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Travaux publics Rénovation d’une route de 309 kilomètres à Madagascar
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Travaux publics Rénovation d’une route de 309 kilomètres à Madagascar

De notre envoyé spécialà Madagascar, Julien Beideler |  le 14/09/2006  |  EntreprisesTransportsArchitectureRéalisationsInternational

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2 000 ouvriers de Colas Madagascar réhabilitent actuellement 309 kilomètres de la RN 6, dans le nord de l’île de Madagascar, pour la rendre praticable toute l’année. Un chantier mené en totale autonomie, qui s’appuie sur une logistique très pointue.

Dans le nord de Madagascar, à 10 000 km de la France, les hommes de Colas ressuscitent l’esprit des pionniers de la route. En pleine nature, ils réhabilitent plus de 300 km de ce qui ressemble encore vaguement à une route, en tout cas, pendant les six mois de la saison sèche. Car de novembre à mars, à la saison des pluies, la RN 6 devient impraticable, enclavant toute la région d’Antsiranana, au nord de l’île, plus connue sous le nom de Diego Suarez. Un mal récurrent dans le pays (voir encadré « L’économie malgache se réveille ») où il ne restait, en 2000, que 20 % des routes praticables en toute saison par rapport à 1970.

Pour les hommes qui travaillent à la réfection des 309 km, qui relient Ambanja à Boriziny (ex-Port Bergé), au nord-ouest de l’île, le chantier est avant tout une aventure humaine. « Ici, il faut oublier ses repères et repartir de zéro, prévient Michel Vincotte, directeur des travaux, 35 ans d’expérience, dont une grande partie en Afrique. Il n’y a pas de routes praticables pour approvisionner le chantier ou amener le matériel, pas de réseaux de communication, pas de réseau géodésique pour l’implantation. En fonction des saisons, les points d’eau peuvent être éloignés de 25 km et parallèlement aux travaux, nous devons assurer l’entretien des 300 km de pistes pour maintenir le trafic. »

Ici plus qu’ailleurs la préparation du chantier et la logistique sont déterminantes. « Avec les géologues et les pétrographes, nous avons localisé cinq carrières de roche massive et plus d’une centaine de zones d’emprunt. » Quatre bases « vie » et quatre ateliers mécaniques jalonnent les 300 km de chantier. Auxquels il faut ajouter toutes les industries : trois stations de concassage, deux centrales de grave, une centrale d’enrobage, une usine d’émulsion, trois centrales à béton. Car tous les éléments préfabriqués – bordures, caniveaux, tuyaux… – proviennent du site. Image saisissante que ces ouvriers malgaches appliqués à maçonner 110 km de caniveaux.

Le matériel acheminé par la mer. Les 500 machines qui œuvrent tout au long du chantier ont été acheminées par la mer sur le fleuron du parc matériel de Colas Madagascar, « Barge Express », une barge de plus de 1 000 CV pouvant embarquer 550 t de matériel. « L’inventaire des besoins doit être précis, martèle Gérard Foreix, responsable du matériel. Pas question de faire demi-tour pour un groupe électrogène que l’on aurait oublié ! » Les machines mobilisées proviennent pour 30 % du parc de l’agence de Madagascar, 30 % des anciennes positions de Colas en Afrique francophone, et les 40 % restantes sont neuves. Au niveau des terrassements, 1 850 000 m3 de déblais-remblais sont à réaliser. Une quantité limitée par rapport à la longueur du chantier, mais qui s’explique par la présence préalable des pistes. « Compte tenu des distances et du peu de réutilisation des déblais que nous pouvons envisager, le couple pelle/camion est le mieux adapté au chantier, précise Michel Vincotte. D’une manière générale, nous relevons le niveau de la route. »

Scrutant la terre rouge omniprésente, le responsable du laboratoire qualité explique : « Nous sommes parfois confrontés à des argiles gonflantes pour lesquelles nous avons recours à un enduit bicouche, une solution intéressante car elle est souple. » Ailleurs, un béton bitumineux semi-grenu (BBSG 0/10) riche en bitume – il en faudra 60 000 t – vient coiffer une couche de base en grave non traitée de 15 cm et une couche de fondation de 20 cm. Une structure dimensionnée pour le passage de 53 poids lourds/jour.

Des dispensaires où l’on sensibilise aux MST. Si le délai imparti pour réaliser le chantier est de quarante-quatre mois, les travaux devront être achevés en trente-neuf mois. « Nous serons alors en novembre 2007, au début de la saison des pluies. Le chantier se mettra donc en sommeil », explique le responsable des travaux. Pour respecter ces délais, le chantier a donc été divisé en trois sections menées de front : deux n’ayant jamais été revêtues, la troisième nécessitant une sérieuse réhabilitation. Le bitume du chantier, un 35/50 conditionné en fûts, provient d’Afrique du Sud et d’Iran. Ici, le vrac n’existe pas. Une gestion en flux tendu est-elle possible ? Michel Vincotte sourit. « Quand les infrastructures d’un pays sont impraticables la moitié de l’année, on ne travaille pas en flux tendu. Nous stockons les fûts que nous manipulons au besoin. » Heureu­sement, la main-d’œuvre est nombreuse et peu chère. Le Smic local est de 20 euros/mois. Le chantier emploie 2 000 ouvriers malgaches, nombre important qui répond à l’exigence du bailleur de fonds – le Fonds européen de développement – d’employer un maximum de personnes dans un pays, où 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Quatre bases « vie » autonomes en eau et électricité ponctuent le chantier (100 logements), 600 logements ont été construits pour accueillir les ouvriers non résidents, ainsi que trois dispensaires avec médecin et infirmier. L’analphabétisme touchant 48 % de la population, un programme de formation complète ces implantations, programme qui comporte la conduite d’engins ou les savoir-faire techniques, mais aussi la sensibilisation aux maladies sexuellement transmissibles et maladies endémiques (paludisme). Une façon différente mais ô combien utile pour la route d’être une voie de progrès.

Maître d’ouvrage : ministère malgache de l’Economie et des Finances, ordonnateur national du FED. Maître d’œuvre : ministère des Travaux publics et des Transports. Entreprise : Colas Madagascar. Contrôle : groupement BCEOM/LBI. Longueur du chantier : 309 km.  Montant du marché : 80 millions d’euros HT.  Financement : Fonds européen de développement. Délai de réalisation : 44 mois.  Fin des travaux : avril 2008.

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CARTE - MTP5364-Madagascar.eps
CARTE - MTP5364-Madagascar.eps - © photos : julien beideler
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L’EXPERT Alain Dupont, P-DG de Colas

« Colas est fidèle à Madagascar depuis plus d’un demi-siècle »

« L’histoire de Colas à Madagascar remonte à 1950, avec la Société des grands travaux de l’Est, à travers le bâtiment et le génie civil. Ce qui explique qu’ici plus qu’ailleurs notre activité est très diversifiée. Peu à peu, notre structure s’est adaptée à l’insularité. Nous avons étoffé nos compétences – route, bâtiment, génie civil, fondations profondes… – pour être moins sensible aux cycles de ces secteurs économiques. De la construction de l’aéroport d’Andapa, dans les années 1950, à la réhabilitation actuelle de la RN 6, en passant par la livraison de la tour Zital en 2001, Colas a toujours répondu présent. Même en temps de crise, quand les bailleurs de fonds n’avaient plus confiance, nous sommes restés sur la grande île. Notre force réside sur ces cinquante années de présence et dans d’importantes capacités logistiques. Si une vingtaine d’entreprises dans le monde sont capables d’entreprendre la réhabilitation de 300 km de route au nord de Madagascar, je doute qu’elles aient la logistique suffisante. »

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L’autonomie comme règle de base

Première règle à Madagascar : être autonome. « Nous recherchons l’indépendance vis-à-vis de nos fournisseurs et de nos prestataires. Il y a très peu de possibilités de sous-traiter et encore moins de louer du matériel, explique Frédéric Roussel, chef de l’agence. C’est pourquoi nous devons avoir un parc matériel conséquent (1 100 machines, valeur de remplacement 93 millions d’euros) et surtout l’entretenir. » Etendu sur 3 ha, le centre d’entretien et de reconditionnement, basé à Antananarivo, emploie 500 personnes réalisant mécanique, menuiserie, chaudronnerie… Ici, on n’attend pas la livraison d’une pièce, on la fabrique. Ainsi, l’atelier peut réaliser le surfaçage d’une culasse, la rectification et le chromage d’une tige de vérin… Testés sur un banc d’essai, plusieurs moteurs attendent d’être expédiés sur les chantiers. Besoin de palettes de stockage ou de coffrages ? Menuisiers et chaudronniers sont en mesure d’en lancer la fabrication à partir des matières premières. « Cette autonomie est primordiale pour ne pas perturber l’organisation de notre activité, insiste le responsable de l’agence, ainsi que pour la qualité de nos chantiers. » Ainsi, l’agence dispose d’un bureau d’études de structures et d’un laboratoire neuf aux normes européennes pour réaliser tous les contrôles qualité sur bitume, enrobé, ciment… Et, dernièrement, les hommes de Colas ont mis au point des procédures pour étalonner eux-mêmes leur matériel de topographie.

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L’économie malgache se réveille

Secouée par plusieurs crises depuis les années 1970, Madagascar est encore convalescente d’une longue période d’instabilité politique, qui avait fait fuir les bailleurs de fonds internationaux. Pour soigner son pays, le président de la République, Marc Ravalomanana, a décidé de mettre l’accent sur les infrastructures pour fluidifier les échanges et désenclaver les régions agricoles. Par manque d’entretien, seules 20 % des routes étaient praticables en toute saison, en 2000, par rapport à 1970. Cette année, les infrastructures restent un secteur prioritaire. Le BTP s’octroie 40 % du « plan d’investissement public », soit 203 millions d’euros. Colas a su profiter du réveil de l’économie malgache : son chiffre d’affaires sur l’île a quadruplé en sept ans atteignant, en 2005, 80 millions d’euros. Les effectifs ont également crû de manière significative. Avec plus de 4 000 salariés, le n°1 mondial de la route est la première entreprise de construction de l’île, ainsi qu’un des premiers employeurs. Par ailleurs, en redécouvrant les richesses minières de l’île, les décideurs politiques ont la volonté de faire de Madagascar une nation minière de premier ordre. Gemmes, minerais industriels et métaux rares attirent déjà les grands acteurs du secteur. Quatre grands projets d’exploitation (qui nécessitent des infrastructures…) sont en cours, parmi lesquels un gisement d’ilménite (oxyde de fer et de titane) situé à Tolanaro (ex-Fort-Dauphin), au sud de l’île, que les Canadiens de QMM SA veulent exploiter. Un investissement de 340 millions de dollars.

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