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Un îlot entre les siècles

Raphaëlle Saint-Pierre |  le 05/02/2016  |  ImmobilierLogementLogement social

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Mixité -

Un ensemble immobilier hétérogène du Marais parisien a été réhabilité de fond en comble après plus de trois ans de travaux.

Pour désigner l’équipe de maîtrise d’œuvre de cette opération à mener dans le Marais parisien, Elogie, une société d’économie mixte (SEM) de la Ville de Paris, n’a pas organisé de concours mais un appel à candidatures. La maîtrise d’ouvrage a ensuite travaillé sur le projet avec l’agence sélectionnée (Atelier du Pont), la mairie du IIIe arrondissement, les architectes-voyers et des Bâtiments de France, la Commission du Vieux Paris, etc. Il faut dire que la délicate opération en question se trouve dans le périmètre du Plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais, face à l’hôtel d’Hallwyl de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806). Rue Michel-le-Comte, l’ensemble immobilier s’étend sur une profonde parcelle constituée au fil du temps.

Un hôtel XVIIe et des ajouts successifs.

Au départ : un hôtel particulier XVIIe siècle avec ses dépendances. Transformé au XVIIIe, il se trouve pourvu d’ajouts successifs avec l’annexion, à l’arrière, du jardin d’un autre hôtel particulier. Le tout est encore restructuré au XIXe avec la création d’un passage long et sombre faisant le lien entre la rue et la cour du fond. Pour changer l’image de ce porche, les architectes de l’Atelier du Pont conservent le principe des pilastres latéraux qui le scandent, aux pieds peints en rouge comme autrefois, mais accusent leur silhouette avec un éclairage qui rythme et dynamise les lieux. Sur les murs, le revêtement en aluminium anodisé renforce la touche contemporaine. L’immeuble étant à moitié vide au début des travaux, une opération à tiroirs est organisée en site en partie occupé. Plutôt que de transformer le tout en un îlot muséal, les intervenants décident de conserver la mixité programmatique, témoignage du passé artisanal du Marais.

Avant la restauration, logements et locaux d’activités étaient disséminés un peu partout. Pour clarifier les fonctionnalités, les rez-de-chaussée sont désormais dévolus aux bureaux et commerces ainsi que l’immeuble XIXe en « U » situé en fond de cour. Un investisseur privé aurait demandé à densifier davantage. Les architectes préfèrent rouvrir la cour historique du XVIIe et restituer un second passage vers la rue. Dans les cages d’escalier, l’intervention de l’agence se focalise sur l’éclairage, dans le vide central et dans une gorge lumineuse périphérique, pour conserver le caractère d’origine tout en respectant le niveau d’éclairement réglementaire. Aux étages, les structures en bois sont mises à nu et renforcées, puis des appartements tous différents sont agencés, loin des standards du logement social. Une cohérence apparaît entre l’ensemble immobilier historique et les prestations intérieures de qualité (parquet en chêne, grandes cuisines, faïence dans les salles de bains et les cuisines, vrais placards). La multiplication des échappées visuelles compense les vis-à-vis. Les caves abritent désormais les réseaux et les installations techniques, évitant ainsi toute émergence en toiture.

Esthétique contemporaine.

Pour faire le tri entre ce qu’il était pertinent de conserver dans cet ensemble hétérogène délabré, les architectes se sont appuyés sur une étude de l’historien Jean-Paul Midant. Sur cette base, Atelier du Pont propose de construire un petit immeuble sur la cour arrière, en lieu et place d’un bâtiment XIXe très dégradé et de mauvaise facture. Alors que partout ailleurs les architectes restaurent les façades à l’identique, ils osent ici une esthétique contemporaine.

Distribuée par les anciennes cages d’escalier, la dizaine de logements sociaux profite de l’orientation plein sud et du calme. Des plaques d’aluminium anodisé doré revêtent les façades. Perforées, elles se transforment en persiennes qui permettent de fermer les généreux balcons et de composer un dessin aléatoire. Tandis que la partie ancienne respecte les préconisations du Plan Climat Patrimoine (80 kWh/m2.an), la partie neuve répond au Plan Climat de la Ville avec une performance d’objectif de 50 kWh/m2.an. Sur son toit, des panneaux solaires alimentent l’ensemble en eau chaude sanitaire.

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Programme : 30 logements sociaux et 8 locaux d’activité. Maîtrise d’ouvrage : Elogie. Maîtrise d’œuvre : Atelier du Pont (Anne-Cécile Comar, Philippe Croisier, Stéphane Pertusier). Chefs de projet : Alice Berthelon et Ariane Rouveyrol. BET : Parica (TCE). Entreprise générale : SRC. Surface : 4 766 m2 Shon (3 056 m2 de logements, 1 710 m2 de bureaux et commerces). Coût des travaux : 11,16 M€ TTC.

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