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Un bâtiment phare posé sur pilotis face à la mer
Le bâtiment, dont l’enveloppe est composée d’un camaïeu de vitrages bleutés, repose sur 124 poteaux-pilotis aux fonctions variées (structure, protection incendie ou descentes de eaux pluviales) - © © Jean-Philippe Defawe/ Le Moniteur

Un bâtiment phare posé sur pilotis face à la mer

Jean-Philippe Defawe, bureau de Nantes du Moniteur |  le 11/06/2014  |  ArchitectureMorbihanEtat

A partir de cet été, les huit sites des services de l'agglomération du pays de Lorient (Morbihan) seront rassemblés dans un unique bâtiment signal sur pilotis, dont la façade d'écailles de verre pixelisée s'élève en proue face à la rade.

C'est un morceau d'Histoire qui est en train de se construire sur la pointe de la ZAC du Péristyle, un bout de terre où la Compagnie des Indes orientales a donné naissance à la ville de Lorient (Morbihan), au milieu du XVIIe siècle.

L'implantation de ce bâtiment public en plein cœur de ce site de 7,5 ha - longtemps interdit aux Lorientais en raison de son utilisation par la Marine nationale - a provoqué de nombreux débats qui expliquent en partie les retards successifs pris par le projet. Si le concours d'architecture a été gagné en 2005 par Jean de Giacinto et Duncan Lewis, c'est seulement à partir d'octobre 2011 que les travaux ont pu démarrer. « Nous sommes entrés dans le temps du territoire qui, pour la première fois, s'approprie ce lieu symbolique en s'ouvrant vers la mer », justifie Norbert Métairie, maire de la Ville et président de l'agglomération du pays de Lorient.

Par sa construction sur pilotis, le bâtiment de 9434 m² Shon et 26 mètres de haut vient ponctuer le site du Péristyle sans créer de rupture. Au contraire, la construction est mise en scène par la nouvelle esplanade publique qui se prolonge sous le bâtiment avec un traitement des sols unique (dallage en béton décoratif Artévia avec 1500 incrustations en granit et ardoise). Ce parvis en gradin de 1200 m², sous lequel vient se glisser la partie basse du bâtiment (socle), se termine par un escalier monumental menant au hall d'accueil. A moins 3,5 m, le socle est une sorte de plateau polyvalent de 605 m² qui comprend un espace d'exposition et un auditorium dont l'architecture se glisse dans le soulèvement du parvis grâce à une structure mixte acier-béton.

Importance des vides

L'auditorium de 192 places servira également au conseil communautaire. Il s'inspire de l'univers maritime avec une coque en bois composée de seize facettes en liteaux de mélèze, réalisée par l'entreprise Audic. Si la partie basse du bâtiment est entièrement dédiée aux espaces ouverts au public (dont une brasserie), les étages supérieurs rassembleront les bureaux dans un vaste parallélépipède, appelé « le massif ». « Une des composantes de ce projet est le vide, or c'est ce qu'il y a de plus difficile à construire », déclare Jean de Giacinto. Les principes constructifs retenus ont permis de libérer de l'espace. « La structure repose sur la tour d'ascenseur, huit mégapoteaux en béton inclinés et une couronne de poteaux-pilotis », précise-t-il. On retrouve des espaces vides à l'intérieur de l'imposant massif avec trois patios, des volumes toujours légèrement inclinés qui s'extrudent de l'ensemble des plateaux de bureaux et apportent de la lumière.

L'identité de ce bâtiment manifeste est aussi portée par la façade du massif, et notamment son étonnante double peau, patchwork en relief d'éléments verriers colorés encadrés de bois (pin nordique traité classe IV). "Le bois, qui prendra une teinte gris clair avec le temps, apporte un côté sensible à la façade", indique l'architecte Duncan Lewis. Cette double peau, qui agit comme un tampon thermique, s'inscrit dans une ambition environnementale forte. Chauffé au bois, ce bâtiment BBC certifié performance énergétique et qualité associée (PEQA) se dispense de climatisation et prévoit des besoins de chauffage inférieurs à 15 kWh/m².an et une consommation d'énergie primaire (CEP) inférieure à 50 kWh/m².an. Une fois déduite la production d'une ferme solaire en toiture, sa consommation en énergie primaire est estimée à 235 000 kWh par an, soit 32 kWhep/m².an. Preuve qu'une architecture généreuse peut être sobre en énergie.

Présentation du projet par l'architecte Jean de Giacinto

Maison de l'agglomération de Lorient

Maîtrise d'ouvrage : Lorient Agglomération.

Architectes : Jean de Giacinto (mandataire), Duncan Lewis - Scape architecture (associés), Philippe Amoros et Bruno Gerbier (suivi).

BET : Egis Centre Ouest (TCE), Viam (acoustique), Penicaud green building (HQE).

Entreprises : Quille Construction (structure), CMA-Caillaud (façade).

Coût des travaux : 24 millions d'euros HT.

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