Bâtiment

Un immeuble nancéien prouve que « le passif c’est cher mais ça marche »

Mots clés : Conjoncture économique - Coûts et prix - Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique - Ventilation - Verre

Nécessitant VMC double flux et triple vitrage, les immeubles passifs français ont un coût de construction plus élevé. Mais les consommations relevées dans un immeuble passif livré fin 2010 au coeur de Nancy montrent que ce surcoût initial permet de garantir, contrairement aux exemples BBC, une performance énergétique réelle à la hauteur des prévisions théoriques.

« Quand on a goûté au passif, on ne peut plus s’en passer ». L’architecte nancéien Rolf Matz fait partie de ceux que la RT 2012 laisse indiffèrent. Comme plusieurs dizaines d’architectes français, il a basculé dans la religion du passif. Son temple : le passivhaus à Darmstat, son prophète le Dr Feist.

En 2004, il part outre-Rhin pour découvrir les préceptes du concept. Il y retourne depuis chaque année pour mieux comprendre les commandements de la construction passive dont la finalité est d’atteindre une consommation, tous postes compris (dont l’électrodomestique auquel ne s’intéresse pas la RT 2012), inférieure à 120 kWh d’énergie primaire par m² et par an.

En 2008, pour un projet au cœur de Nancy, il réussit à convaincre la société Lorraine d’Habitat de viser le passif. Rolf Matz n’a pas ménagé ses efforts pour minimiser le surcoût. Il a même négocié personnellement le prix des VMC trois en un (ventilation, appoint de chauffage et production d’eau chaude via une petite pompe à chaleur) chez le fabricant autrichien Drexel and Weiss. Mais construire passif nécessite de recourir au triple vitrage et, selon l’architecte nancéen Rolf Matz, les prix pour ce type de matériel sont, en France, excessifs. Les menuiseries bois triple vitrages posées sur le bâtiment de Nancy  représentent 11% du montant des travaux. Au final, le coût de construction de l’immeuble de 8 logements sociaux, livré fin 2010, s’élève à 1750 euros/m², contre 1400 euros pour un projet standard de logements sociaux dans la région.


Facture totale mensuelle : 15 euros / mois

Les locataires ont déjà passé deux hivers dans le bâtiment. Les consommations électriques relevées par une famille occupant un T4 confortent Rolf Matz dans sa croyance au passif : moins de 105 kWh d’énergie primaire consommée par m² et par an. «Les résultats fournis par le logiciel PHPP – tableau Excel accessible à des non thermiciens qui constitue la bible des adeptes du passif – se révèlent beaucoup plus proches de la réalité que les calculs règlementaires», précise l’architecte nancéen.

 

RELEVE DES CONSOMMATIONS D’UN T4 OCCUPE PAR 3 PERSONNES

 

Pour arriver à une facture globale de 15 euros chaque mois, le bailleur s’est intéressé à tous les postes. Il a notamment installé des LED dans les cuisines, les couloirs et les entrées des logements et a pris le temps d’expliquer, aux futurs locataires, l’importance d’acheter un réfrigérateur étiqueté énergétiquement A ou A +, car il s’agit d’un équipement fonctionnant en continu.

Avec de si faibles consommations, on se demande pourquoi Rolf Matz n’a pas souhaité recouvrir le bâtiment de panneaux photovoltaïques afin de pouvoir l’estampiller « bâtiment à énergie positive ». Un non-sens, selon l’architecte : « Le photovoltaïque coûte cher et produit une électricité non consommée sur place». Il préfère réfléchir à la transposition aux logements des batteries de camping-car, alimenté en éthanol.

Surchauffe estivale : talon d’Achille du passif

Si la performance énergétique d’un bâtiment passif semble quasi-assurée, le confort d’été demande une attention particulière.

Un bâtiment passif est un bâtiment on ne peut plus étanche. L’air ne peut rentrer et sortir que par les bouches de la VMC. Alors quand les rayons du soleil pénètrent un bâtiment passif, ça chauffe très vite. Le premier été, la température est montée dans les logements de Nancy. Avec le recul, reconnaissant que le talon d’Achille du passif est la surchauffe estivale, Rolf Matz  explique que « les balcons situés au sud se révèlent aujourd’hui trop peu profonds pour bloquer le soleil».
Pour cette seconde période estivale, l’utilisation de la VMC a donc été modifiée. Les ventilateurs tournent moins la journée, quand l’air extérieur est chaud, et plus la nuit quand il est frais.

 

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