En direct

TUTORAT - Le BTP valorise la transmission des savoirs
PHOTO - 281261.HR.jpg - © Source : d'après le mémento 2009 du GFC BTP

TUTORAT - Le BTP valorise la transmission des savoirs

caroline gitton et emmanuelle n'haux |  le 22/01/2010  |  ImmobilierEntreprisesRéglementationDroit du travailApprentissage BTP

Le tutorat joue un rôle de premier plan dans la politique d'intégration des salariés en alternance au sein des entreprises du BTP.
Elles valorisent la fonction tutorale en envoyant les futurs tuteurs en formation.

C'est inscrit dans l'histoire du secteur. « Le BTP s'est toujours servi des anciens pour former les jeunes », rappelle Eric Logheder, DRH de GCC (gros œuvre). Le tutorat joue notamment un rôle non négligeable dans l'intégration de salariés en alternance. « L'effort de formation doit déboucher sur une embauche en CDI. Ainsi, cinq ans après leur formation, 75 % des '' apprenants '' sont toujours dans l'entreprise », explique Philippe Marcy, responsable de l'école de formation interne chez Ramery (TP). « La clé de l'obtention de leur diplôme, condition de l'embauche, c'est le suivi par un tuteur », appuie Jean-Manuel Soussan, directeur du développement des ressources humaines (DRH) chez Bouygues Construction. En application de l'accord national BTP du 13 juillet 2004 et de ses avenants, la profession a rendu obligatoire la désignation d'un tuteur pour les contrats et les périodes de professionnalisation et valorise la fonction tutorale, via l'octroi d'aides financières par les organismes paritaires collecteurs agréés (voir ci-dessous).

Travailler sur l'emploi des seniors

Le BTP n'a donc pas attendu les récents textes sur l'emploi des seniors pour éprouver les vertus de la transmission des savoirs. Dans sa liste des actions qui peuvent être retenues dans les accords ou plans d'action sur l'emploi des salariés âgés, le décret du 20 mai 2009 inclut en effet le développement du tutorat. Ce dernier est mis en avant, par exemple, par les accords seniors signés dans les filiales de Bouygues Construction.
Pour autant, on ne saurait voir dans le tutorat une réponse systématique à la problématique du maintien dans l'emploi des seniors. « Pour être tuteur, il faut certes être expérimenté. Mais tous les salariés âgés n'ont pas vocation à devenir tuteur, nuance ainsi Loïc Héaulme, DRH de l'entreprise de canalisation Sade. Ce n'est d'ailleurs pas forcément une question d'âge : on peut aussi être un très bon tuteur à 35 ans ! »
Les tuteurs potentiels sont, en règle générale, repérés au sein de la maîtrise de chantier (Etam, chefs de chantiers confirmés.) pour leurs qualités pédagogiques. Bien souvent, les salariés volontaires ont eux-mêmes bénéficié de l'expérience d'un collègue à leurs débuts. C'est le cas de Dominique Deguine, chef d'équipe chez ETDE. Il encadre un jeune apprenti de 21 ans en vue de l'obtention de son baccalauréat professionnel, après l'avoir épaulé l'an dernier jusqu'à son BEP. « J'ai pu apprendre d'un ancien les petites astuces du métier, les raccourcis techniques. La transmission des savoirs me permet, aujourd'hui, de rendre ce qu'on m'a apporté », s'enthousiasme-t-il.

Former les futurs tuteurs

Le tuteur est ainsi un guide pour le jeune tout au long de sa formation. Il lui transmet les gestes, postures et savoir-faire du métier, et lui fait découvrir sa place dans l'entreprise. Sans oublier le savoir être : respecter les autres, être à l'heure, observer les consignes de sécurité. Ce n'est pas là le moindre des rôles du tuteur. « Une tâche qui n'est pas toujours des plus aisées, pointe Jean-Manuel Soussan. Car certains jeunes peuvent rencontrer des difficultés pour entrer dans le cadre. »
Mais ne s'improvise pas passeur de savoirs qui veut. « La préparation est un élément de réussite », reprend Jean-Manuel Soussan. Ainsi, nombre d'entreprises du secteur ont instauré des formations dédiées au tutorat. A l'image de Ramery, qui propose à ses collaborateurs des sessions sur trois jours : rôle et missions du tuteur, méthodes d'évaluation des acquis, pédagogie. Carnet de pilotage chez Sade, carnet de bord chez ETDE, parcours de formation chez Ramery : les entreprises mettent en outre à disposition des tuteurs divers outils, véritables fils conducteurs pour les aider à remplir leur mission (avec fiches mémoire sur les techniques tutorales, grilles d'évaluation.). Mieux : depuis la remise d'un diplôme à l'issue de la formation jusqu'à leur politique salariale, les employeurs s'efforcent de valoriser la fonction tutorale. Pour tenir compte de la charge de travail liée au tutorat, GCC a ainsi instauré un système de prime versée tous les six mois, avec doublement du montant au moment de l'obtention du diplôme du jeune. « Cette activité permet au tuteur de développer des compétences managériales », conclut Jean-Manuel Soussan. Et ainsi d'être en mesure, ensuite, d'évoluer dans l'entreprise.
-

Conditions de prise en charge pour l'exercice du tutorat

Période de professionnalisation

Contrat de professionnalisation

Age du bénéficiaire

Moins de 26 ans

Plus de 26 ans

Moins de 26 ans

Plus de 26 ans

Tuteur

Obligatoire

Recommandé

Obligatoire

Obligatoire

Plafond de prise en charge

Non

Non

230 euros

230 euros

Durée de prise en charge

-

-

Bâtiment : trois mois maximum

Travaux publics : quatre mois maximum

Formation du tuteur

Recommandée

-

Bâtiment : recommandée

Travaux publics : formation agréée par l'Ordre des tuteurs

Niveau de la formation

-

-

Tous niveaux

Les entreprises bénéficient d'aides financières pour former au tutorat des salariés justifiant d'au moins deux ans d'expériences professionnelles dans la qualification visée. Les organismes paritaires collecteurs agréés prennent en charge les dépenses de formation, de salaire, d'hébergement et de transport de ces salariés à hauteur de 15 euros/heure pour une durée maximale de 40 heures de formation.
Il existe par ailleurs des aides financières liées à l'exercice du tutorat (tableau ci-dessus). La branche des travaux publics a mis en place un programme, l'Ordre des tuteurs, destiné à promouvoir la fonction tutorale. Un accord national du 8 décembre dernier en fixe les nouvelles dispositions. Pour bénéficier de cette prise en charge (230 euros pour une durée maximale de quatre mois), les entreprises devront avoir inscrit leur salarié préalablement formé à l'Ordre des tuteurs et lui avoir versé une prime de 650 euros. Par ailleurs, la loi du 24 novembre 2009 relative à la formation professionnelle prévoit, à titre expérimental, l'imputation sur le plan de formation d'une partie des dépenses liées à la rémunération des tuteurs encadrant des jeunes en contrat d'apprentissage. A ce titre, l'accord national des TP prévoit le remboursement aux entreprises de la prime de 650 euros.

christian perrin, responsable de développement rh et formation . etde . électricité - « Nous formons nos collaborateurs de production au tutorat »

« Nous avons monté, en 2007, une formation au tutorat pour nos collaborateurs de production, dans le cadre d'un partenariat avec la Fédération nationale des travaux publics et l'Association régionale paritaire pour le développement de la formation continue (Aref). L'objectif : permettre aux salariés formés de mieux appréhender leur rôle et leurs missions et d'adapter leur style de management. Car il peut y avoir des écarts entre les attentes des entreprises et celles des apprentis. Cette formation, dispensée à raison de neuf sessions par an, se veut très pratique, opérationnelle, telle une boîte à outils.
Elle aborde, via des jeux de rôle, les méthodes d'évaluation des acquis du jeune et la conduite des entretiens d'évaluation.
En effet, nous nous sommes aperçus d'une difficulté, chez certains de nos collaborateurs, pour évaluer le salarié qu'ils accompagnent. Cette formation est sanctionnée par un diplôme de tuteur et l'octroi d'une prime de 650 euros aux salariés formés. Il s'agit d'une formation assez lourde, d'une durée de quatre jours : nous insistons ainsi auprès des managers pour qu'ils libèrent leurs collaborateurs. Depuis 2007, pas moins de 234 de nos salariés ont pu être ainsi formés au tutorat. »

Commentaires

TUTORAT - Le BTP valorise la transmission des savoirs

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX