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Trois défis à relever en matière de transports connectés
Le développement du numérique dans tous les pans de la mobilité pourrait générer de nouvelles exclusions, notamment chez les plus de 70 ans. - © ADOBE STOCK

Trois défis à relever en matière de transports connectés

Camille Selosse |  le 30/11/2018  |  TransportsMobilitéNumérique

Outre la question des données, les pouvoirs publics vont devoir s'attaquer à trois chantiers de taille s'ils veulent que l'arrivée de nouveaux services de mobilité liés au numérique soit couronnée de succès.

1. La fracture numérique, une problématique qui s'étend aux déplacements

Certes, le recours au smartphone simplifie les déplacements, leur paiement, l'information… Mais quid de ceux qui n'en possèdent pas ? A force de se concentrer sur les évolutions que peut apporter le numérique, le secteur des transports pourrait bien finir par exclure un peu plus ceux qui sont mal à l'aise avec les nouvelles technologies ou n'y ont tout simplement pas accès.

Selon le baromètre du numérique de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), et de l'Agence du numérique, réalisé en 2017, 19 % des Français ne possèdent pas d'ordinateur et 27 % n'ont pas de smartphone. L'étude montre aussi qu'ils sont un certain nombre à ne pas être à l'aise avec ces outils : 31 % ne se sentent pas compétents pour utiliser un smartphone, 33 % pour utiliser un ordinateur. Ces chiffres montent respectivement à 76 % et 71 % chez les plus de 70 ans. Les plus diplômés et les plus favorisés tirent davantage parti des opportunités offertes par le numérique. La fracture est également territoriale, puisque 42 % des personnes résidant dans les villes moyennes disent ne pas en profiter du tout (contre 22 % en région parisienne).

De nouvelles exclusions

Cette fracture est une problématique plus large que la seule question des transports. Mais avec le développement du numérique dans tous les pans de la mobilité, le secteur pourrait générer de nouvelles exclusions, alors même que des territoires entiers sont déjà à l'écart de tous les modes de transport alternatifs à la voiture individuelle. La fracture numérique doit en partie être résorbée grâce au plan de couverture de l'ensemble du territoire par le haut-débit d'ici à 2020. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, a aussi lancé une stratégie pour le numérique inclusif en décembre dernier. L'objectif est que chaque territoire soit en mesure de déployer des parcours d'accompagnement et de formation au numérique pour tous cet été. Mais, du côté des acteurs de la mobilité, il faut aussi prendre en compte le sujet. Fin 2016, l'opérateur Keolis s'est ainsi penché sur la question. En réalisant une enquête auprès de 3 000 citoyens afin de cerner les usages du numérique dans la mobilité du quotidien, il a fait ressortir trois catégories de Français, qui sont à peu près d'importance équivalente : les « digi'mobiles » (31 %), accros au smartphone ; les « connectés » (39 %), qui ont encore besoin d'être accompagnés ; et les « offlines » (30 %), qui utilisent peu le numérique. Outre le développement de solutions sur smartphone, Keolis met en place du mobilier urbain dans ses réseaux qui permet d'accéder, simplement et de manière intuitive, aux contenus numériques. La promotion de la mobilité inclusive constituera l'un des aspects de la future loi d'orientation sur les mobilités avec forcément une prise en compte de la fracture numérique. L'une des mesures envisagées prévoit, par exemple, d'intégrer dans les programmes scolaires des modules spécifiques à la mobilité : lecture d'un plan de transport en commun, usage et connaissance des offres (transport collectif, autopartage, covoiturage), règles d'usage de l'espace public, apprentissage du vélo, promotion de la marche mais aussi utilisation des applications.

2. Véhicule autonome : éviter de se laisser distancer

En matière de mobilité, l'une des révolutions technologiques les plus visibles des prochaines années sera l'arrivée des véhicules autonomes. Et la France compte bien ne pas se laisser distancer dans la course mondiale qui s'engage. Pour se lancer, il faut cependant adapter le cadre réglementaire. Le gouvernement a entrepris le chantier en ce sens. Anne-Marie Idrac, désignée haute responsable pour la stratégie nationale du développement des véhicules autonomes en novembre 2017, a émis ses premières recommandations le 14 mai, après plusieurs mois de consultation.

Afin de remplir l'objectif de faire rouler des véhicules automatisés de niveau 3 d'ici à 2020 et 4 d'ici à 2022 (sur une échelle qui va jusqu'à 5, niveau où il n'y a plus de conducteurs dans le véhicule), le cadre juridique des expérimentations va être adapté par le biais du projet de loi « Pacte », qui doit être présenté courant juin en conseil des ministres. Et 2019 devrait être l'année du véritable décollage des expérimentations. Pour enclencher la vitesse supérieure, un appel à projets de 40 millions d'euros sera lancé avant l'été. L'infrastructure sera aussi adaptée. Au total, l'Etat prévoit d'investir 300 millions d'euros.

Miser sur les navettes

Le 14 mai, Valérie Pécresse, présidente de l'Ile-de-France, a annoncé que la région consacrerait 100 millions d'euros pour dédier des bandes d'arrêt d'urgence aux véhicules autonomes et les équiper de capteurs en 2019. Alors que des sommes considérables sont investies dans le véhicule autonome individuel à l'échelle mondiale, la ministre Elisabeth Borne souhaite plutôt miser sur les navettes. La France peut d'ailleurs se targuer d'être la patrie d'origine des deux leaders mondiaux du secteur, Navya et EasyMile.

Si la stratégie présentée esquisse un certain nombre de pistes, des sujets restent à traiter pour entrer pleinement dans l'ère du véhicule autonome. La responsabilité, la protection des données générées par les véhicules, l'interopérabilité des systèmes à l'échelle européenne… Sur ces sujets, des groupes de travail devraient voir le jour dans les mois à venir et la stratégie de la Commission européenne, présentée le 16 mai, permet aussi d'apporter des éléments de réponse.

3. Ne plus se faire dépasser par la technologie, un délicat exercice d'équilibriste

Libérer et en même temps réguler. Lors de la clôture des assises nationales de la mobilité, Elisabeth Borne a mis en avant cette double intention de la future loi d'orientation sur les mobilités (LOM) qui s'apparente à un délicat exercice d'équilibriste.

Jusqu'à présent, les pouvoirs publics ont été contraints de réagir aux innovations du secteur de la mobilité après coup. Le meilleur exemple reste Uber, l'entreprise qui a chamboulé le secteur bien installé des taxis. Face à la grogne des chauffeurs, le gouvernement s'est emparé de la question alors qu'Uber était déjà devenu incontournable. La loi de régulation du secteur des voitures de transport avec chauffeur date de décembre 2016. Uber s'est lancé à Paris en décembre 2011. En 2014, il comptait déjà un demi-million d'utilisateurs.

Le cas du « free floating »

Même chose avec les vélos en « free floating », que les pouvoirs publics n'avaient pas vu venir. Les villes se sont trouvées bien démunies face aux problèmes d'occupation de l'espace public. Les élus locaux concernés ont commencé à réfléchir à des redevances. Les difficultés de ces services et la fermeture de certains leur ont donné un peu de répit pour formaliser le dispositif. Désormais, le gouvernement espère bien accompagner le changement, et non plus le subir. S'il est difficile de demander aux politiques d'anticiper totalement la techno logie, le délai de réaction doit être réduit. L'enjeu de la LOM sera de favoriser l'innovation tout en dotant les pouvoirs publics d'outils pour réguler des offres nouvelles et capables de surgir en quelques mois. Vaste défi. A défaut, la loi risquerait de devenir obsolète en quelques années.

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Dans la course au véhicule autonome, le gouvernement souhaite miser sur les navettes (ici, Navya), plutôt que sur le développement de la voiture individuelle. - © M. GOUNON / NAVYA

74 %

74 % des Français non diplômés ne s'estiment pas compétents pour utiliser un ordinateur.

41 %

41 % des Français non diplômés déclarent n'avoir jamais eu l'occasion d'apprendre à utiliser des outils numériques.

Les transports se réinventent en se dotant de nouveaux services

Aux côtés des acteurs historiques des transports ont émergé de nouvelles offres, souvent par le biais d'applications.

Au point que les utilisateurs de smartphone possèdent souvent trois, quatre, voire dix applications en lien avec leurs déplacements : application d'informations voyageurs, de calcul d'itinéraire, de réservation de billet, de VTC ou de vélos en libre service. Bientôt remplacées par une unique application multimodale ?

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Les transports se réinventent en se dotant de nouveaux services. Aux côtés des acteurs historiques des transports ont émergé de nouvelles offres, souvent par le biais d'applications. Au point que les utilisateurs de smartphone possèdent souvent trois, quatre, voire dix applications en lien avec leurs déplacements : application d'informations voyageurs, de calcul d'itinéraire, de réservation de billet, de VTC ou de vélos en libre service. Bientôt remplacées par une unique application multimodale ? - © INFOGRAPHIE : M. GOBERT D'APRÈS UNE IMAGE ADOBE STOCK

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