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Trois élus à l’heure des choix

Propos recueillis par Emmanuelle N’Haux (à Saint-Etienne), Laurent Miguet (à Wattwiller) et Christiane Wanaverbecq (à Agen) |  le 15/11/2013  |  ÉvénementCollectivités localesGironde

Entretien croisé -

Si Saint-Etienne, Agen et Wattwiller n’ont pas les mêmes caractéristiques, les maires de ces trois communes se posent la même question : quelle stratégie financière convient-il de mettre en œuvre pour développer le territoire ?

Est-il mal perçu d’engager des investissements aujourd’hui ?

Maurice Vincent : Non, je ne le pense pas. Avec un taux de croissance bas en France comme en Europe, l’investissement soutient la croissance et est générateur d’emplois. En revanche, nos concitoyens restent attentifs à la bonne gestion des collectivités locales et attendent des explications sur le choix de tel ou tel investissement. Sur le plan local, je m’efforce depuis quatre ans maintenant de stabiliser les impôts locaux.
Jacques Muller : Franchement, non. Par exemple, le mouvement minoritaire contre notre projet d’écoquartier ne relevait pas d’une opposition de principe à l’investissement, mais d’une hostilité à l’habitat aidé. Nos adversaires privilégient les aînés, alors que notre ambition cible la tranche des 25-40 ans. Comme dans tout le piémont des Vosges, la flambée des prix induite par un cadre exceptionnel et la proximité des grandes infrastructures rend difficile l’implantation de jeunes ménages modestes. Après des négociations foncières plus longues que prévu, le projet d’extension urbaine dans une ancienne friche industrielle a abouti début novembre au choix de l’architecte.
Jean Dionis du Séjour : Les gens sortent de la crise, larvée avant 2008 et brutale ensuite, avec des convictions changées sur l’action publique. Ils ont vu leur pouvoir d’achat stagner. A plus forte raison à Agen, où le revenu moyen par ménage est de 1 300 euros nets. La tolérance fiscale de nos concitoyens est beaucoup plus faible. Mais ils comprennent l’endettement sur le long terme à condition de justifier les investissements d’intérêt général. Nous avons très vite pris conscience de ce contexte et avons décidé de financer notre programme d’investissements par l’épargne : il est de 13 % à la Ville et de 20 % à l’agglomération. Cela implique une gestion modeste, frugale, du fonctionnement, notamment en maîtrisant les frais de personnel. L’autre clé est la maîtrise des coûts et des délais avec, en interne, des chefs de projets exigeants. Enfin, aujourd’hui, la bataille pour les subventions est devenue stratégique. Elles sont devenues rares mais elles continuent d’exister. Nous sommes devenus des commerciaux de notre ville pour défendre nos projets auprès de l’Etat, l’Union européenne et les autres collectivités, et les cofinancer. Nous avons d’ailleurs recruté un contractuel dont la mission sera de faire la programmation financière pour identifier les subventions publiques mais aussi les partenariats privés. Je ne suis pas hostile à ce type de contrat. Cela s’apprécie en fonction du contexte. Cela se négocie et se contrôle.

Allez-vous privilégier les dépenses d’investissement pour soutenir la croissance économique ou, au contraire, ralentir ces dépenses pour préserver la situation financière de votre collectivité ?

M. V. : En accédant à la mairie, mon premier objectif a été de désendetter la Ville. Ce que j’ai fait à hauteur de 30 millions d’euros et qu’il faudra poursuivre. Dans ce contexte, pour garder des marges de manœuvre et soutenir l’investissement, nous avons fait des efforts de rigueur dans la gestion des dépenses de fonctionnement. Mise en concurrence accrue, meilleure gestion des approvisionnements, contrôle de la masse salariale… nous ont permis de maintenir une enveloppe annuelle de 50 millions pour nos investissements. Certains des investissements réalisés, notamment dans les domaines de l’éclairage public ou de l’eau, ont eu pour effet de générer des économies de fonctionnement. Dans le domaine de la rénovation urbaine, nous avons pu, grâce à l’Anru et l’établissement public d’aménagement de la Ville, engager de nouveaux programmes. Maintenir un certain niveau d’investissement exige d’aller chercher des financements extérieurs, y compris au niveau européen.
J. M. : Comme professeur de macro-économie, je crois à l’effet multiplicateur de l’investissement public. Seules les collectivités peuvent prendre la relève de l’Etat dans ce domaine. Avec un endettement par habitant égal à la moitié de la valeur moyenne pour les communes de moins de 2 000 habitants, nos finances saines nous donnent une marge de manœuvre que nous utilisons, à raison d’un projet phare par mandat. Cette stratégie a permis de financer la rénovation et l’extension du centre socioculturel Katia-et-Maurice- Krafft, actuellement en cours d’achèvement après un investissement de 1,7 million d’euros HT. Avant d’emprunter 1,4 million d’euros pour ce projet, Wattwiller n’avait pratiquement plus contracté de dette pendant cinq ans, sauf pour une intervention d’urgence sur la toiture de l’église classée.
J. D. d. S: La réponse est différente selon que nous raisonnions au niveau de la Ville ou de l’agglomération. Pour la Ville, nous avons réalisé l’essentiel des investissements que nous avons multiplié par deux depuis 2008. Si nous sommes réélus, nous allons donc investir dans le vivre ensemble : amélioration de la sécurité, échange de services gratuits… En revanche, l’agglomération va investir dans le développement économique avec l’ambition de fournir aux entreprises du foncier de haute qualité et de haute viabilisation. La ZAC de Sainte-Colombe-en-Bruilhois (200 hectares), à proximité de la future gare TGV, sera ainsi le projet du prochain mandat.

La contraction des budgets d’investissement se traduit-elle automatiquement par une baisse de la qualité du service rendu ?

M. V. : Sans aucun doute. Dans le mandat précédent, l’équipe municipale n’avait que trop peu investi dans le domaine scolaire. Lorsque je suis arrivé à la mairie, la toiture d’une école présentait des risques d’effondrement. Après un audit global réalisé sur l’ensemble des établissements, nous avons dû faire rénover sept charpentes et toitures ! C’est un cas extrême mais qui montre bien qu’un défaut d’investissement se répercute directement sur les usagers.
J. M. : Nous n’engageons pas d’investissements pour le prestige mais pour répondre au plus près aux besoins de la population, comme le montre l’exemple du centre culturel : faute de place, l’école de musique répétait dans des caves de particuliers ! De même, en 2005, la commune a facilité le maintien de jeunes ménages sur son territoire, en s’équipant d’un des premiers centres d’accueil périscolaires du secteur de Thann-Cernay.
J. D. d. S : Moins investir signifie moins de crèches, d’écoles, moins de maintenance. Donc oui, cela a un impact sur la qualité et, forcément, le service rendu est réduit. En période de crise, il faut maintenir puis bâtir, si des marges sont dégagées.

La future loi de décentralisation, qui favorise le regroupement des intercommunalités et fait émerger de puissantes métropoles, aura-t-elle des conséquences sur l’implantation et le dimensionnement des équipements publics au sein des territoires ?

M. V. : L’intercommunalité est source d’économie de fonctionnement au travers de la mutualisation et, par voie de conséquence, offre des capacités d’investissement supplémentaires. Elle est nécessaire pour financer des équipements importants, en termes de transport notamment. Avec 400 000 habitants, Saint-Etienne Métropole ne répond pas à toutes les conditions pour accéder au statut de métropole mais celui de communauté urbaine nous permettra, si nous nous engageons dans cette voie, de renforcer l’intercommunalité en intégrant des compétences complémentaires dans les domaines de l’eau, des voiries ou de l’aménagement urbain.
J. M. : Pas à court terme. Issue de la fusion de deux structures intercommunales, la communauté de communes de Thann-Cernay est née avec un bon niveau d’équipements. L’idée d’une nouvelle extension de l’agglomération mulhousienne, jusqu’au piémont des Vosges, n’est pas mûre. Favorable à l’intercommunalité, je m’inquiète néanmoins d’une dérive démocratique, quand j’entends des collègues dire « On prend ce qu’on nous donne ». L’éloignement de l’échelon de la décision donne le pouvoir aux techniciens.
J. D. d. S : Oui. Elle va aussi renforcer la mutualisation des efforts au niveau intercommunal. C’est dans l’air du temps. Sur l’agglomération agenaise, le transfert de compétences des communes vers l’agglomération a conduit à une meilleure répartition des charges de centralité. Sinon, je ne me sens pas menacé par les métropoles qui nous entourent. Située à 110 km de Toulouse et à 140 km de Bordeaux, Agen n’est pas satellisée. Au contraire, elle a des devoirs par rapport à la moyenne Garonne, bassin de vie de 500 000 habitants, en préservant des pôles de santé, judiciaire et commercial forts.

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