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Triple dépollution sur un site explosif
PHOTO - 13773_836265_k2_k1_1966813.jpg - © PHOTOS : BERNARD REINTEAU

Triple dépollution sur un site explosif

Bernard Reinteau |  le 29/06/2018  |  ParisSeine-et-MarneSeine-Saint-Denis

Carrière -

Afin d'accéder au gypse sous un ancien fort, Placoplatre évacue l'amiante des bâtiments, l'uranium du sol et les déchets pyrotechniques.

Déjà exploitant de plusieurs carrières de gypse sur la butte de l'Aulnay (Seine-Saint-Denis), Placoplatre s'est porté acquéreur en 2010 d'un troisième site, dominé par le fort de Vaujours. Il alimentera, pour les trente années à venir, sa chaîne de production de plaques de plâtre située à 500 m en contrebas. Pour l'industriel, cet investissement est très éloigné des traditionnelles ouvertures de carrières. « Aucun site n'est aussi exigeant », convient Gilles Bouchet, responsable du développement des carrières chez Placoplatre. Le passé militaire et industriel du lieu a laissé des traces profondes (lire « Fort de Vaujours : activités polluantes en cascade », p. 82) . Avant d'extraire le gypse sous une couche de 25 à 30 m de terre, soit 1 million de mètres cubes de déblais, l'industriel doit traiter une triple pollution : pyrotechnique et radiologique dans le sol, et à l'amiante dans les constructions existantes.

En 2014, un test de démolition sur 24 petits bâtiments (des locaux techniques) a permis de choisir les matériels, les modes de rabattement des poussières et la gestion des opérations. « Etant donné l'ampleur du chantier, décrit Gilles Bouchet, nous sommes intervenus en trois temps. D'abord la partie périphérique de Vaujours. Puis celle située sur la commune limitrophe de Courtry, en Seine-et-Marne. Et, enfin, nous traiterons le fort de Vaujours, la partie la plus complexe. » « Le projet doit tenir compte des impacts globaux sur l'environnement au cours des vingt à trente prochaines années, ainsi que des demandes d'extensions », continue-t-il.

Après un premier chantier initié en 2015 - interrompu volontairement par Placoplatre en janvier 2016 pour réorganiser le pilo tage des entreprises prestataires -, les opérations sont relancées au début 2017. A cette occasion, Placoplatre prend en main la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre. L'entreprise s'entoure de spécialistes : EOD-Ex pour la pyrotechnie, Sigenci pour le désamiantage et Ginger Burgeap (devenu Ginger Deleo) pour la radiologie. Aujourd'hui, les travaux sur la partie Vaujours sont largement avancés ; plus de la moitié de la parcelle a déjà été traitée et il ne reste que quelques bâtiments à démolir.

Coactivité en situation de risques multiples. Comment inter venir dans un tel milieu ? « La coactivité impose de prendre les choses dans l'ordre, en tenant compte des servitudes de passage, de la sécurité des opérateurs, des impacts sur l'environnement, etc. », détaille Gilles Bouchet. Exemple sur un bâtiment enterré. « Le retrait de la terre demande au préalable d'identifier les résidus. Si de la ferraille est détectée près d'un mur, s'agit-il de déchets pyrotechniques ? Un diagnostic préalable est indispensable. Ensuite, déplacer les terres implique de s'assurer qu'elles ne contiennent pas d'uranium, ce que nous vérifions par des mesures de radioactivité traduites dans un zonage. » Les travaux préalables à la démolition sont multiples. Le cas des canalisations est délicat. « Sont-elles amiantées ? Contiennent-elles de l'uranium ? La terre qui les recouvre contient-elle des déchets de munitions ? Un algorithme de tâches a été rédigé, expose Gilles Bouchet. Il fait intervenir les entreprises de manière successive et itérative pour aboutir à une opération sans risque. » Le travail de mise en sécurité a ainsi été permanent.

Ce chantier aura demandé un investissement « de plusieurs dizaines de millions d'euros ». Gilles Bouchet souhaite déposer rapidement la demande d'autorisation d'exploiter de cette première zone : « Nous pensons passer à l'enquête publique après 2020. » Soit une ouverture avant 2021 pour extraire les premières tonnes de gypse en 2022.

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Uranium - Une seule solution : l'évacuation

Qu'il soit disséminé par explosion ou pas, l'uranium émet des radioéléments alpha et bêta à rayonnements courts (quelques centimètres) et à durée de vie extrêmement longue (4 milliards d'années). « S'il n'est dangereux qu'en cas d'ingestion ou d'inhalation, il s'agit d'une pollution très toxique, puisqu'il détruit les tissus internes de l'organisme », explique Sylvain Mazuel, chef de projet chez Ginger Deleo, chargé de la radiologie.

Comment intervenir dans les zones où la terre contient de l'uranium ? Tout d'abord, des détecteurs ont permis d'identifier précisément les périmètres contaminés. Et les techniciens portent des combinaisons de protection légères à fibres denses, ainsi qu'un masque.

Analyse des nappes phréatiques. Face à l'uranium, la seule solution est l'évacuation des éléments pollués, mais l'arrêté de servitude interdit de sortir les terres du site. Celles dédouanées des pollutions pyrotechniques et amiante seront utilisées pour combler les carrières voisines de l'industriel. Les autres devront être prises en charge par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Pour la zone du fort, lourdement polluée, aucun process n'a encore été défini. Sur le site, des appareils mesurent la radioactivité dans l'air. Les nappes phréatiques (à 6 et 80 m de profondeur) sont analysées par piézomètres pour apprécier l'absence d'impact sur la qualité de l'eau. Placoplatre projette de maintenir ces mesures de contrôle durant l'exploitation de la carrière.

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Fort de Vaujours : activités polluantes en cascade

Entre 1876 et 1882 : construction du fort. Ce point de défense de Paris est utilisé, à la fin des années 1930, par la Poudrerie de Sevran. Avant leur retraite en août 1944, les troupes allemandes détruisent leur dépôt de munitions, disséminant des débris de cartouches et d'obus.

1955 : installation du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Jusqu'en 1998, il y développe le détonateur des armes nucléaires. Dans les casemates aménagées du fort central, environ 1 tonne d'uranium naturel ou appauvri est partie en éclats dans des tests par explosion.

De 1960 à 1966 : le CEA construit 300 bâtiments sur ce plateau de 45 ha : des laboratoires, des salles informatiques et des bureaux. Matériaux et produits à base d'amiante sont utilisés pour la couverture, les peintures, les sols…

Début des années 2000 : le CEA décontamine le site. L'arrêté de servitudes tenant compte des activités pyrotechniques et mettant en œuvre de l'uranium paraît en 2005.

En 2010, Placoplatre devient propriétaire de 30 des 45 ha du site.

Amiante - Des techniques industrielles pour traiter 6 000 m2 de parois

Pour Olivier Lemaire, responsable d'exploitation au sein de l'entreprise de désamiantage Sigenci, « ce chantier est remarquable par le volume de déchets engendrés et la logistique nécessaire. » Les 40 bâtiments à traiter étaient classiquement pollués par des toits en fibre-ciment, des enduits muraux, des colles et produits de sol, etc. Soit près de 9 000 m2 de parois au total.

Pinces équipées de brumisateurs. L'entreprise, qui disposait d'une grenailleuse destinée au décapage de cuves en industrie pétro chimique, l'a fait adapter au fonctionnement à l'intérieur de bâtiments. Etanchée par une lèvre périphérique, d'un débit d'aspiration de 700 m3 /h, la machine adhère à la paroi et limite l'empoussièrement de l'air. Elle a été utilisée sur 6 000 m2 de murs. Sur certains bâtiments fragiles, la solution retenue a consisté « à les démolir en condition amiante », résume Olivier Lemaire. Ces édifices ont été détruits avec des pinces équipées de brumisateurs afin d'abattre les poussières, tandis que les eaux étaient aspirées.

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