Métiers Hôtellerie

Un énorme marché de rénovation à saisir

Avec un important parc existant à moderniser, le marché de l’hôtellerie est ­alléchant. Plus d’un milliard d’euros par an devrait y être consacré.

«Près d’un quart de nos hôtels français classés est vieillot, voire vétuste, et un tiers est à bout de souffle dans leur produit . » Le constat du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française est sans appel pour l’hôtellerie indépendante, très majoritaire (83 % des hôtels). Et dans l’oreille d’un professionnel du bâtiment, il résonne comme une source potentielle de travaux. Au vu de la diversité et de l’éclatement de l’offre hôtelière en France, difficile de chiffrer ce potentiel. L’institut Développement construction, dans une étude de juin 2009, estimait que « la remise à niveau du parc hôtelier français devra nécessiter jusqu’à 10 milliards d’investissements », dont l’essentiel dans les trois à cinq ans qui viennent. De son côté, le cabinet KPMG estime le coût de rénovation d’une chambre entre 5 000 et 15 000 euros, selon le type d’hôtel. Deux leviers sont sources de chantier. D’abord, une nouvelle classification des hôtels est en cours de déploiement, qui nécessite de revoir les installations (sanitaires, ascenseurs…). Ensuite, et surtout, les nouvelles obligations en termes de sécurité incendie et d’accessibilité interviendront respectivement en 2011 et 2015 (voir encadré ci-contre). De sorte que des diagnostics à la maintenance, en passant par la conception des espaces et l’organisation des travaux, les besoins sont considérables, et les professionnels du bâtiment pourraient y trouver des débouchés intéressants. Il suffisait d’arpenter fin novembre les allées du salon Equip’Hotel pour s’en convaincre.

 

Les 10 premières enseignes en France(en nombre de chambres)
Rg Nom Hôtels Chambres
1 Ibis (Accor) 384 33 190
2 Mercure (Accor) 259 23 440
3 Etap hotel (Accor) 290 22 090
4 Hôtels F1 (Accor) 262 19 660
5 Campanile (Louvre Hôtels) 327 19 632
6 1re classe (Louvre Hôtels) 224 16 016
7 Novotel (Accor) 125 15 518
8 Kyriad (Louvre Hôtels) 230 13 419
9 B and B (B and B Hotels) 181 12 969
10 Balladins (DHM) 133 6 787

 

Focus

A la source des travaux, l’accessibilité et la sécurité incendie

Comme tout établissement recevant du public (ERP), les hôtels doivent se mettre en conformité avec, d’une part, la réglementation incendie (arrêté du 24 juillet 2006, obligation au 4 août 2011) et, d’autre part, la réglementation liée à l’accessibilité (loi du 11 février 2005, obligation en 2015) (voir cahier pratique de ce numéro). Qu’il s’agisse des dispositifs facilitant l’évacuation et l’intervention des secours, de l’implantation de rampes d’accès ou de la mise en place de sanitaires adaptés, l’une comme l’autre des réglementations nécessite d’importants travaux, voire une reconfiguration complète des lieux.

A la mi-2008 (derniers chiffres connus), un tiers des petits hôteliers respectait les règles incendie et un tiers avait envisagé ou entamé des travaux. S’agissant de l’accessibilité, près des deux tiers d’entre eux étaient hors jeu. Depuis, la crise qui a touché le secteur a quelque peu figé la situation. Un rapport remis cet été à Hervé Novelli, alors secrétaire d’Etat au Tourisme, estimait que la mise aux normes incendie dans les hôtels pouvant recevoir plus de 100 personnes causerait la disparition de 30 % du parc indépendant. A l’époque, Hervé Novelli avait souhaité « reporter l’entrée en vigueur de ces règles à 2015 », en même temps que l’accessibilité. Six mois plus tard, le dossier n’a pas avancé et l’échéance de 2011 pour la réglementation incendie reste valable.

Focus

« La majorité des hôteliers n’a rien fait pour se conformer aux normes »

3 questions à…Mark Watkins, président du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française.

Quelle est la grande préoccupation des hôteliers quant à leur bâti ?

La mise aux normes de sécurité et d’accessibilité, qui pose un énorme problème. Cette réglementation part d’une bonne intention, mais son niveau d’exigence est exagéré. Elargir un couloir ou ajouter un escalier est souvent impossible dans l’existant. Architectes et bureaux d’études le constatent tous les jours. Cela pourrait causer la fermeture de 3 000 à 4 000 hôtels classés sur 17 000. De plus, ces normes, imprécises, laissent place à l’interprétation des commissions de sécurité. Bref, l’argent mobilisé pour respecter ces règles empêche la profession d’investir dans la modernisation, donc l’attractivité d’une offre qui en a pourtant bien besoin.

 Comment le secteur est-il préparé et combien cela va-t-il coûter ?

La majorité des hôteliers n’a rien fait, sauf les établissements récents qui se sont ajustés. Evaluer le coût est difficile, eu égard à l’extrême variété des hôtels. Jusqu’à 10 milliards d’euros seraient nécessaires pour remettre à niveau le parc. Le gouvernement a une approche libérale du problème mais une chose est sûre : si l’hôtelier est épaulé par Oseo (voir ci-contre), les banques suivent. Je souhaite donc que le dispositif du PPRH monte en puissance.

Qu’attendent les hôteliers des professionnels du BTP ?

Je recommande toujours aux hôteliers de travailler avec des spécialistes, car un hôtel est complexe à concevoir. L’architecte doit faire la synthèse entre les demandes de son client et les besoins et usages d’une foultitude de clients. Il doit prévoir des équipements durables et faciliter la maintenance du site. Je remarque que les professionnels innovent peu, avec du coup une certaine uniformisation. Les spécialistes reconnus sont rares, et l’amateurisme prévaut encore dans l’hôtellerie.

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veille projets

222 projets ont été détectés entre janvier 2009 et septembre 2010 par Vecteur (spécialiste de la veille )
26 chambres pour un projet moyen en réhabilitation pour une surface moyenne (Shon) de 2 100 m2.
34 chambres pour un projet moyen en neuf pour une surface moyenne (Shon) de 3 100 m2.
92 jours (non ouvrables) de délai moyen entre la remise des offres et le début des travaux.
50 % des projets sont confiés à des maîtres d’œuvre du même département.

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A savoir

Un prêt sur mesure pour les travaux hôteliers > Pour financer leurs travaux, les hôteliers peuvent obtenir un prêt participatif pour la rénovation hôtelière (PPRH). Porté par la Caisse des dépôts et Oseo, il octroie des prêts à des taux préférentiels allant de 40 000 à 120 000 euros à des PME de plus de trois ans et bénéficiaires. Les dépenses finançables concernent notamment les travaux de rénovation, d’extension, de mise aux normes de sécurité et d’accessibilité. Ce dispositif devrait générer 1,5 milliard d’investissements sur trois ans. Selon Richard Livet, responsable du tourisme pour Oseo, « les montants moyens des PPRH s’élèvent à 110 000 euros, soit un financement global de 330 000 euros ».

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