupe de l'ensemble, même si l'architecte aurait préféré une serre au dernier étage ou un toit-terrasse. Les baies brise-soleil et les garde-corps viennent d'être installés et les aménagements intérieurs prennent forme. Des aménagements assez élémentaires, sans faux plafonds, avec des câbles apparents. Le bois brut est très présent, avec quelques touches de couleur et des plaques de plâtre.

Soigner l'acoustique était l'une des priorités de l'architecte en chef. Il a fait le choix du béton désactivé pour les planchers du rez-de-chaussée. Dans les étages, une chape sèche acoustique de 3,8 cm a été positionnée au-dessus du plancher, et la moquette a été privilégiée au parquet pour éviter les bruits de poinçonnement. Des panneaux acoustiques suspendus en fibres de bois sont prévus dans les plafonds des bureaux et des ateliers.

Long travail en amont. Satisfait du résultat de son premier chantier bois, Damien Déchelette souligne que ce type de construction impose une tout autre manière de procéder : « Il faut être précis et travailler le projet jusque dans les moindres détails bien en amont. Ce que nous avons fait avec les bureaux d'études et le constructeur. Les ouvertures pour les gaines, les réseaux et les passages électriques ont été dessinées et cotées très précisément avant leur découpage en usine. Une fois le projet validé, plus question de le changer ! » Autre première pour l'architecte : l'utilisation de la maquette numérique. Si celle-ci n'a pas été réalisée pour ce chantier, elle est en cours d'élaboration. « C'est plutôt formateur pour les équipes. Le BIM permettra, à terme, de mieux effectuer l'exploitation et la maintenance du site », confie l'architecte en chef.

Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre : direction de l'architecture, du patrimoine et des jardins du Sénat et Damien Déchelette (architecte en chef). BET : Sato et Associés, Pascal Dupuis, Ingébois. Entreprises : H. Chevalier (gros œuvre, ravalement des façades), Poulingue (structure bois), Schneider (couverture étanchéité), Les Charpentiers de Paris (menuiseries bois et extérieures). Durée du chantier : de janvier 2017 à mars 2018.

Coût des travaux : 4 millions d'euros HT.

PHOTO - 11260_699710_k2_k1_1671147.jpg
PHOTO - 11260_699710_k2_k1_1671147.jpg
PHOTO - 11260_699710_k4_k1_1671149.jpg
PHOTO - 11260_699710_k4_k1_1671149.jpg
PHOTO - 11260_699710_k5_k1_1671150.jpg
PHOTO - 11260_699710_k5_k1_1671150.jpg
PHOTO - 11260_699710_k6_k1_1671151.jpg
PHOTO - 11260_699710_k6_k1_1671151.jpg
PHOTO - 11260_699710_k7_k1_1671155.jpg
PHOTO - 11260_699710_k7_k1_1671155.jpg
PHOTO - 11260_699710_k8_k1_1671157.jpg
PHOTO - 11260_699710_k8_k1_1671157.jpg
PHOTO - 11260_699710_k9_k1_1671158.jpg
PHOTO - 11260_699710_k9_k1_1671158.jpg
Phasage - Montage par tranches verticales

Les éléments en CLT, préfabriqués par l'entreprise autrichienne KLH selon les plans d'exécution réalisés par le bureau d'études PI Conception, ont été livrés sur site au fur et à mesure de l'avancement. Seuls les éléments des murs périphériques ont été acheminés jusqu'à l'usine de Poulingue, située à Beuzeville, pour être isolés. Au total, trois compositions de CLT ont été utilisées sur ce chantier. Sur les murs périphériques : des doubles panneaux de 60 mm, avec un isolant laine de verre de 100 mm entre les montants et un film parepluie. Pour les cloisons : des doubles panneaux de 78 mm, dotés d'une isolation acoustique en laine de verre de 44 mm. Et, pour le plancher : du CLT de 226 mm, recouvert d'une chape sèche sur résilient acoustique puis de moquette.

Le montage de la structure s'est effectué en trois tranches verticales, et non par niveau, chacune nécessitant trois à quatre semaines. Des raidisseurs métalliques ont été placés pour solidariser les tranches entre elles. Un système de ferrures en acier engravées dans l'épaisseur du plancher, de chevilles et de boulons a fait la jonction avec la façade. Un chantier un peu compliqué en raison du manque de place, témoigne Pascal Levillain, conducteur de travaux chez Poulingue. « Il fallait avancer dans un mouchoir de poche, décharger de gros camions des panneaux de 7 m de long et 3 m de large avec un chariot télescopique, ce qui prenait une journée et demie par livraison ! Plus on avançait dans le chantier, moins on avait de place. Si c'était à refaire, je miserai sur un plus grand nombre de livraisons et des camions moins gros. »

Façade - Dans le respect de l'histoire

Quatre mois entre les études et la fin du chantier ont été nécessaires pour redonner à la façade son lustre d'antan. Après un repérage sur site et un scan, un plan détaillé sur AutoCAD a été validé par l'architecte en chef du Sénat, Damien Déchelette. Dans le strict respect du bâtiment et de son histoire, il a pris soin de conserver le plus souvent possible les impacts de balles visibles sur la façade, héritage des échanges de tirs qui ont eu lieu lors de la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Un gros travail en amont pour l'entreprise chargée de la restauration, mais « nécessaire pour déterminer exactement les parties à remplacer pour cette façade classée », précise Christophe Chabin, conducteur de travaux chez H. Chevalier.

Sur ce chantier, 25 % des pierres (soit 70 m3 ) ont été remplacées, essentiellement pour la partie basse au droit des fenêtres et pour l'acrotère, entièrement déposé et dont les sculptures - clés de voûte et dessins de fleurs - en pierre de Saint-Leu ont été refaites à l'identique. Dans les ateliers à Suresnes d'abord, où quatre compagnons tailleurs de pierre ont dégrossi les sculptures sur 3 cm. Puis sur place, afin d'avoir un rendu le plus harmonieux possible. La façade de l'orangerie en pierre de Saint-Maximin, profondément abîmée par les intempéries et les impacts de balles, a d'abord reçu un traitement biocide, puis a été nettoyée par hydrogommage. Certaines pierres ont été remplacées. Une patine a ensuite été appliquée sur l'ensemble. Un chantier classique pour l'entreprise H. Chevalier.

Commentaires

Un jeu de construction en bois au Sénat

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX